Depuis vendredi dernier, les enseignants affectés à Agaléga ont pu regagner l'archipel à bord du Dornier, leur permettant ainsi d'être fin prêts pour entamer la rentrée scolaire 2026 aux côtés des élèves. Une reprise marquée par une organisation sans accroc : lundi, la rentrée des élèves des Grade 1 et 7 s'est déroulée dans de bonnes conditions.
Sur place, le personnel enseignant n'a pas perdu de temps. Dès le premier jour, les enseignants ont procédé à la distribution des uniformes et du matériel scolaire, acheminés par la Mauritius Educational Development Company Ltd. Cette journée a également été mise à profit pour finaliser l'emploi du temps, tant pour les élèves que pour les enseignants, afin d'assurer un cadre structuré dès les premières semaines de classe.
Cette année scolaire est toutefois placée sous le signe du changement pour les élèves agaléens, avec l'introduction du Foundation Programme in Literacy, Numeracy and Skills (FPLNS). Un programme qui nécessite une réorganisation interne. «Il a fallu séparer les enfants et éviter de les mélanger avec ceux qui poursuivent leur parcours scolaire classique. Nous avons pris les dispositions nécessaires pour mettre en place une classe dédiée au FPLNS», explique un enseignant sur place.
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La faible démographie scolaire de l'île impose cependant certaines adaptations. «Nous avons dû regrouper deux niveaux, notamment les Grades 7 et 8, car le nombre d'élèves est très limité. En Grade 8, il n'y a que deux élèves, une fille et un garçon», précise-t-il. Pour le Grade 7, l'effectif varie entre sept et huit élèves, une réalité qui exige une pédagogie flexible et individualisée.
Autre changement notable cette année : le lieu d'enseignement. Les cours ne devraient plus se tenir dans la bibliothèque provisoirement transformée en salle de classe après le passage du cyclone Chido. «Nous ne savons pas quand les travaux de réparation de l'école seront achevés, mais nous espérons que cela se fera rapidement. La bibliothèque doit être libérée», confie l'enseignant, soulignant les contraintes liées aux infrastructures encore en chantier.
Malgré ces défis, le personnel enseignant affiche une volonté intacte. «Nous comptons mettre les bouchées doubles cette année afin d'obtenir les meilleurs résultats possibles. L'objectif est de motiver les enfants et de les accompagner au mieux dans les matières qu'ils étudient», assure-t-on. Dans un contexte insulaire isolé, l'engagement des enseignants reste un pilier essentiel de la réussite scolaire.
Sur un autre plan, les conditions de travail des enseignants à Agaléga continuent de susciter des préoccupations syndicales. Le président de l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), Arvind Bhojun, affirme que son organisation suivra de près l'évolution de la situation sur l'île.
Il rappelle que, selon les recommandations du Pay Research Bureau, les dispositions concernant les enseignants affectés dans les Outer Islands sont claires. «Nous avons dû intervenir auprès du ministre pour faire comprendre que la Private Secondary Education Authority (PSEA) ne peut pas modifier ces recommandations à sa convenance, surtout lorsqu'il s'agit des conditions de travail et des indemnités», soutient-il.
Le syndicat réclame notamment le versement d'une disturbance allowance. «Ce n'est pas facile de quitter sa famille à Maurice pour aller s'engager à Agaléga. Cette réalité doit être reconnue», insiste Arvind Bhojun. Il souligne également les différences de traitement entre les enseignants du primaire et ceux du secondaire. «Les logements mis à disposition sont exigus et ne peuvent pas accueillir les familles lorsqu'elles souhaitent rendre visite. Les enseignants se retrouvent souvent seuls.»
Autre point sensible : la question du transport. Une fois l'année scolaire terminée en octobre, certains enseignants cessent de percevoir certaines allocations mais demeurent contraints de rester dans l'archipel en raison du manque de liaisons régulières avec Maurice.
Il faut rappeler que le bateau ne dessert Agaléga que trois fois par an, sauf en cas de force majeure. Dans ce contexte, l'UPSEE appelle à un changement d'approche. «Le ministère a demandé que nos propositions soient prises en considération. Notre souhait est que la PSEA travaille de manière plus professionnelle cette année, dans l'intérêt de tous», conclut Arvind Bhojun. Une attente forte, alors que l'année scolaire débute dans un esprit de détermination, malgré les contraintes propres à l'isolement de l'archipel.