Le débat autour de la peine de mort fait couler beaucoup d'encre, de salive. Cette actualité suscite des commentaires.
Dans une interview accordée, l'honorable Justine Judit-Lekogo clarifie la position du Président de la République, Chef de l'Etat, Chef du Gouvernement. Journaliste : Honorable Justine Judit-Lekogo, depuis la présentation des vœux, le débat sur la peine de mort suscite de nombreuses réactions.
Quelle est, selon vous, la véritable portée de l'intervention du Président de la République ?
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Il est important d'être très clair. Le Président de la République n'a à aucun moment dit qu'il voulait rétablir la peine de mort. Ce qu'il a fait, c'est répondre de manière responsable et institutionnelle à une préoccupation soulevée par le Président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, dans un contexte marqué par la recrudescence des crimes de sang et des crimes rituels. Le Chef de l'État a simplement demandé que l'on ouvre un débat sérieux, structuré et encadré par les institutions de la République, afin de réfléchir aux réponses appropriées face à cette situation préoccupante.
Pourtant, une partie de l'opposition affirme que le Président aurait opté pour la peine de mort. Comment expliquez-vous cette lecture ?
Nous assistons malheureusement à une récupération politique du débat. Certains leaders de l'opposition ont volontairement désorienté l'opinion publique en faisant croire que le Président aurait pris une décision unilatérale et émotionnelle. C'est faux. Le Président a justement insisté sur le fait qu'on ne peut pas parler de peine de mort sans un travail institutionnel sérieux, approfondi et inclusif. Il est contre les prises de décisions sous le coup de l'émotion, surtout lorsqu'elles peuvent conduire à des choix irréversibles et aux conséquences lourdes pour la société.
Que signifie concrètement la mise en place d'une commission institutionnelle évoquée par le Président ?
Cela signifie que le Président souhaite une approche globale et responsable. Il veut que toutes les forces vives de la nation soient associées à la réflexion : les juristes, les magistrats, les forces de défense et de sécurité, les sociologues, les leaders religieux, la société civile. L'objectif est de poser un diagnostic approfondi de notre système judiciaire et sécuritaire, d'identifier ses failles, ses limites, mais aussi ses leviers d'amélioration, afin d'apporter des réponses durables à l'insécurité et à la criminalité.
Donc, le débat ne se limite pas uniquement à la peine de mort ?
Absolument pas. Réduire ce débat à la seule question de la peine de mort serait une erreur. Le Président a ouvert une réflexion beaucoup plus large, qui peut déboucher sur une réforme en profondeur du système judiciaire, un renforcement des mécanismes de sécurité, une amélioration du traitement des crimes graves, ainsi qu'un meilleur dispositif de prévention. Il sait très bien que la peine de mort, à elle seule, ne peut pas constituer une solution. En revanche, ce débat peut permettre de renforcer l'État de droit, de moderniser la justice et de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
En quoi la posture du Chef de l'État peut-elle concrètement aboutir à un renforcement du système judiciaire et sécuritaire ?
La posture du Chef de l'État est celle de la responsabilité et de l'anticipation. En appelant à un débat institutionnel, il ouvre la voie à des réformes structurantes : un meilleur encadrement des procédures judiciaires, un renforcement des capacités des magistrats et des forces de sécurité, une adaptation des lois aux nouvelles formes de criminalité, et une coordination plus efficace entre les différentes institutions de l'État. C'est cette approche globale qui peut permettre de mieux protéger les populations, de dissuader la criminalité et de consolider durablement notre système judiciaire.
Quel message le Président a-t-il voulu envoyer aux populations gabonaises à travers cette prise de parole ?
Le message est clair : le Président est mandaté par les Gabonais, élu par les Gabonais, et il est pleinement engagé dans la protection des Gabonais. Il veut rassurer les populations en montrant que l'État ne reste pas passif face aux crimes odieux qui choquent la conscience collective. Mais il veut aussi rappeler que toute décision engageant la vie humaine doit être mûrement réfléchie, juridiquement fondée et institutionnellement encadrée. C'est une posture d'homme d'État, guidée par la responsabilité, la prudence et le souci de l'intérêt général.