Ile Maurice: Deux receveurs agressés, le personnel tire la sonnette d'alarme

Deux nouvelles agressions sont venues raviver les inquiétudes persistantes autour de la sécurité dans les autobus de la Compagnie nationale de transport (CNT). Le premier, c'est un receveur qui affirme avoir été attaqué à l'arme blanche, fin 2025, alors qu'il était en service. Touché au visage, l'employé s'en est sorti avec des blessures légères, mais reste profondément marqué par l'incident. L'autre cas rapporté est celui d'un receveur à Rivière-du-Rempart.

Dans le premier cas, selon son témoignage, il s'en est fallu de peu pour que le drame soit plus grave. Le receveur, qui opère sur la ligne reliant Port-Louis à Bambous, explique être régulièrement confronté à des situations tendues, en particulier lors des derniers trajets de la journée. Sans stigmatiser les régions desservies, il évoque un climat d'insécurité croissant auquel seraient exposés les receveurs et chauffeurs.

«Il arrive fréquemment que des groupes de personnes, parfois sous l'emprise de substances, montent dans le bus sans vouloir payer leur trajet, surtout lors du dernier service», relate-t-il. Toujours selon ses dires, ces situations dégénèrent souvent : insultes envers les passagers, langage grossier, voire consommation présumée de drogue synthétique à bord des autobus. Dans ces moments-là, les passagers se tournent vers le personnel pour intervenir. «Mais dès que nous essayons de parler ou de calmer la situation, nous devenons des cibles», confie-t-il.

L'employé évoque également d'autres incidents survenus le week-end, notamment dans la région de Petite-Rivière, à proximité de discothèques. Il raconte que des autobus ont parfois été bloqués pendant de longues minutes par des fêtards occupant la chaussée aux petites heures du matin. «Une fois, après avoir klaxonné pour signaler notre présence, un collègue s'est retrouvé face à une personne armée d'un sabre. Heureusement, le coup n'a touché que l'imposte du bus», se souvient-il.

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Concernant l'agression la plus récente, le receveur explique qu'elle aurait impliqué un marchand ambulant connu dans la région. L'individu serait monté dans le bus avec deux sacs de fruits dont l'un aurait été placé près de la porte, gênant la circulation des passagers. «Je lui ai simplement demandé de déplacer le sac. Il a immédiatement haussé le ton», relate-t-il.

La situation se serait ensuite envenimée au moment du paiement du trajet. Le passager aurait remis une somme inférieure au tarif requis. «Il a recommencé à m'insulter, puis il a sorti un couteau. Il m'a menacé et a porté plusieurs coups en direction de mon visage, me blessant», affirme le receveur.

À la suite de cet incident, une déposition a été faite à la police. L'individu aurait été conduit au poste, mais relâché par la suite. Une décision que l'employé dit ne pas comprendre, d'autant plus que, selon lui, plusieurs passagers auraient été témoins de la scène. «Ma crainte, c'est qu'en sortant du poste, il puisse s'en prendre à un autre collègue», confie-t-il.

Dans un autre incident signalé, un receveur opérant sur la ligne de Rivière-du-Rempart relate une agression survenue pendant son service. Dans son rapport, il retrace précisément le déroulement des faits. «Deux passagers sont montés à Sainte-Croix. Le premier a payé son trajet avec un billet de Rs50, tandis que le second a présenté un billet de Rs1000. Je lui ai demandé s'il disposait de monnaie, car il m'était difficile de rendre une telle somme. C'est alors qu'il a commencé à m'insulter.»

Malgré la tension, le receveur affirme avoir tenté de trouver une solution. « Je lui ai d'abord remis des pièces de Rs10 et de Rs20. Mais au moment de lui rendre les billets, il s'est brusquement emporté et m'a menacé.»

La situation a dégénéré à l'approche de la région de l'Amitié, alors que le nombre de passagers diminuait. «L'individu est monté sur le banc et m'a frappé à l'estomac, pendant que son complice me retenait les mains», témoigne-t-il encore sous le choc.

Alerté par ses cris, le chauffeur a immédiatement conduit les agresseurs à la station la plus proche. Le receveur a par la suite obtenu une PF58 et a reçu des soins à l'hôpital. Profondément marqué par cette violente altercation, il s'interroge : «Les pièces de Rs10 et de Rs20 ne sont-elles pas de l'argent ? »

Face à la répétition de ces incidents - trois autres agressions auraient été signalées la semaine dernière - les employés de la CNT lancent un appel pressant aux autorités. Ils demandent l'intervention du ministre des Transports, Osman Mahomed, ainsi qu'un renforcement de la présence policière, notamment sur les derniers trajets en cette période festive. «Nous transportons la recette du jour et nous travaillons dans la peur», conclut le receveur, espérant que des mesures concrètes seront prises pour assurer la sécurité du personnel et des passagers.

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