Bénin: Les Béninois saluent la lutte anticorruption, mais les paiements de pots-de-vin augmentent

12 Janvier 2026

Deux tiers des citoyens pensent que les gens risquent des représailles quand ils signalent les actes de corruption.

Key findings

  • La majorité (60%) des Béninois estiment que le niveau de corruption a « quelque peu » ou « beaucoup » diminué pendant l'année écoulée.
  • La perception selon laquelle le niveau de corruption a baissé demeure majoritaire depuis 2020, malgré un recul de 10 points par rapport à 2022.
  • Parmi les Béninois qui ont eu affaire à certains services publics ou à la police au cours des 12 derniers mois, près de la moitié (45%) déclarent avoir versé au moins une fois de pots-de-vin pour éviter des ennuis avec la police, soit une hausse de 16 points de pourcentage par rapport à 2022.
  • D'autres déclarent avoir versé de pots-de-vin pour obtenir l'assistance de la police (23%), pour accéder à des soins médicaux (15%), et pour acquérir un document d'identité (13%).
  • Parmi les leaders et institutions évalués, les hommes et femmes d'affaires sont les plus perçus comme corrompus par les citoyens béninois.
  • Deux tiers (67%) des répondants qualifient de « plutôt bien » ou « très bien » la façon dont le gouvernement actuel lutte contre la corruption au sein de l'administration publique.
  • Cependant, près de sept Béninois sur 10 (68%) pensent que les citoyens ordinaires risquent des représailles ou d'autres conséquences négatives quand ils signalent les actes de corruption.

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Robert Solow démontrait en 1957 que le progrès technique constituait le principal moteur de la croissance économique à long terme. Si sa théorie visait d'abord la productivité industrielle, elle trouve aujourd'hui un écho particulier dans la gouvernance publique. Le numérique est devenu une arme pour moderniser l'administration et combattre la corruption (Bertot, Jaeger, & Grimes, 2010). Le Bénin ne fait pas exception à cette tendance continentale.

Ces dernières années, le pays a multiplié les initiatives pour combattre la corruption, plaçant résolument la digitalisation au coeur de sa stratégie (Beninsite, 2019). E-gouvernement, services en ligne, dématérialisation des procédures : L'idée est simple mais utile. Moins de contacts directs entre usagers et agents publics, c'est moins d'opportunités de corruption. De l'obtention de documents administratifs au paiement des impôts, en passant par les services douaniers, le numérique s'impose progressivement comme un outil de transparence.

Cette évolution n'est pas passée inaperçue sur la scène internationale. Selon l'Indice de Perception de la Corruption 2024 de Transparency International, le Bénin a connu une progression notable, passant de la 95e place en 2016 à la 69e sur 180 pays en 2024, signe d'une amélioration de son image auprès des experts et des investisseurs internationaux.

Mais au-delà des réformes institutionnelles et des reconnaissances internationales, que pensent les citoyens béninois du niveau de la corruption dans leur pays, et quelle expérience ont-ils de ce phénomène ? Car comme le soulignait De Soto (2000), les réformes n'ont d'impact réel que si elles transforment effectivement le quotidien des populations.

Selon les résultats de la récente enquête menée par Afrobarometer au Bénin, la majorité des citoyens estiment que le niveau de corruption a diminué au cours de l'année écoulée, une perception qui demeure majoritaire depuis 2020, bien qu'en recul de 10 points par rapport à 2022.

Cette appréciation globalement positive coexiste toutefois avec des pratiques persistantes de corruption au quotidien. Parmi les citoyens ayant eu recours à certains services publics ou à la police au cours des 12 derniers mois, près de la moitié déclarent avoir versé des pots-de vin pour éviter des problèmes avec la police, et nombreux l'ont fait pour obtenir d'autres services.

Par ailleurs, les hommes et femmes d'affaires apparaissent comme les acteurs les plus perçus comme corrompus aux yeux des citoyens. Si deux tiers des répondants saluent la manière dont le gouvernement lutte contre la corruption au sein de l'administration publique, une large majorité estiment néanmoins que les citoyens ordinaires s'exposent à des représailles lorsqu'ils dénoncent des actes de corruption, révélant ainsi un climat de crainte qui limite encore la dénonciation de ces pratiques.

Joao Babadoudou Joao Babadoudou est statisticien et assistant de recherche à l'Innovante Recherche en Economie et Gouvernance (IREG).

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