Cote d'Ivoire: Gestion des forêts au pays - Des syndicalistes dénoncent la marginalisation de la Sodefor au profit du privé

Des agents du secteur forestier tirent la sonnette d'alarme sur la gestion de certaines forêts classées en Côte d'Ivoire. Ils dénoncent des pratiques d'exploitation menées en dehors des procédures officielles de la Sodefor.

Alors que la préservation du couvert forestier ivoirien s'impose comme un enjeu majeur face aux défis climatiques mondiaux, la gestion des forêts classées suscite une vive controverse.

Reboisement compensatoire confié au secteur privé, non-respect présumé du Code forestier et du décret n° 2021-437 du 8 septembre 2021 : malgré un bilan technique jugé exceptionnel en 2025, la Société de développement des forêts (Sodefor) serait progressivement mise à l'écart au profit d'opérateurs privés.

L'année 2025 a pourtant marqué un tournant historique pour la Sodefor, avec plus de 42 millions de plants forestiers produits et plus de 37 000 hectares reboisés, toutes catégories confondues, des performances inédites depuis la création de la société en 1966. C'est pour dénoncer ce que les agents qualifient de « dérive préoccupante » que le syndicat majoritaire des agents forestiers a animé une conférence de presse le jeudi 8 janvier 2026, à Abidjan-Yopougon.

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Face aux journalistes, le secrétaire général du Syndicat libre des agents de la Sodefor (Sylia-Sodefor), le lieutenant Ouattara Ziepleu Lancina, a exprimé de vives inquiétudes quant à l'application du décret encadrant les concessions forestières.

Selon le lieutenant Ouattara, le texte prévoyait initialement 76 forêts éligibles, essentiellement très dégradées. Or, dans sa mise en œuvre, ce nombre est passé à 86, avec l'ajout de dix forêts supplémentaires, dont certaines présentent pourtant un excellent état de conservation. « Certaines de ces forêts abritent même des éléphants et ont récemment été transformées en réserves naturelles en raison de leur bon état de conservation », a révélé le responsable syndical.

Pour le lieutenant Ouattara Ziepleu Lancina, ces ajouts sont incompréhensibles et vont à l'encontre de l'esprit du décret, censé favoriser la réhabilitation des forêts dégradées, et non exposer des écosystèmes encore préservés. Autre grief majeur : la mise à l'écart de la Sodefor dans des processus relevant pourtant directement de ses missions. Alors que l'entreprise publique assure la gestion de plus de 230 forêts classées, elle ne serait ni associée à la validation des concessions ni systématiquement destinataire des cahiers des charges.

« Comment comprendre que la structure qui gère les forêts ne soit pas autour de la table lorsque des concessions sont attribuées ? », s'interroge le syndicaliste. Cette situation, dénonce-t-il, génère de fortes tensions sur le terrain, avec des opérateurs privés se présentant dans des forêts classées sans que les agents gestionnaires n'aient été officiellement informés, soulevant même des problèmes de sécurité.

Les syndicats critiquent également l'attribution des reboisements compensatoires à des entreprises privées au détriment de la Sodefor, pourtant dotée d'une expertise reconnue. Ils rappellent qu'en 2025, la société d'État a réalisé plus de 7 000 hectares de reboisement, dépassant largement certains volumes confiés à des opérateurs privés.

À titre d'exemple, 500 hectares à Foumbou et 5 000 hectares à Badinou auraient été confiés à des entreprises privées. « Si l'État a engagé d'importants moyens pour restructurer la Sodefor, pourquoi l'écarter lorsqu'il s'agit d'exécuter des projets publics ? », s'indigne-t-il.

Au cœur de la crise, le syndicat pointe également un déficit criant de communication, tant de la direction générale de la Sodefor que du ministère de tutelle. Ce silence, selon eux, alimente incompréhensions, rumeurs et frustrations. « Quand la direction ne communique pas et que le ministère ne s'exprime pas, il y a forcément un problème. Ce silence est à l'origine de la grogne actuelle », a insisté le responsable syndical.

Au-delà de la gestion forestière, les syndicats s'inquiètent pour l'avenir des emplois. Le syndicat majoritaire, qui revendique 354 agents sur un effectif d'environ 880, redoute un affaiblissement durable de la Sodefor. La question des primes, jugées inégalement réparties, notamment au détriment des agents opérationnels et du personnel conventionnel, figure également parmi les revendications.

Tout en réaffirmant leur attachement au dialogue social, les syndicalistes préviennent que, faute de réponses claires, la trêve sociale pourrait être suspendue. Ils annoncent leur intention de saisir successivement la direction de la Sodefor, le ministère de tutelle, la Primature, voire la Présidence de la République. « Notre combat n'est pas politique. Il vise à garantir la bonne application de la politique forestière et la reconquête du couvert forestier d'ici à 2030 », a-t-il conclu.

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