Cote d'Ivoire: Bitumage de l'axe Yakassé-Attobrou-Bettié - Une interconnexion régionale saluée

16 Janvier 2026

Il y a un peu plus d'un an, l'axe Yakassé-Attobrou-Bettié, long de 41 kilomètres, offrait un visage désolant : une terre rouge détrempée en saison pluvieuse, des ornières profondes creusées par les passages répétés de véhicules, d'immenses flaques stagnantes et de redoutables nids-de-poule.

À ces difficultés s'ajoutaient des pannes interminables, des risques d'agressions et des drames humains, tels que des femmes contraintes d'accoucher en cours de transfert vers Adzopé.

Cette voie de l'Est ivoirien, essentielle pour les régions de la Mé et de l'Indénié-Djuablin, était devenue synonyme de calvaire pour les automobilistes, les transporteurs, les commerçants et les touristes.

« Cette route était le théâtre de braquages et d'agressions. Nous avons vécu ce que je peux appeler un traumatisme durant des décennies. Dieu merci, les choses se sont améliorées et nous en sommes très heureux », témoigne Korotoumou Sylla, commerçante, rencontrée dans un Massa (minibus de transport en commun), le mercredi 7 janvier 2026.

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Sur sa moto, Abou Siaka, mécanicien de profession, exprime la même satisfaction : « Je me réjouis du bitumage de cette route que je parcours chaque semaine pour dépanner des usagers. Avant les travaux, je passais cinq jours sur sept sur ce tronçon pour des dépannages, tant il causait des pannes ».

Aziz Koulibaly, acheteur de produits agricoles, se dit lui aussi soulagé. « Au-delà du désenclavement des villages où nous travaillons, le bitumage redonne espoir aux populations des deux régions désormais interconnectées », déclare-t-il.

Une libération attendue depuis des décennies

À Ahuikoi, village situé à 4 km d'Adzopé, la jeune commerçante Alimata Kaboré parle d'une véritable délivrance : « Nous attendions cette route depuis des années. C'était comme vivre en prison ». Elle raconte que sa soeur aînée a failli perdre la vie lors d'un accident, il y a trois ans, lorsque le véhicule de transport qui la conduisait à Abidjan a dérapé sur une chaussée détériorée et glissante.

Pour Achi Koua, fils de Yakassé-Attobrou, la réalisation de la route constitue l'aboutissement d'un rêve collectif : « Durant des années, nous avons pleuré cette voie. Aujourd'hui, nous pouvons marcher et rouler sur une route digne de ce nom. C'est un immense soulagement ».

Un catalyseur du développement économique

Route à double sens, l'axe bitumé facilite désormais la circulation des biens et des personnes, dynamisant l'activité économique locale. « Nous pouvons désormais parcourir les villages sans difficulté pour acheter les produits des planteurs », souligne encore Aziz Koulibaly.

Même constat pour Saïd Moushirou, commerçant ambulant : « Je ne perds plus de temps dans mes déplacements et ma voiture ne tombe plus fréquemment en panne ».

Koffi Philomène, rencontrée dans un minibus de transport en commun, se réjouit également des effets positifs sur les activités agricoles : « L'écoulement du manioc, de l'igname, des graines, de l'aubergine ou de l'hévéa sera bien plus facile. Nous remercions nos autorités, notamment l'ex-Premier ministre Patrick Achi, pour sa contribution à la construction de cette route ».

Un souffle nouveau pour le tissu social

Pour Léopold Okou, habitant de Yakassé-Attobrou, cette route change radicalement le quotidien. Les malades pourront désormais atteindre plus aisément le Chr d'Adzopé ou, si nécessaire, Abidjan. « Nos femmes en couche ne souffriront plus autant et nos enfants pourront fréquenter les écoles des villes voisines en toute tranquillité », ajoute-t-il.

L'aide-soignant Adolphe Menan, basé à Ahuikoi, confirme cette avancée : « Les cas graves pourront être évacués sans crainte. Les véhicules de livraison de médicaments pourront désormais respecter un calendrier normal ».

Olivia Kouhon, institutrice, rappelle, quant à elle, que la dégradation de l'ancienne route avait poussé certains enseignants à quitter leur poste. « Ils se sentaient coupés du monde, incapables de se rendre facilement à Adzopé ou à Abidjan pour des démarches administratives. Cette route est une véritable bouffée d'oxygène », se réjouit l'enseignante.

Une sécurité désormais renforcée

La fin de la terre rouge boueuse marque également une avancée notable en matière de sécurité. « Nous ne serons plus livrés aux braquages et aux agressions. Avant, surtout en saison des pluies, les véhicules ralentissaient et les passagers devenaient des proies faciles pour les bandits », explique Korotoumou Sylla.

Un gendarme ayant requis l'anonymat confirme que les patrouilles et les opérations de sécurisation sont désormais plus aisées sur cet axe. Il salue la praticabilité de la route, qui permettra aux forces de l'ordre d'opérer plus efficacement, de veiller sur les populations et de traquer les braqueurs et « coupeurs de route » qui sévissaient autrefois sur ce tronçon.

Des dégradations précoces qui inquiètent

Toutefois, malgré la joie quasi unanime, la route présente déjà des fissures et des affaissements qui suscitent des inquiétudes.

Patricia Yapo, originaire d'Ahuikoi, alerte : « La route n'est même pas encore inaugurée que des trous provoquent déjà des accidents ».

Korotoumou Sylla, quant à elle, interpelle le gouvernement. « À peine un an, des trous apparaissent déjà. Nous sollicitons la réhabilitation des zones détériorées », appelle la commerçante.

Abou Sié, chauffeur de « Gbaka », renchérit : « Il est vrai que la route est bitumée, mais elle commence à nous fatiguer. La nuit, quelqu'un qui ne la connaît pas peut tomber dans un trou et provoquer un accident ». Il demande que des mesures urgentes soient prises pour éviter le pire.

Le projet de bitumage de l'axe

Faut-il le rappeler, c'est en Conseil des ministres du 23 février 2022 qu'a été adopté le décret portant ratification de l'Accord de prêt n°2021045/PR CI 2021 33 00, d'un montant total de 17 milliards de Fcfa, conclu le 21 décembre 2021 entre la Banque ouest-africaine de développement (Boad) et la République de Côte d'Ivoire, en vue du financement du projet de bitumage de la section Biéby-Bettié du tronçon Yakassé-Attobrou-Bettié.

Ce projet vise à améliorer la mobilité sur l'axe Yakassé-Attobrou-Bettié afin de dynamiser les échanges économiques entre les régions de la Mé et de l'Indénié-Djuablin, d'une part, et les autres régions du pays ainsi que le Ghana, d'autre part.

Il comprend, plus spécifiquement, l'aménagement et le bitumage du tronçon Yakassé-Attobrou-Bettié, d'une longueur de 42 km, ainsi que la réalisation d'aménagements connexes, notamment des voiries urbaines et la bretelle d'accès à la localité de Biasso.

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