Longtemps relégués à l'ombre des « sorciers blancs », les techniciens africains tiennent le haut du pavé. La CAN 2025 consacre un basculement historique avec les quatre demi-finalistes qui sont dirigés par des sélectionneurs du continent. Une révolution silencieuse, mais méthodique, qui raconte l'émancipation tactique et intellectuelle du football africain.
Il n'y aura pas de «costume» européen dans le dernier carré de cette 35e Coupe d'Afrique des nations. Avec les éliminations du Mali de Tom Saintfiet et de l'Algérie de Vladimir Petkovic, le rideau est définitivement tombé sur l'ère des bancs importés pour cette édition.
La CAN 2025 est celle des entraîneurs africains qui dictent désormais leur loi. Pape Thiaw (Sénégal), Walid Regragui (Maroc), Éric Sékou Chelle (Nigeria) et Hossam Hassan (Égypte) porteront les ambitions du continent jusqu'au bout. Quatre trajectoires différentes, un même symbole. La compétence locale n'est plus une alternative, elle est devenue la norme performante.
La fin du mythe des « sorciers blancs » ?
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Pendant des décennies, l'expertise européenne a servi de béquille supposée au football africain. Discipline, rigueur, science du jeu : le discours était bien rodé. Mais la CAN 2025 démontre que la maîtrise tactique n'a plus de passeport. Les équipes éliminées dirigées par des techniciens étrangers n'ont pas chuté par hasard. Elles ont été battues par des projets plus cohérents, mieux incarnés, plus proches de leurs joueurs.
Pape Thiaw l'a résumé avec lucidité avant le quart de finale face au Mali. « Il faut saluer le travail des Fédérations en Afrique. Le fait d'avoir six techniciens locaux sur huit pays qualifiés en quarts de finale prouve qu'on travaille. C'est en responsabilisant les fils du pays qu'on obtient quelque chose de probant ». Une déclaration qui sonne aujourd'hui comme un manifeste.
Une tendance lourde, pas un accident
Ce basculement n'est pas un épiphénomène. Depuis le passage de la CAN à 24 équipes, le palmarès parle de lui-même. Djamel Belmadi avec l'Algérie en 2019, Aliou Cissé avec le Sénégal en 2021, Emerse Faé en 2023 avec la Côte d'Ivoire.
Trois titres, trois entraîneurs africains, trois projets pas toutes bâtis dans la durée mais qui ont eu réussi à toucher le Graal. Lors de la précédente édition, Faé faisait figure d'exception dans un carré d'as dominé par Sébastien Desabre (RD Congo), José Peseiro (Nigeria) et Hugo Broos (Afrique du Sud). Il avait fini par tout rafler, comme un avertissement resté trop longtemps sans écho. Cette CAN 2025 vient acter ce que beaucoup murmuraient. Le centre de gravité du coaching africain s'est déplacé.
1965-2025, la boucle est bouclée
L'histoire, parfois, aime les clins d'œil. En 1965, en Tunisie, le Ghana, la Tunisie, le Sénégal et la Côte d'Ivoire avaient constitué le carré d'as sous la conduite de sélectionneurs africains avec comme entraineurs Charles Gyamfi, Mokhtar Ben Nacef, Habib Bâ et Alphonse Bissouma Tapé. Soixante ans plus tard, la CAN retrouve cette configuration originelle, enrichie par des décennies d'apprentissage, d'échecs et de maturation.
Mais la différence est majeure. En 2025, les entraîneurs africains ne sont plus des pionniers isolés. Ils sont des stratèges aguerris, capables de rivaliser dans le jeu, dans la lecture des matches et dans la gestion des egos.
Un héritage à confirmer
Le 18 janvier au soir, un des quatre prolongera une tradition désormais solidement ancrée. Au-delà du trophée, l'enjeu est plus large. Convaincre définitivement les fédérations africaines que l'avenir se construit de l'intérieur. La CAN 2025 restera comme un tournant, celui où les bancs ont cessé d'être des vitrines d'importation pour devenir des laboratoires de savoir-faire africain. Le pouvoir n'a pas seulement changé de mains. Il a changé de regard.
Tableau complet des demi-finales en TU
Sénégal-Égypte : mercredi 14 janvier, à 17h (Tanger)
Maroc-Nigeria : mercredi 14 janvier, à 20h (Rabat)
TagsCAN 2025Éric Sékou Chelle (Nigeria)Hossam Hassan (Egypte)Pape Thiaw (Sénégal)Walid Regragui (Maroc)