Cote d'Ivoire: Gestion durable des forêts classées - Le Sylia-Sodefor alerte après la sortie du ministère de tutelle

12 Janvier 2026

Le ton monte entre le ministère des Eaux et forêts (Minef) et le Syndicat libre des agents de la Société de développement des forêts (Sylia-Sodefor). En cause : la gestion des forêts classées et, plus précisément, le régime des concessions forestières. À la suite des récentes clarifications apportées par la tutelle, le syndicat des forestiers est sorti de sa réserve pour exprimer de profondes inquiétudes, dénonçant ce qu'il considère comme de graves entorses aux textes en vigueur.

Dans une note d'information datée du 12 janvier 2026, le lieutenant Ouattara Ziepleu Lacina, secrétaire général national du Sylia-Sodefor, affirme avoir pris connaissance de la réaction du Minef « avec beaucoup d'intérêt », tout en soulignant que les préoccupations majeures des agents demeurent intactes.

Selon le syndicat, le discours rassurant de la tutelle contraste fortement avec la réalité du terrain et masque un non-respect récurrent du cadre réglementaire encadrant les concessions forestières.

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Une situation qui, à terme, pourrait fragiliser les missions régaliennes de l'État au profit d'intérêts privés. Cette prise de position intervient après les déclarations du Conservateur général Zouzou Elvire-Joëlle Mailly, directeur du cabinet, qui, au nom du Minef, a défendu la politique d'ouverture au secteur privé engagée depuis 1999 et consolidée par le Code forestier de 2019.

La tutelle met en avant une stratégie ambitieuse visant à porter la couverture forestière nationale à 20 % d'ici à 2030, soutenue par une mobilisation annoncée de 300 milliards de Fcfa sur dix ans et le reboisement de 5 000 hectares. Dans cette architecture, la Sodefor serait maintenue comme un partenaire technique clé.

Mais cette lecture optimiste est loin de convaincre le Sylia-Sodefor. « Comment peut-on affirmer que tout va bien dans les concessions alors que les articles 2, 3, 5, 6 et 8 du décret ne sont pas respectés ? », s'interroge le syndicat. Il pointe également des zones d'ombre autour des reboisements compensatoires de Badenou et de Foumbou, ainsi que des conditions d'attribution de certaines concessions.

Sur le plan juridique, le syndicat rappelle que l'article 2 du décret limite l'éligibilité au régime de concession aux seules forêts classées dont le taux de dégradation dépasse 75 %. L'article 3 impose que toute convention soit conclue avec l'État et approuvée par décret pris en Conseil des ministres, tandis que les articles 4, 7 et 8 précisent respectivement les objectifs d'aménagement durable, la constitution des dossiers de demande et la mise en place d'une commission consultative interministérielle chargée d'examiner les requêtes. Autant de dispositions qui, selon le Sylia-Sodefor, seraient régulièrement contournées.

Au-delà des textes, le syndicat met en doute l'éligibilité réelle de certaines forêts concédées et dénonce l'absence de décrets d'approbation pour des conventions pourtant déjà signées. Le lieutenant Ouattara Ziepleu Lacina cite notamment les forêts de Badenou et de Foumbou, où des parcelles de 500 hectares chacune auraient été attribuées à des opérateurs privés entre 2024 et 2025 dans des conditions jugées « troubles ».

Les inquiétudes se cristallisent également sur le terrain. Les agents de la Sodefor évoquent une dégradation de leur sécurité, une perte progressive du contrôle technique et une marginalisation de l'expertise publique. Le syndicat s'alarme de voir des structures privées, parfois jugées peu qualifiées, décrocher des contrats de délimitation ou de reboisement post-exploitation minière, au détriment de la Sodefor. L'augmentation du nombre de forêts classées sous concession passé de 76 à 86, est ainsi perçue comme une éviction progressive des forestiers de métier.

Paradoxalement, rappelle le Sylia-Sodefor, la Sodefor a enregistré en 2025 des performances remarquables. L'entreprise publique a fait approuver l'ensemble de ses comptes en retard, de 2019 à 2024, affichant des résultats nets d'exploitation positifs. Sur le plan technique, elle a produit plus de 42 millions de plants forestiers et réalisé plus de 37 000 hectares de reboisement, toutes catégories confondues -- des chiffres jamais atteints depuis sa création en 1996.

Dans l'attente d'une rencontre annoncée avec la tutelle, le Sylia-Sodefor dit rester vigilant et mobilisé. Le syndicat promet de tenir l'opinion informée de l'évolution de ce dossier sensible, qui touche au cœur des enjeux de préservation et de souveraineté du patrimoine forestier ivoirien.

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