Six semaines après le coup d'état du 26 Novembre qui a mis fin au processus électoral devant aboutir à l'élection du successeur de Umaro Sissoko Emballo, le président sortant, la CEDEAO a décidé ce samedi 10 Janvier 2026, d'envoyer une mission de haut niveau en Guinée Bissau. Elle est conduite par les Présidents Julius CEDEAO Bio de Sierra Léone, par ailleurs président en exercice de la CEDEAO, et Bassirou Diomaye Faye celui du Sénégal, dont le pays va hériter prochainement de la présidence de la commission de la CEDEAO, en remplacement de M. Umar Alieu Toureh.
L'enjeu de cette mission, qui n'est plus à démontrer à la fois pour la CEDEAO et le Sénégal frontalier de la Guinée Bissau, ne doit pas occulter le fait que l'exigence initiale de la CEDEAO, à savoir la poursuite du processus électoral, brutalement interrompu, la veille de la proclamation des résultats, n'est plus à l'ordre du jour, malgré les résultats annoncés, procès-verbaux en main, par le camp de Fernando Dias Da Costa, soutenu par le PAIGC, en sa faveur, et non encore démentis.
En lieu et place on parle aujourd'hui d'agenda de transition vers un retour à l'ordre institutionnel, dont les délais ne font guère un consensus, si l'on se réfère aux décisions prises lors de la 68éme session ordinaire de la CEDEAO tenue à Abuja le 14 Décembre dernier, qui rejettent la transition du point de vue de sa durée,( un An), et dans sa forme, en exigeant que la transition soit inclusive et aussi la libération des détenus politiques, dont le leader du PAIGC, Domingos Simoes Pereira, ancien président de l'Assemblée nationale.
L'organisation régionale, il faut le dire, a très peu de marge face à la position affichée par l'homme fort de Bissau le Général Horta N'tam, malgré la menace de sanction qu'elle a brandie vis-à-vis des principales figures de la junte, qui auraient des velléités de ramer à contre-courant.
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La mission de haut niveau de la CEDEAO ne sera pas simple, et c'est le moins qu'on puisse dire, au regard de l'inefficacité des décisions prises dans un passé récent pour des cas similaires, qui d'ailleurs ont entrainés le départ de 3 pays membres (Niger, Mali, Burkina Faso) de la CEDEAO. Elle évolue sur une ligne de crête, car si les mêmes causes produisent les mêmes effets, les sanctions et autres mesures contraignantes risquent de pousser la junte vers les pays de l'AES, comme on le suspecte un peu, sans oublier les conséquences en perspectives au niveau de l'UEMOA et notamment sur le CFA la monnaie commune.
C'est dire que le mandat de Julius Maada Bio, et du président de la commission, qui n'est pas encore installé, se déroule dans un contexte géopolitique extrêmement complexe, qu'il serait très risqué de gérer cette crise politique également complexe, à travers les canaux diplomatiques classiques.
En effet, la junte vient de faire voter ce 13 Janvier 2026, le projet de révision de la Constitution de la République de Guinée Bissau qui la fait passer du régime parlementaire à un régime présidentiel et du coup renforce les pouvoirs du président de la République en place, même si le texte n'est pas encore publié, ce vote marque un tournant décisif, que la CEDEAO ne peut ignorer. Il faut espérer que la mission de haut niveau qui n'est pas la première dans ce pays, saura prendre en compte cette évolution institutionnelle pour une solution politique à la crise, qui devrait mettre un terme à la transition suivant un agenda négocié avec tous les acteurs.
La position qui sera prise lors de la 68ème session du sommet des chefs d'état et de gouvernement de la CEDEAO, sur la base du rapport de cette mission de haut niveau sera scrutée avec beaucoup d'attention