Burkina Faso: Coups d'Etat jusqu'au bout?

13 Janvier 2026
analyse

De 1966 date du 1er coup d’état qui a renversé le pouvoir de Maurice Yaméogo, 1er Président de la Haute Volta, actuel Burkina Faso, au mois de janvier 2026, le Burkina Faso a connu au moins 10 coups d’état militaires ou tentatives de coups d’état. Ce chiffre est à maints égards un révélateur de l’ampleur du coût institutionnel, politique et socio-économique sans précédent au « pays des hommes intègres ».

L’avènement du régime du Président Ibrahim Traoré, doit nécessairement interroger à l’aune de ces paramètres importants, même si d’aucuns pensent que la question sécuritaire reste la trame de fond de l’analyse.

Certes, depuis le magistère du président Roch Marc Christian Kabore (renversé), le reproche principal a été que le régime d’alors était incapable de garantir la sécurité du pays menacé par des attaques djihadistes de toutes sortes, avec des pertes substantielles dans les rangs de l’armée. L’on se rappelle du limogeage du ministre de la Défense d’alors, Chérif Moumina SY, pour dit-on insuffisance de résultats.  Le Lieutenant-colonel Paul Sandaogo Damiba qui a pris le pouvoir après le Président Kaboré, qui a été lui-même renversé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui à son tour, n’a pu faire face à la poussée des rebelles djihadistes, malgré la suspension de l’ordre institutionnel, et la restriction des libertés individuelles et collectives dans une certaine mesure.

Tout semble montrer que « l’ordre militaire » a renvoyé aux calendes grecques, la promesse d’un retour à l’ordre institutionnel au terme de la transition. La décision de prolonger cette dernière de 5 années supplémentaires, prise en Mai 2024, à l’issue des concertations nationales, boycottées par une frange importante de l’opposition, en atteste.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Même si au plan économique et social, on constate la mise en place d’une économie de guerre, qui confine davantage le pays dans la catégorie des Pays les Moins Avancés , il y a par ailleurs des signes évident de militarisation du pouvoir Burkinabé, et cela depuis l’indépendance. La conséquence est qu’il y a aujourd’hui une certaine attractivité du pouvoir politique vis-à-vis des militaires, créant ainsi une sorte d’establishment militaire, dont les rivalités et les intérêts constituent la lame de fonds des tentatives de coups d’état qui se répètent.

L’Alliance des États du Sahel (AES), cette confédération dont le Burkina Faso est membre fondateur, n’est-elle pas quelque part, une traduction idéologique de cette volonté du pouvoir d’Ibrahim Traoré de mobiliser l’opinion autour des idées de souveraineté, de patriotisme, qui renvoient à des valeurs de l’armée, et sans doute, à la réalité de son pouvoir qu’il veut pérenniser.

Toutefois, ce « bouclier » qui à l’origine a été créé pour parer à toute attaque des troupes de la CEDEAO, n’a pas, même dans sa nouvelle version, atteint son objectif sécuritaire.  Le coût humain, a –t-il été plus ou moins lourd, tant du côté des militaires comme des civils ?. La mise à contribution des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), qui rappelle les « citoyens en arme » à l’époque de Sankara a laissé, il est vrai, de mauvais souvenirs pour plusieurs raisons, dont principalement leur enrôlement à la hâte et sans formation.

A l’heure du bilan, force est de constater que l’extraversion de la crise démocratique et sécuritaire vers l’AES, tarde à donner des résultats attendus, notamment dans la perspective d’un retour à un ordre institutionnel normal, qui reste une attente très forte du côté des politiques et de la société civile au sens large.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 120 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.