Depuis sept ans, le Quotient intellectuel et talents artistiques d'Abidjan (Qitaa) s'impose comme un rendez-vous socio-culturel majeur, à la croisée de l'éducation, de la culture et de la citoyenneté.
Porté par une vision ambitieuse, l'événement va bien au-delà d'une simple compétition estudiantine. Son commissaire général, Ibrahim Fama Diabaté, revient sur la genèse du projet, ses défis, ses acquis et ses perspectives.
Comment est né le Quotient intellectuel et talents artistiques d'Abidjan (Qitaa) et qu'est-ce qui a motivé sa création ?
Le Qitaa est né d'une passion personnelle pour l'événementiel et l'encadrement de la jeunesse. Je suis auditeur de formation, mais depuis très longtemps, j'ai toujours eu envie d'organiser, de gérer et de créer des cadres de rassemblement pour les jeunes. Bien avant d'occuper des fonctions administratives à l'université Nord-Sud, je mettais déjà en place des événements à Port-Bouët.
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J'organisais des activités festives comme des barbecues, des pool parties, un concept que j'appelais le « Bingo », simplement pour offrir des moments de détente et de convivialité à la jeunesse. C'était une manière d'égayer leur quotidien. Mais à un moment donné, lorsque le président fondateur de l'université Nord-Sud m'a proposé de rejoindre officiellement le groupe et d'en devenir le directeur général, je me suis dit qu'il fallait aller plus loin.
Je me suis posé la question de savoir comment passer d'événements purement ludiques à quelque chose de plus structuré, de plus institutionnel, qui ait un véritable impact éducatif et culturel. C'est de cette réflexion qu'est né le Qitaa. L'idée était de mettre en valeur à la fois l'intellect et la culture des jeunes, de montrer qu'ils ont énormément à apporter à la société. Le Qitaa est donc ce pont entre l'éducation et la culture.
Comment se décline concrètement le concept ?
Le concept est relativement simple, mais très riche dans son contenu. Le Qitaa est avant tout un challenge interuniversitaire. Les étudiants s'affrontent autour de plusieurs disciplines qui touchent à la fois à l'intelligence, à la culture et au talent artistique.
Il y a des épreuves autour de la cuisine traditionnelle, des faits historiques, de la danse traditionnelle, du génie en herbe, sans oublier les épreuves intellectuelles à proprement parler. Pour nous le Qitaa, c'est quand l'intelligence et la tradition réconcilient la jeunesse ivoirienne. C'est un mélange de savoir, de savoir-faire et de savoir-être. Nous voulons montrer que l'intelligence ne se limite pas aux bancs de l'université, mais qu'elle s'exprime aussi dans la maîtrise de notre culture et de nos traditions.
Un élément important du concept, c'est le port de la tenue traditionnelle. Tous les participants sont habillés en tenue traditionnelle, ce qui donne une dimension identitaire forte à l'événement. Chaque étudiant représente une culture, une région, une histoire. Au total on peut dire que le Qitaa est un projet de société qui prépare les cadres et les citoyens de demain.
Pourquoi avoir fait le choix d'un ancrage culturel aussi fort, basé sur la tradition ? Quel message voulez-vous transmettre ?
À travers le Qitaa, nous voulons avant tout valoriser notre pays, la Côte d'Ivoire, mais aussi l'Afrique dans son ensemble. Nous sommes un pays riche de plusieurs ethnies, de plusieurs cultures, et cette diversité est une force. Le Qitaa est donc une plateforme d'expression et de promotion de cette richesse culturelle et de la transmettre aux jeunes générations.
Nous voulons aussi permettre aux jeunes de retourner à la source. Beaucoup n'ont plus l'occasion d'aller au village, de comprendre réellement leurs us et coutumes. À travers le projet, nous leur donnons cette opportunité. Les étudiants vont en immersion dans les villages, parfois pendant plusieurs jours, pour apprendre la culture locale, la cuisine, la danse, l'histoire. Ce n'est pas seulement théorique. Ils vivent la culture sur le terrain, et c'est ce qu'ils restituent ensuite lors de la compétition. Cela leur permet de mieux comprendre qui ils sont et d'où ils viennent.
La 7e édition est annoncée pour 2026. Quelles sont les principales difficultés rencontrées depuis le lancement du projet ?
La principale difficulté, depuis le début, a été de convaincre certaines universités de rejoindre le projet. Certaines institutions sont encore réfractaires, hésitantes. Mais pour moi, ce ne sont pas vraiment des difficultés, ce sont plutôt des défis à relever. Il y a aussi la question de l'accompagnement, notamment financier et institutionnel.
Le Qitaa se fait en grande partie sur fonds propres. Nous avançons avec les moyens dont nous disposons. Mais nous avons toujours fait le choix de travailler d'abord, de poser des actes concrets, avant de demander un accompagnement. Je reste convaincu qu'à force de persévérance et de résultats visibles, les soutiens viendront naturellement. Nous avons une vision claire et nous irons jusqu'au bout.
