Parolier, chorégraphe et guitariste, l'auteur de la chanson "Fimbu" revient sur son parcours, la situation des artistes en RDC et les défis du secteur musical.
Dans cet entretien, nous vous emmenons au coeur de la musique congolaise avec une figure incontournable : Félix Wazekwa. Auteur-compositeur reconnu en République démocratique du Congo, vous avez peut-être déjà fredonné son titre emblématique « Fimbu, Chicote », devenu un hymne lors des matchs des Léopards. Nous l'avons rencontré pour un entretien exclusif, durant lequel il nous parle de son parcours, de son métier de parolier, du statut des artistes dans son pays et de leur rôle face aux réalités vécues par les populations dans l'est de la RDC.
DW : Bonjour Félix Wazekwa, merci d'être avec nous. Si vous deviez définir votre parcours musical, comment le présenteriez-vous ?
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Félix Wazekwa : Bonjour et merci pour l'invitation. Je me définis avant tout comme un parolier, puis comme écrivain. Je suis aussi danseur, pour ne pas dire chorégraphe, et guitariste. Mon parcours, je dirais, s'est fait presque en first class. Je n'ai pas rencontré toutes les difficultés que beaucoup d'artistes évoquent pour dire qu'ils ont souffert avant de réussir. On a tendance à considérer la souffrance comme un passage obligé vers la réussite, mais ce n'est pas forcément le cas. J'ai eu la chance de bénéficier de beaucoup de soutien.
Je suis également le fondateur du groupe Cultur'a Pays Vie, qui existe toujours aujourd'hui. Pour moi, c'est très important : créer une entreprise, c'est une chose, mais la faire durer et continuer à produire des oeuvres artistiques, voyager avec son groupe, remplir de grandes salles... c'est significatif pour un artiste.
DW : Vous avez commencé comme parolier, un métier dont on parle peu en RDC. Pouvez-vous nous en dire plus et citer quelques-unes de vos réalisations ?
Félix Wazekwa : C'est une étape de ma vie qui m'a beaucoup appris. J'ai travaillé avec de nombreux artistes, notamment Papa Wemba, pour qui j'ai écrit des chansons comme Après tout. À l'époque, je ne comprenais pas bien ce métier. Il fallait être présent aux répétitions, au studio... En réalité, Papa Wemba était en train de me former. C'est pourquoi, dans tous mes concerts, je rends hommage à Papa Wemba. Il a été d'une grande générosité envers moi.
DW : Vous avez évoqué la situation dans l'Est de la RDC. On a l'impression que les artistes restent silencieux, contrairement à la société civile. Pourquoi ?
Félix Wazekwa : Ce n'est pas exact de dire que les artistes sont absents, mais il faut comprendre que parler de politique est très risqué. Une simple phrase qui déplaît peut vous conduire en prison. Or, parler de l'Est sans évoquer la politique, c'est difficile. À une époque, des artistes comme Luambo ou Papa Lutumba ont été emprisonnés pour leurs paroles. Aujourd'hui, on évite certains sujets pour ne pas avoir de problèmes. Mais cela ne veut pas dire que cela ne nous tient pas à coeur.
DW : Un dernier mot sur le statut des artistes en RDC ? On parle souvent de droits d'auteur, mais la structuration du secteur semble fragile. Que faudrait-il faire ?
Félix Wazekwa : Nous avons des exemples à suivre, mais nous n'arrivons même pas à les imiter. Il ne s'agit pas d'inventer un système parfait, mais de copier ce qui fonctionne ailleurs. Malheureusement, nos sociétés de gestion des droits d'auteur ne remplissent pas leur rôle. Les rémunérations sont sporadiques et forfaitaires, quel que soit le succès de l'artiste. Une chanson qui marque l'histoire reçoit la même somme qu'une oeuvre moins connue. Depuis la création de ces structures, rien n'a évolué. Je regrette que des veuves et des orphelins d'artistes célèbres se retrouvent sans ressources. Pour profiter de la musique en RDC, il faut presque être éternel.