Ile Maurice: Service 24/7, la ligne rouge franchie

Ils sont censés veiller, jour et nuit, sur la vie des autres. Mais à force de leur demander d'être partout, tout le temps, ce sont les médecins eux-mêmes qui ont fini par céder. Ce 15 janvier, l'Employment Relations Tribunal (ERT) a posé un arrêt net : le système de services spécialisés 24 heures sur 24, imposé dans les hôpitaux publics, est illégal.

La décision fait suite à une plainte de la Government Medical and Dental Officers Association (GMDOA) contre le ministère de la Santé. En cause, une réforme, post Covid-19, introduite le 1er août 2022, présentée comme une modernisation indispensable du service public hospitalier.

L'objectif affiché était noble : garantir une présence continue de spécialistes en gynécologie-obstétrique, en pédiatrie et en anesthésie. La méthode, elle, a été jugée brutale.

Le tribunal, présidé par son vice-président Shameer Janhangeer, a relevé une faille majeure : le ministère s'est appuyé sur les recommandations du Pay Research Bureau (PRB) pour justifier un service 24/7, alors que ces mêmes recommandations prévoyaient uniquement une couverture physique de nuit. Entre les deux, il y a un monde. Et ce monde n'a jamais été négocié avec les principaux concernés.

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Dans les couloirs des hôpitaux, cette décision résonne comme une reconnaissance tardive. Car le quotidien des médecins spécialisés s'était transformé en épreuve d'endurance. Des semaines de 67 à 91 heures, des gardes qui s'étiraient jusqu'à 31 heures consécutives, et toujours la même exigence : rester lucide, précis, humain, malgré l'épuisement. L'ERT n'a pas mâché ses mots, rappelant que de tels horaires dépassent largement les standards internationaux, qu'ils soient européens ou nord-américains.

Au-delà des chiffres, le jugement met en lumière une réalité plus silencieuse. Un médecin qui enchaîne les nuits sans repos n'est pas qu'un employé surmené ; c'est aussi un professionnel à qui l'on confie des vies dans des conditions de plus en plus fragiles.

L'argument de l'intérêt public, souvent brandi pour justifier l'urgence permanente, ne peut, selon le tribunal, servir de prétexte à une violation des droits fondamentaux au travail. Les conséquences, elles, sont déjà visibles.

Selon la GMDOA, cette organisation imposée a accéléré l'hémorragie des compétences vers le privé. En gynécologie-obstétrique, le nombre de spécialistes dans le public serait passé de 31 à 22 depuis 2022. Un chiffre qui dit beaucoup du malaise et du découragement ressentis sur le terrain.

Pour le syndicat, la décision de l'ERT n'est pas une victoire triomphante, mais un rappel à l'ordre. Il ne s'agit pas de refuser une amélioration des soins, mais de rappeler qu'un système de santé ne peut fonctionner durablement sans dialogue ni respect de ceux qui le portent à bout de bras. La balle est désormais dans le camp du ministère, sommé de revoir sa copie et d'ouvrir de véritables négociations.

À l'heure où ces lignes sont écrites, aucune réaction officielle n'a filtré du ministère de la Santé. Un silence qui contraste avec la portée du jugement. Car au-delà du droit, l'ERT a posé une question essentielle : jusqu'où peut-on étirer le dévouement des médecins avant de rompre l'équilibre entre soigner les autres et se préserver soi-même ?

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