Malgré ces contraintes, quels sont les principaux acquis et les points de satisfaction ?
Il y a énormément de points positifs. L'un des plus grands symboles de réussite, pour moi, c'est l'organisation du Qitaa au Palais de la culture. Depuis 2019, j'avais dit à mon équipe que le Palais de la culture devait devenir notre maison. En 2025, ce rêve est devenu réalité.
Mieux encore, nous avons signé un partenariat officiel avec le Palais de la culture. C'est une reconnaissance institutionnelle forte. Je tiens d'ailleurs à exprimer toute ma gratitude à Koné Dodo, directeur général du Palais de la culture, pour son engagement constant en faveur de la promotion de la culture ivoirienne. Il y a aussi l'adhésion croissante des universités, l'engouement du public et l'enthousiasme des étudiants. Tout cela montre que le Qitaa répond à un véritable besoin.
Quel est le retour des étudiants qui participent au Qitaa ?
Le retour est extrêmement positif. Il y a un engouement réel. Les étudiants sont très enthousiastes, parce qu'ils comprennent que l'évènement va au-delà de la fête. Ils savent qu'ils apprennent, qu'ils se construisent. L'immersion dans les villages est particulièrement marquante pour eux.
Ils passent plusieurs jours sur le terrain, découvrent des réalités culturelles parfois totalement nouvelles. Cela change leur regard sur eux-mêmes et sur leur pays. Comme le disait un ami, un étudiant qui participe aujourd'hui au Qitaa peut être un cadre de demain. Dire plus tard « j'ai participé au Qitaa » ou « j'ai remporté le Qitaa », c'est un marqueur fort dans un parcours professionnel et personnel.
Que prévoit concrètement l'édition de 2026 ?
La finale est prévue en mai 2026, avec des éliminatoires qui débuteront en février. Cette année, nous avons repensé l'architecture de l'événement autour de quatre grandes dates. La première est consacrée au social. Nous prévoyons une action au Chu de Treichville, avec des dons de matériel et de vivres, impliquant les étudiants, les finalistes et le comité d'organisation.
La deuxième date sera dédiée à un panel, avec des personnalités inspirantes : des responsables institutionnels, des chefs d'entreprise, des acteurs souvent discrets mais très influents dans la société. La troisième date correspond à la grande finale de la compétition, qui se tiendra au palais de la culture. Enfin, la quatrième date sera consacrée à un concert d'envergure, avec plusieurs artistes ivoiriens.
Quelles sont les grandes innovations ?
La grande innovation de cette année, c'est l'ouverture du Qitaa aux élèves. Les élèves de première et terminale vont désormais se challenger avec les étudiants de licence à master. Cela crée une continuité éducative et une émulation intergénérationnelle.
Autre innovation importante : les éliminatoires à l'intérieur du pays. Cette année, Yamoussoukro et Bouaké accueilleront des phases de sélection. Les meilleurs viendront ensuite à Abidjan pour la finale. Le Qitaa devient véritablement national.
En tant qu'acteur de l'éducation, quel regard portez-vous sur la jeunesse ivoirienne ?
La jeunesse ivoirienne a un immense potentiel. Tout est une question d'encadrement, d'organisation et de volonté. Les jeunes ont besoin de repères, de modèles, de cadres structurants. C'est notre rôle, en tant que formateurs et acteurs publics, de leur tendre la main, de les orienter et parfois de les recadrer. Le Qitaa s'inscrit pleinement dans cette démarche. C'est un cadre sain, à la fois ludique, intellectuel et culturel.
La vision initiale du Qitaa va-t-elle évoluer ? Quelles sont les perspectives ?
La vision évolue constamment. Nous ne voulons pas stagner. L'objectif est d'internationaliser progressivement le Qitaa. Dès cette année, nous envisageons la participation d'universités étrangères, notamment de Guinée. À terme, le Qitaa doit devenir un événement institutionnel majeur, puis une vitrine culturelle ivoirienne à l'international.
Bénéficiez-vous d'un soutien institutionnel suffisant ?
Nous travaillons avec le ministère de l'Enseignement supérieur et bénéficions d'un appui institutionnel. Nous espérons que l'accompagnement financier suivra. Du côté du ministère de la Culture, les débuts ont été plus difficiles, mais nous restons ouverts et confiants.
Quels sont vos vœux pour le Qitaa et quel message souhaitez-vous adresser ?
Mon vœu est simple. Que le Qitaa prenne encore plus d'ampleur et que tous les jeunes se l'approprient. Le projet n'est pas seulement festif. C'est un outil de réseautage, d'employabilité, de citoyenneté et de responsabilité sociale. Je souhaite une longue vie au Qitaa et j'invite tous les acteurs (autorités, partenaires, médias et citoyens) à nous accompagner. Ensemble, nous pouvons faire du Qitaa un grand projet de société.