Le Curepipe College n'a pas attendu que les débats nationaux autour de la mixité dans les collèges trouvent leur épilogue. À l'heure où les discussions se poursuivent dans les sphères décisionnelles, cette institution emblématique de la Ville lumière a choisi d'agir. Pour la rentrée scolaire 2026, 12 filles de Grade 7 ont officiellement intégré ce collège historiquement réservé aux garçons. Une première vécue avec calme, curiosité et une étonnante facilité d'adaptation, tant du côté des élèves que de l'équipe éducative.
Situé à quelques pas de la basilique Sainte-Hélène, le Curepipe College affiche 64 ans d'existence, un anniversaire qu'il célèbrera ce vendredi. Dès que l'on franchit le portail de l'établissement, une atmosphère singulière s'impose.
En ce premier jour de reprise, le silence règne dans les couloirs. Peu d'élèves circulent hors des salles de classe. Certains se rendent au bureau administratif pour compléter un dossier ou obtenir des renseignements, mais tout se fait dans le calme, presque solennel, comme pour marquer l'importance de cette rentrée pas comme les autres.
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C'est le recteur et manager du collège, Neetesh Raj Sewpal, qui nous accueille. Il connaît ces murs mieux que quiconque. Ancien élève devenu éducateur, puis responsable de l'institution, il incarne une continuité rare. Dans son bureau, deux grands écrans attirent l'attention. Ils retransmettent en direct la vie des différentes salles de classe. Un dispositif qui, selon lui, vise à prévenir les délits, à renforcer la discipline et surtout, à protéger aussi bien les élèves que le personnel éducatif contre toute forme de malentendu ou d'allégation.
Le Curepipe College s'est déjà distingué ces dernières années par des décisions jugées avant-gardistes. Depuis l'an dernier, les téléphones portables sont strictement interdits dans les salles de classe, du Grade 7 au Grade 9. «Les résultats ont été rapides et probants», explique le recteur. Les performances académiques se sont nettement améliorées, en particulier en Grade 9.
Pas moins de 90 élèves ont obtenu d'excellents résultats au National Certificate of Education, tant en quantité qu'en qualité. «Et ce sont précisément ces élèves qui passaient le plus de temps sur leur portable», précise-t-il. Pour les Grades 11 à 13, une approche plus souple a été adoptée. Jugés plus matures, les élèves peuvent accéder à leur téléphone dans un cadre bien défini, notamment pour des travaux pédagogiques et toujours avec l'accord des enseignants. «Les enseignants jouent aussi le jeu», insiste Neetesh Raj Sewpal. Eux-mêmes s'abstiennent d'utiliser leur portable en classe et même dans la cour, l'usage étant déconseillé. «Cela s'applique à tout le monde, y compris à moi», affirme-t-il.
Une salle spécialement aménagée accueille les filles qui rencontrent un problème de santé ou qui ont besoin de se reposer en toute tranquillité.
La rentrée 2026 restera toutefois gravée comme un moment historique pour l'établissement. «L'introduction de la mixité apporte un véritable plus», soutient le recteur. Il replace cette décision dans un contexte national marqué par une baisse significative des admissions après le Grade 6. «On est passé d'environ 30 000 élèves à près de 13 000 aujourd'hui. Parmi eux, environ 20 % échouent et les 80 % restants sont répartis dans les collèges à travers le pays.» Face à cette réalité, le Curepipe College dispose non seulement de salles de classe, mais aussi d'infrastructures nécessaires pour évoluer.
Le projet de mixité ne date pas d'hier. Neetesh Raj Sewpal confie avoir multiplié les démarches pendant de nombreuses années. «J'ai toujours pensé à la continuité. Les enfants ont fait leurs petites classes dans un environnement mixte. Il était logique que cela se poursuive au secondaire.» Malgré des demandes répétées restées longtemps sans réponse, le collège n'est pas resté inactif.
Dès juillet dernier, les travaux d'aménagement ont été engagés pour accueillir des filles dans des conditions adaptées. Une fois l'autorisation accordée, un obstacle inattendu est apparu : le logiciel d'affectation du Mauritius Examinations Syndicate ne permettait pas aux filles de choisir le Curepipe College pour la cuvée 2026. Résultat : l'admission des filles s'est faite autrement. «Ce sont essentiellement les filles d'anciens collégiens, les soeurs d'élèves actuels ou encore celles dont les parents ont visité l'école et ont été rassurés par les infrastructures», explique le recteur. Elles sont aujourd'hui 12 à porter fièrement l'uniforme du collège.
Neetesh Raj Sewpal entre dans l'histoire en ouvrant les portes d'un collège privé traditionnellement réservé aux garçons aux élèves filles
Dans une salle de classe de Grade 7, les nouvelles arrivantes se montrent réservées, mais confiantes. «Cela a été facile d'accepter de venir ici. Je me sens bien encadrée», confie Jamilee, timidement. Ses camarades acquiescent, partageant ce sentiment de fierté. Du côté des garçons, l'intégration se fait naturellement. «On est déjà habitués à voir des filles en classe», affirme Wayat. Il reconnaît toutefois que le dialogue reste encore hésitant. «On est un peu timides... mais c'est seulement le deuxième jour d'école.»
Pour accompagner cette transition, des mesures concrètes ont été mises en place. Une salle spécifique permet aux filles de se reposer lorsqu'elles ne se sentent pas bien. Des espaces de loisirs, avec notamment des équipements de tennis de table, sont en cours d'aménagement. Cinq minutes supplémentaires leur sont également accordées avant les pauses et l'heure du déjeuner afin de faciliter l'accès à la cantine et aux sanitaires. «Il fallait que ce changement se fasse en douceur. Tous ont très bien accueilli cette nouvelle dynamique», conclut le recteur.
Au Curepipe College, une nouvelle page s'écrit désormais. Une aventure éducative où filles et garçons avancent ensemble, dans un esprit de respect, d'équilibre et de modernité.