Cameroun: La paralysie politique, symptôme d'une démocratie en crise ?

14 Janvier 2026

À la croisée des chemins, le Cameroun vit un immobilisme politique symptomatique d'une profonde crise de confiance. L'attente d'un remaniement gouvernemental annoncé mais sans cesse reporté cristallise une paralysie institutionnelle bien plus large. Ce gel de la machine étatique intervient dans un contexte où le pays est dirigé depuis plus de 43 ans par Paul Biya, aujourd'hui âgé de 92 ans, ce qui en fait le plus vieux chef d'État en exercice au monde.

Cette longévité au pouvoir contraste violemment avec le profil démographique du pays, dont la moitié de la population a moins de 18 ans. Une grande majorité des Camerounais n'a ainsi connu qu'un seul président, alimentant un sentiment de fracture sociale et générationnelle.

La récente élection présidentielle d'octobre 2025, censée renouveler ou confirmer le pouvoir, n'a fait qu'approfondir cette fracture. Alors que l'opposition, emmenée par Issa Tchiroma Bakary, a revendiqué une victoire « écrasante » basée sur les procès-verbaux de bureaux de vote, le Conseil constitutionnel, perçu comme proche du pouvoir, a finalement proclamé la réélection de Paul Biya.

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Ce décalage flagrant entre les résultats annoncés par l'opposition et le verdict officiel a jeté une lumière crue sur les failles du processus. Des scènes de fraude, comme la découverte d'enveloppes contenant deux bulletins en faveur du président sortant dans des bureaux de Douala, ont été documentées et ont enflammé les débats. L'organe électoral, ELECAM, et le Conseil constitutionnel se retrouvent au cœur d'une tempête, accusés de servir de chambre d'enregistrement à un pouvoir usé.

Les conséquences sont palpables : des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes, réprimées par les forces de l'ordre, faisant des morts parmi les protestataires. Au-delà de la violence, c'est tout le pays qui semble s'enliser.

Les promesses de changement restent lettres mortes, les projets de société sont suspendus, et la gouvernance quotidienne pâtit de cet attentisme. La crainte d'une explosion sociale grandit, dans une nation déjà minée par des conflits séparatistes dans ses régions anglophones et la menace de Boko Haram dans l'Extrême-Nord.

Le véritable enjeu dépasse donc la simple composition d'un gouvernement. Il s'agit de la légitimité politique elle-même. Dans un système où les contre-pouvoirs sont affaiblis, où la justice électorale est mise en doute, et où la parole citoyenne se heurte à la répression, comment construire un avenir commun ? L'immobilisme actuel n'est pas qu'une pause administrative ; c'est le signe d'une démocratie étouffée, qui cherche désespérément son second souffle.

Dans un tel climat, peut-on encore espérer une transition pacifique et une véritable alternance, ou le pays est-il condamné à une perpétuelle attente ?

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