Dans l'ombre du pouvoir camerounais, une relation politique défie le temps et les tempêtes. Alors que Jeanne-Irène Biya incarne la fidélité conjugale, Bello Bouba Maïgari représente, après elle, la loyauté politique la plus longue et la plus constante auprès du président Paul Biya. Leur histoire commune, tissée sur plus de six décennies, constitue l'une des colonnes vertébrales discrètes du régime.
Leur rencontre remonte à la fin des années 1960. Paul Biya, jeune haut fonctionnaire déjà bien en cour, croise le chemin de Bello Bouba Maïgari, alors en pleine formation. Le futur président, dont l'influence grandissante au sein de l'appareil d'État est notoire, aurait facilité l'entrée de son protégé à l'École nationale d'administration et de magistrature (ENAM), ouvrant la voie à une ascension administrative fulgurante.
Les années 1970 scellent leur partenariat. Bello Bouba Maïgari gravit les échelons stratégiques : attaché à la Présidence, secrétaire général des Forces armées, puis, en 1975, secrétaire général adjoint de la Présidence. Ce poste, au coeur du système, le place en observateur et acteur privilégié des arcanes du pouvoir sous Ahmadou Ahidjo.
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Le véritable tournant arrive en 1982. Lorsque Ahidjo choisit Paul Biya comme successeur, c'est naturellement vers Bello Bouba Maïgari que ce dernier se tourne pour former son premier gouvernement. Cette nomination n'est pas un hasard. Elle incarne une double caution : la fidélité absolue au nouveau président et une représentativité nordiste essentielle dans l'équilibre géopolitique du Cameroun. Même lors de la rupture dramatique entre Biya et son prédécesseur, Maïgari reste un roc de loyauté.
Cette longévité exceptionnelle ne relève pas du simple opportunisme. Elle est le fruit d'une alliance forgée dans le secret des bureaux et la compréhension mutuelle des mécanismes de l'État. Il ne s'agit pas de trahison, mais d'une fidélité constante, souvent mise à l'épreuve et parfois préservée au prix de lourds compromis politiques. Alors que les générations de ministres et de Premiers ministres se succèdent, cette relation, presque archaïque dans sa permanence, interroge : dans un système politique souvent décrit comme mouvant, la force ultime réside-t-elle finalement dans des alliances personnelles héritées de l'histoire ?