Chef du Service des Maladies infectieuses et tropicales du Centre hospitalier national universitaire (Chu) de Fann, le Pr Moussa Seydi a prononcé, hier, jeudi, la leçon inaugurale à l'occasion de la rentrée académique 2025-2026 de l'Ucad. Sur le thème : « Un futur sans pandémie ? Leçons de la Covid-19 », l'infectiologue a livré une analyse dense, accessible et engagée.
Dans une salle de l'Ucad II comble, en présence de hautes autorités de l'État et de nombreuses figures du monde universitaire, le Pr Moussa Seydi a livré, hier, jeudi 8 janvier 2026, une leçon inaugurale largement suivie.
Devant une assistance composée de responsables académiques, d'enseignants-chercheurs, de praticiens de santé et de représentants de l'administration centrale, le chef du Service des Maladies infectieuses et tropicales du Centre hospitalier national universitaire (Chu) de Fann a interrogé l'avenir sanitaire de l'humanité autour d'un thème lourd de sens : « Un futur sans pandémie ? Leçons de la Covid-19 ». Dès l'entame, l'infectiologue plante le décor. « Une pandémie n'est pas qu'un phénomène médical ». Elle touche, dit-il, les individus, fragilise les sociétés et ébranle les économies. Pour lui, la Covid-19 a agi comme un révélateur : elle a montré les forces, mais aussi les failles des systèmes sanitaires et politiques. Le Pr Seydi insiste sur un point central.
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« En gérant correctement les épidémies, on peut faire l'économie d'une pandémie », a-t-il soutenu. Une pandémie n'est, à son avis, que l'extension incontrôlée d'une alerte mal contenue. Une épidémie correspond à une augmentation inhabituelle du nombre de cas dans un espace donné. La pandémie, elle, franchit les frontières. « Elle atteint un continent ou le monde entier », a-t-il expliqué. Plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment la nature de l'agent infectieux, l'existence d'un réservoir animal à réceptivité de l'homme et les perturbations environnementales. C'est dans ce contexte que l'universitaire défend l'approche « One Health ». « La santé humaine, la santé animale et l'environnement sont intimement liés », a-t-il affirmé. Négliger l'un de ces piliers revient à fragiliser l'ensemble.
Dès lors, le Pr Moussa Seydi précise que « les pandémies ont souvent fait plus de morts que les guerres ». Il est aussi revenu sur les différentes péripéties marquant la pandémie de Covid-19 au Sénégal, insistant sur le fait que la « la science doit être la base de tout consensus en période de crise » et regrettant que la confiance ait été entamée par des discours politiques et des courants antiscientifiques. « Le scientifique dit la vérité des faits ; le politique prend la décision. Le scientifique ne doit jamais accepter le travestissement de la vérité », a éclairé M. Seydi. Il estime aussi que la lutte contre les fausses informations est essentielle, non sans affirmer que les vaccins à Arn messager « ne modifient pas le patrimoine génétique ».
Le chef du Service des Maladies infectieuses et tropicales du Chu de Fann a également insisté sur la stigmatisation. « Un malade stigmatisé ne se consultera pas », a-t-il assuré, saluant le rôle des acteurs communautaires. Pour l'avenir, le Pr Moussa Seydi plaide pour l'intégration des nouvelles technologies et appelle à une souveraineté vaccinale. « Les épidémies sont inévitables. Les pandémies ne le sont pas », a-t-il soutenu. Avant de livrer cette réflexion finale : « Une pandémie révèle le meilleur et le pire de l'humanité. À nous d'en tirer la force pour protéger demain ».