Seuls environ deux jeunes sur 10 approuvent les performances de leurs élus locaux et nationaux.
Key findings
- Les jeunes congolais (18-35 ans) sont moins enclins que les générations plus âgées à voter aux élections, à se sentir proches d'un parti politique et à se joindre à d'autres pour demander une action au gouvernement. o En revanche, ils contactent les chefs traditionnels, les responsables de partis politiques et les parlementaires dans des proportions comparables à celles de leurs aînés.
- Seulement environ deux jeunes sur 10 approuvent les performances de leurs élus locaux (18%) et des membres du Parlement (21%).
- Une minorité similaire (18%) des jeunes se disent satisfaits de la formation et de la promotion des jeunes leaders dans leur communauté.
- Plus de la moitié des jeunes estiment que la « plupart » ou « tous » les conseillers municipaux (54%) et les membres du Parlement (59%) sont impliqués dans des affaires de corruption.
- Seuls environ deux jeunes sur 10 disent faire « partiellement » ou « beaucoup » confiance aux conseillers municipaux (18%) et aux parlementaires (22%).
- Plus de huit jeunes congolais sur 10 (83%) considèrent que leur pays est « une démocratie avec des problèmes majeurs » ou « n'est pas une démocratie ». o Seuls environ un répondant sur 10, aussi bien parmi les jeunes (9%) que parmi les plus âgés (9%-10%), se déclarent « assez » ou « très satisfaits » du fonctionnement de la démocratie dans le pays.
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L'engagement citoyen constitue un des piliers essentiels de la gouvernance démocratique. En votant, en s'associant avec leurs concitoyens pour soulever des préoccupations, en dialoguant avec leurs dirigeants ou en prenant part à des manifestations publiques, les citoyens font entendre leurs besoins et leurs préférences (Institut Gorée, 2023).
En Afrique, cette force de participation reposerait largement sur la jeunesse, qui représente près de la moitié de la population du continent (Limam, 2023). A plusieurs reprises, la mobilisation des jeunes a joué un rôle décisif dans l'évolution politique de certains pays comme en Afrique du Sud dans la lutte pour les droits civiques, au Sénégal dans la défense de l'ordre démocratique ou encore récemment à Madagascar dans la lutte pour l'amélioration des services publics (Mapukuta, 2025 ; Al Jazeera, 2024 ; CIVICUS, 2025).
Le Congo-Brazzaville s'inscrit pleinement dans cette dynamique démographique. A l'instar de nombreux pays africains, il se caractérise par une population majoritairement jeune. Six habitants sur 10, sur une population estimée à 6,1 millions, ont moins de 25 ans (Institut National de la Statistique, 2024).
Dans ce contexte, comprendre la manière dont cette jeunesse participe à la vie citoyenne et perçoit l'action publique apparaît comme un enjeu central pour l'avenir de la gouvernance démocratique dans le pays. C'est précisément l'objectif de ce travail, qui s'intéresse aux attitudes des jeunes à l'égard de la participation citoyenne ainsi que leurs perceptions sur les performances de leurs élus.
Les résultats de l'enquête Afrobarometer Round 10 (2024) montrent une relation ambivalente des jeunes congolais à la vie politique. Comparativement aux générations plus âgées, les 18-35 ans participent moins aux formes classiques d'engagement citoyen, notamment le vote, l'identification à un parti politique et l'action collective pour interpeller le gouvernement. Toutefois, cette distance vis-à-vis de la politique formelle ne signifie pas un désengagement total. Les jeunes interagissent avec les chefs traditionnels, les responsables de partis politiques et les parlementaires dans des proportions similaires à celles de leurs aînés.
Ce niveau de participation est accompagné d'une forte défiance vis-à-vis des élus locaux et nationaux. Plus de la moitié d'entre eux estiment que la plupart de ces élus sont impliqués dans des affaires de corruption, et seuls deux jeunes sur 10 leur accordent une confiance et approuvent leurs performances. Enfin, seule une minorité des jeunes se disent satisfaits quan à la formation et à la promotion de nouveaux leaders dans leurs communautés et au fonctionnement de la démocratie dans leur pays.
Crépin Madila Crépin Madila est chercheur et assistant à la communication de l'association Avenir Nepad Congo.