Afrique de l'Ouest: Sénégal-Mauritanie - Les fondements économiques d'un partenariat en construction

12 Janvier 2026

Le gaz, le commerce et les infrastructures structurent le rapprochement entre Dakar et Nouakchott. Si les complémentarités entre les eux économies sont bien établies, les retombées dépendront de la capacité des deux Etats à lever les freins structurels persistants. C'est tout l'enjeu de la visite officielle du Premier ministre de la République islamique de Mauritanie, Moctar Ould Djay, auprès de son homologue sénégalais, Ousmane Sonko, effectuée les 8 et 9 janvier courant.

Le Sénégal et la Mauritanie intensifient leur coopération économique dans un contexte marqué par une volonté politique clairement affichée. Ce rapprochement s'appuie repose sur des atouts complémentaires solides. D'un côté, une économie sénégalaise relativement diversifiée, tournée vers les services et le commerce régional. De l'autre, une Mauritanie disposant d'importantes ressources naturelles, notamment halieutiques, minières et désormais gazières. La proximité géographique constitue un avantage certain, en réduisant les coûts de transaction et en favorisant l'intégration des marchés, à condition que les barrières administratives et non tarifaires soient progressivement résorbées.

Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) s'impose comme le principal moteur de ce partenariat en construction. À court et moyen termes, l'exploitation du gisement devrait contribuer à l'amélioration des balances courantes, à l'augmentation des recettes publiques et au renforcement de l'attractivité des deux pays auprès des investisseurs étrangers.

Toutefois, l'enjeu dépasse la seule exploitation énergétique. La qualité de la gouvernance du projet, la transparence dans la gestion des revenus et leur orientation vers des secteurs productifs seront déterminantes pour mesurer l'impact réel du gaz sur les économies sénégalaise et mauritanienne. En l'absence d'une stratégie de diversification cohérente, le risque d'une dépendance accrue aux hydrocarbures resterait élevé.

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Un commerce transfrontalier encore sous-exploité

Au-delà de l'énergie, le commerce transfrontalier demeure un levier de croissance encore insuffisamment exploité. Les échanges de produits agricoles, de bétail et de ressources halieutiques occupent une place centrale dans les économies locales, en particulier dans les zones frontalières. Leur formalisation permettrait de sécuriser les revenus des acteurs, d'élargir l'assiette fiscale et de mieux intégrer ces flux dans l'économie formelle.

Dans cette perspective, le développement des infrastructures de transport apparait comme un facteur déterminant. L'amélioration des axes routiers et les projets ferroviaires actuellement à l'étude pourraient réduire les coûts logistiques et renforcer la compétitivité des filières productives.

Économie maritime et intégration financière

La coopération dans le secteur halieutique offre un potentiel significatif de création de valeur ajoutée. Le développement d'industries locales de transformation pourrait générer des emplois et renforcer la résilience économique, à condition d'assurer une gestion durable des ressources face à la pression croissante de la pêche illégale.

Sur le plan financier, la coexistence du franc CFA et de l'ouguiya continue de constituer un obstacle aux échanges. Les coûts de conversion et la faible interopérabilité des systèmes de paiement pèsent sur les opérateurs économiques. Une coopération accrue entre les institutions financières des deux pays pourrait améliorer la fluidité des transactions.

Un corridor régional en construction

Le partenariat sénégalo-mauritanien s'inscrit dans une dynamique plus large d'intégration régionale. Malgré des ancrages institutionnels différents, le Sénégal étant membre de la CEDEAO et la Mauritanie relevant de l'Union du Maghreb Arabe, l'axe Dakar-Nouakchott pourrait progressivement s'affirmer comme un corridor économique stratégique entre l'Afrique de l'Ouest et le Maghreb.

À court terme, les attentes sont précises. Elles portent sur la mise en œuvre effective des projets annoncés, la facilitation des échanges facilités et l'amélioration tangible des conditions de vie des les populations. C'est à cette condition que le partenariat économique entre les deux pays pourra réellement passer du potentiel à la performance.

Sur le plan sécuritaire, la Mauritanie est perçue comme un acteur pragmatique et engagé dans la gestion des enjeux sécuritaires. À ce titre, elle pourrait jouer un rôle non négligeable dans la stabilisation de la sous-région, en particulier dans l'espace sahélien.

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