Afrique: Maroc - Cameroun - Entre héritage et présent

Il y a des affiches qui portent plus que 90 minutes. Maroc-Cameroun appartient à cette catégorie-là. Un quart de finale sous haute tension, dans un stade acquis aux Lions de l'Atlas, face à des Lions Indomptables qui avancent sans complexe, portés par leur foi, leur mental et une jeunesse affamée.

À domicile, le Maroc sait ce qu'il joue. Plus qu'un billet pour le dernier carré, c'est une confirmation. Confirmation d'un statut bâti depuis la Coupe du monde 2022, d'une équipe qui assume désormais la possession, le contrôle et la pression du favori. Walid Regragui l'a répété : ici, on ne change pas par peur. « Quand on change trop, c'est qu'on doute », glisse-t-il, fidèle à son idée de jeu. Le Maroc jouera avec ses principes, son équilibre retrouvé entre les couloirs, son Achraf Hakimi encore en montée de régime, et cette conviction que l'humilité reste la meilleure armure.

Mais l'infirmerie rappelle que tout n'est jamais parfaitement aligné. Hamza Igmane revient à 100 %, Romain Saïss est en phase de reprise, Sofyan Amrabat compose encore avec une cheville capricieuse. Rien d'alarmant, plutôt le bruit de fond classique d'une compétition longue, où la concentration prime : « La moindre erreur peut se payer cash », prévient le tacticien marocain, conscient que face à un adversaire de ce calibre, chaque ballon mal négocié peut devenir une transition fatale.

Car le Cameroun arrive sans costume de favori, mais avec une certitude intérieure. Celle d'une équipe en reconstruction assumée, mais déjà solide. David Pagou ne se cache pas : son groupe n'est pas encore « l'équipe parfaite », mais il avance. Secteurs à affiner, automatismes à consolider, mais une chose est acquise : le mental. Le fameux Hemlé souvent caricaturé, que le sélectionneur ramène à sa juste définition : courage, personnalité, capacité à tenir quand tout pousse en face.

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Les Lions Indomptables ont aussi leurs petites alertes physiques. Darlin Yongwa, sorti touché face à l'Afrique du Sud, reste sous observation. « L'infirmerie est toujours visitée dans ce genre de tournoi », relativise David Pagou. L'essentiel est ailleurs : la gestion psychologique, la capacité à jouer au-dessus de la douleur pour représenter la nation.

Dans le discours camerounais, une ligne revient sans cesse : le passé ne gagne pas les matches. Les confrontations historiques, les éliminations anciennes du Maroc à domicile, tout cela appartient aux archives. « Le passé ne garantit pas l'avenir », martèle le sélectionneur, qui renvoie le statut de favori aux Marocains, « demi-finalistes de la Coupe du Monde », structurés, organisés, installés chez eux. Une manière aussi de se libérer, de transférer la pression.

Sur le terrain, le duel promet un contraste de styles. Le Maroc, maître du ballon (65 % de possession en moyenne), patient, structuré, capable d'étirer le bloc adverse et de frapper sur coups de pied arrêtés, secteur qu'il travaille avec minutie. Le Cameroun, lui, excelle dans le jeu sans ballon, les projections rapides, la puissance dans les transitions. « Une équipe ne peut pas être forte 90 minutes », analyse le sélectionneur camerounais. Tout l'enjeu sera de survivre aux temps forts marocains et de frapper, sans trembler, dans les moments faibles.

Au milieu, la bataille sera aussi mentale que tactique. Regragui attend plus de relâchement de ses joueurs clés, notamment dans l'entrejeu, là où la pression peut parfois brider le talent. En face, le Cameroun mise sur des leaders émergents, à l'image de Bémond, encouragé à s'imposer dans le vestiaire comme sur le terrain.

Vendredi, il ne sera plus question de discours, de symboles ou d'héritage. Juste d'un quart de finale entre deux grandes nations africaines, deux visions du jeu, deux formes de pression. Le Maroc joue pour confirmer. Le Cameroun pour bousculer l'ordre établi. Et comme souvent dans ces matches-là, tout pourrait se décider sur un détail, une transition, un coup de pied arrêté... ou un moment de vérité mentale.

Les déclarations d'avant-match

Christian Kofane - Attaquant - Cameroun :« Tout joueur connaît la pression. En évoluant en Bundesliga, j'ai affronté des publics très chauds, comme celui du Borussia Dortmund, donc je sais évoluer dans un tel environnement. Nous savons comment joue le Maroc et nous nous y sommes préparés. Nous allons rester dans notre bulle et faire ce que nous savons faire. »

Walid Regragui - Sélectionneur du Maroc : « Je reste confiant, car nous disposons de joueurs de qualité. Nous avons beaucoup travaillé à la vidéo pour identifier ce qui n'a pas été bien mis en place, ce qui n'a pas fonctionné, ainsi que les nombreux déchets à corriger. Peu importe le milieu qui débutera : l'essentiel reste l'état d'esprit. »

La stat d'avant-match

Quatrième duel Maroc-Cameroun en phase finale de la CAN : 3 matches précédents, 2 victoires camerounaises, 1 nul. Le Cameroun reste invaincu face au Maroc à la CAN. Les deux équipes ne s'étaient plus affrontées en phase finale depuis 1992, soit 39 ans d'attente.

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