La Zambie en voie d'assurer son autosuffisance en engrais

13 Janvier 2026
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African Development Bank (Abidjan)

La crise qui a tout changé

Lorsque le conflit entre la Russie et l'Ukraine a éclaté en février 2022, une onde de choc s'est propagée dans le monde entier. Dans les champs d'Afrique, les agriculteurs ont vu les prix des engrais tripler, les stocks diminuer et leurs moyens de subsistance être menacés.

À l'époque, la Zambie importait annuellement pour plus de 110 millions de dollars d'engrais, rien qu'en provenance de Russie et d'Ukraine. Face à la rupture des chaînes d'approvisionnement mondiales et à la flambée des prix, le pays s'est retrouvé confronté à une dure réalité : il lui fallait importer 632 529 tonnes d'engrais pour la saison des semis de 2022, alors que le secteur des engrais était incapable de satisfaire la demande intérieure.

Pendant des décennies, Nitrogen Chemicals of Zambia (NCZ), producteur national historiquement dominant et appartenant à l'État, a fonctionné tant bien que mal avec des équipements obsolètes et une maigre capacité de production de seulement 70 000 tonnes par an. De quoi couvrir à peine une fraction des besoins nationaux. L'écart entre la production et la demande semblait insurmontable.

C'est alors qu'est intervenu le Fonds africain de développement, qui a vu là une opportunité plutôt qu'un défi.

En juillet 2022, le Conseil d'administration du Groupe de la Banque africaine de développement a approuvé la Facilité de production alimentaire d'urgence de la Zambie (ZEFPF, sigle en anglais pour « Zambia Emergency Food Production Facility ») doté d'un financement de 14,73 millions de dollars américains. Cette intervention stratégique a été conçue pour fournir une aide immédiate et transformer fondamentalement l'écosystème agricole de la Zambie.

L'élément central de cette transformation a été un don apparemment modeste de 1,25 million de dollars à Nitrogen Chemicals of Zambia pour l'achat de matières premières destinées à relancer la production dans sa nouvelle usine de 5,5 millions de dollars. Il ne s'agissait pas seulement d'acheter des intrants, mais également de donner vie à une vision.

« Le soutien du Fonds africain de développement est arrivé à point nommé, a salué le PDG de Nitrogen Chemicals of Zambia, Chanda M. Mongo. Il a permis la mise en service de notre nouvelle usine de mélange et de granulation ultramoderne. C'est un investissement transformateur pour notre pays ».

Un bond en avant multiplié par six

Les chiffres témoignent d'une transformation spectaculaire : avant le plan de relance, la capacité de NCZ était de 70 000 tonnes. En 2025, avec la mise en service de la nouvelle usine, elle a multiplié ses capacités de production par six atteignant 432 880 tonnes. La mise en service récente de deux autres usines d'engrais du secteur privé, devrait permettre à la Zambie d'atteindre l'autosuffisance en engrais d'ici 2026 et faire baisser les prix de 40 %. Loin d'être une simple amélioration graduelle, il s'est agi d'une refonte complète du paysage zambien des engrais.

Au-delà de la production : une approche écosystémique

La vision du Fonds africain de développement s'est étendue au-delà des murs de l'usine, créant un écosystème intégré. L'Institut de recherche agricole de Zambie (ZARI) a reçu du matériel de pointe pour l'analyse des sols et 300 agents de vulgarisation ont reçu des motos et des tablettes afin d'améliorer leurs services de vulgarisation en matière d'agriculture climato-intelligente et de bonnes pratiques agricoles.

Le projet a formé 300 agents de vulgarisation agricole par l'intermédiaire de l'Institut international d'agriculture tropicale pour développer l'agriculture de précision.

« La formation de nos agents de vulgarisation et l'utilisation d'équipements modernes permettent de réduire les délais d'obtention des résultats », explique Brian Gondwe, responsable du laboratoire de chimie des sols de l'Institut d'agriculture tropicale de Zambie (ZARI). « Nous connaissons désormais les carences de ces sols », précise-t-il.

Le projet a lancé la phase pilote d'une Facilité de financement de l'agriculture durable de 5,6 millions de dollars, que le gouvernement zambien a ensuite porté à 30 millions de dollars. Plus de 18 000 petits exploitants agricoles ont ainsi bénéficié de prêts. Au total, 1 700 distributeurs d'intrants agricoles ont été engagés, ce qui a permis de créer plus de 5 000 emplois.

L'histoire de Grace, la révolution d'une agricultrice

Grace Nyirongo Phiri, une petite exploitante agricole, a constaté de visu la transformation. Grâce à un financement soutenu par le Fonds africain de développement, elle a installé un système d'irrigation au goutte-à-goutte, un forage et des pompes solaires, ce qui a permis d'accroître les rendements de 35 %.

« On minimise la consommation d'eau, ce qui assure une irrigation uniforme dans le champ et permet d'obtenir de bonnes récoltes », explique-t-elle.

Grace figure parmi plus de 25 000 bénéficiaires dont la vie a été transformée. « Nous, petits exploitants agricoles, sommes en train de prendre progressivement notre essor », dit-elle, sourire aux lèvres.

D'importateur à exportateur : l'histoire de l'agriculture zambienne

Cette transformation s'est répercutée sur l'économie zambienne. La production de maïs s'est accrue pour atteindre 3,7 millions de tonnes. La consommation nationale s'élevant à 2,5 millions de tonnes, le pays enregistre un excédent de 1,2 million de tonnes, ce qui place la Zambie au rang d'exportateur régional de denrées alimentaires.

Un modèle pour l'Afrique

M. Mongo, en mesure toute l'ampleur : « Notre ancienne capacité de production d'engrais s'élevait à 70 000 tonnes par an. Aujourd'hui, grâce à cette installation moderne, notre capacité atteint le chiffre impressionnant de 432 880 tonnes par an. C'est plus qu'un simple chiffre. Cela représente une plus grande portée, un plus grand impact et un plus grand espoir pour nos agriculteurs ».

Grâce à des analyses de sol poussées et à des mélanges personnalisés, les agriculteurs reçoivent des engrais spécifiquement adaptés à leurs champs et à leurs cultures, ce qui se traduit par des rendements plus élevés, des cultures plus saines et des revenus plus substantiels.

La Zambie est un exemple de financement stratégique du développement : elle est passée du statut de pays importateur d'engrais à celui de producteur autosuffisant et exportateur régional. L'investissement du Fonds africain de développement dans le renforcement des capacités, l'autonomisation des agriculteurs et la démonstration que l'Afrique peut tracer sa propre voie vers la sécurité alimentaire.

« L'intervention du Fonds africain de développement a changé la vie en Zambie », a commenté M. Mongo.

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Zambia - Emergency Food Production Facility

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