Afrique: Le continent doit sortir du piège des matières premières

12 Janvier 2026

La Banque mondiale prévoit 4,2 % de croissance en 2026. Pourtant, l'Afrique reste dépendante des matières premières. L'industrialisation est le défi majeur.

L'Afrique souffre de son manque d'industrie. Selon la Banque mondiale, les exportations de biens manufacturés ne représentent même pas un quart (21 %) des exportations du continent africain.

La moyenne mondiale est de 71 %, tandis que cette part est de 77 % au sein de l'Union européenne (UE).

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Les prévisions économiques de la Banque mondiale sont pourtant bonnes pour le continent. Dans ses Perspectives économiques mondiales, datant de juillet dernier, celle-ci rappelle que "la croissance économique en Afrique subsaharienne s'est accélérée en 2024, pour atteindre 3,5 %".

Cette croissance a continué à se renforcer en 2025 et devrait atteindre 4,2 % en 2026-2027, toujours selon la Banque mondiale.

Mais l'institution souligne aussi les faiblesses de l'économie du continent, à commencer par la trop grande dépendance aux prix des matières premières et le manque d'industrie de transformation.

En termes de niveau de vie, le continent "conservera son retard [...] par rapport aux autres économies émergentes [...] Dans plus d'un quart des économies de la région, le revenu par habitant en 2027 n'aura pas retrouvé ses niveaux d'avant la pandémie (de coronavirus)."

Les Nations unies rappellent que l'industrialisation du continent "contribuerait substantiellement à l'éradication de la pauvreté par la création d'emplois et de richesse".

L'Afrique francophone mal classée

A l'intérieur du continent, les disparités sont encore importantes. Selon l'Indice 2021 de l'industrialisation, publié par la Banque africaine de développement, l'Afrique du Sud et la région du Maghreb arrivent largement en tête.

En Afrique francophone, le Sénégal et la Côte d'Ivoire sont les pays les plus industrialisés.

Selon un classement qui concerne cette fois les infrastructures, on ne trouve aucun pays francophone dans les dix premiers et la République démocratique du Congo arrive en fin de classement.

Malgré tout, l'industrie pèse encore lourd, du moins en pourcentage du Produit intérieur brut (PIB). Elle représente ainsi 26,9 % du PIB en Afrique subsaharienne, soit légèrement au-dessus de la moyenne mondiale.

Par ailleurs, l'industrie crée encore relativement peu d'emploi en Afrique, comparativement aux autres zones économiques dans le monde. Les emplois dans l'industrie, en Afrique subsaharienne, ne représentent même pas un quart de l'ensemble, dans une zone géographique où, il est vrai, le secteur informel pèse encore pour environ 85 % des emplois.

Enfin, l'industrie se résume en grande partie au secteur minier qui représente encore 10 % du PIB en Afrique subsaharienne. En République démocratique du Congo, les activités extractibles représentent près de la moitié des richesses dans ce pays.

Or, l'activité minière, si elle est industrialisée, se limite encore, pour une part écrasante, à exporter des minerais non transformés.

Toujours en RDC, c'est le cas notamment du cobalt, un minéral essentiel dans la fabrication des batteries électriques, dont quasiment la totalité de la production est exportée en Chine pour être raffinée.

Dans le cas du cuivre, c'est 88 % de la production congolaise qui est exportée en Chine, aussi pour y être raffinée.

Accord de paix ou de cobalt ?

L'enjeu pour la RDC, mais aussi pour toute l'Afrique subsaharienne, est donc clair : sortir d'un concept industriel qui se limite à exporter des matières premières.

Les projets de transformation, malgré tout, commencent à voir le jour.

Le 1er décembre dernier, la compagnie minière canadienne Ivanhoe Mines a annoncé le démarrage officiel de la fonderie de cuivre de la mine de Kamoa-Kakula, située non loin de la ville de Kolwezi, en RDC.

La fonderie Kamoa-Kakula produit des anodes de cuivre très pures (99 %), avec une capacité annuelle de 500 000 tonnes qui devrait être atteinte à partir de 2026.

Ces anodes de cuivre seront vendues à 80 % aux entreprises chinoises Citic Metal et Zijin Mining, cette dernière étant déjà actionnaire de la mine de cuivre de Kamoa-Kakula.

Les anodes de cuivre seront ensuite raffinées en Chine pour fabriquer du cuivre cathodique : des plaques de cuivre qui servent à produire des fils électriques, des câbles électroniques, mais aussi des feuilles très fines utilisées dans les batteries des véhicules électriques et des smartphones.

La RDC a fait, par ailleurs, un premier pas avec un projet de raffinerie de cuivre et de cobalt, toujours dans la province du Lualaba, dans le sud du pays.

La raffinerie pourrait être opérationnelle fin 2027, mais ce projet a pris beaucoup de retard.

La société de conseil financier Delphos International Ltd., basée à Washington, a accepté d'aider à lever des fonds pour la construction de cette raffinerie, car les États-Unis souhaitent assurer leur accès à ce minerai stratégique.

Le récent accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda, sous le parrainage des États-Unis, comporte un volet économique par lequel Washington souhaite sécuriser son accès à certains minéraux stratégiques, comme le cobalt, directement cité dans le texte de l'accord.

D'or et de diamant

Mais le secteur minier en Afrique souffre d'une autre faiblesse qui est liée à sa concentration : 15 minéraux représentent à eux seuls la quasi-totalité des exportations et parmi eux, les métaux précieux se taillent la part la plus importante.

À eux seuls, l'or et le platine pèsent pour près de la moitié des exportations du continent. En y ajoutant le diamant, ce sont 55 % des exportations qui sont liés à ces minéraux et minerais précieux.

À l'exception du cuivre, les minéraux stratégiques comme le cobalt, le coltan, le nickel et le lithium ne représentent qu'une faible part des exportations : à peine 5 % pour ces derniers.

Le problème de l'or, du platine et du diamant est double : une grande partie du travail de raffinage ou de taille est réalisée en dehors du continent et il s'agit de produits qui sont caractérisés par une part importante de trafic illégal.

L'or et le diamant sont soit exportés illégalement, soit les quantités sont sous-estimés lors des déclarations aux douanes et, par conséquent, ils ne génèrent que peu de rentrées fiscales pour les États producteurs.

L'exemple de la RDC est, encore une fois emblématique : une part importante de l'or produit dans l'est du pays est exportée illégalement vers des raffineries en Ouganda et au Rwanda.

Une grande partie de cet or, qu'il provienne de RDC ou du Sahel, est ensuite vendu aux Émirats arabes unis, par des circuits occultes au sein desquels le Rwanda et le Togo jouent le rôle de plaque tournante.

En conclusion, les deux priorités semblent donc l'industrialisation et la diversification. Industrialiser pour produire sur place et augmenter les chaînes de valeur. Diversifier pour moins dépendre de métaux précieux qui souffrent d'une puissante contrebande.

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