Ndiassane se souvient, ce 17 janvier, d'un grand homme, celui qui a défendu la cité religieuse jusqu'à son dernier souffle : Mohiddin Ahmed Bachir Kounta.
Porte-parole des khalifes généraux de Ndiassane de 1973 à 2019, il fut un homme d'État, mais aussi un journaliste de renom, spécialiste de la traduction en wolof des messages officiels lors des grands moments de la République. Fervent musulman, il a invoqué Dieu jusqu'à son dernier souffle.
Il aurait eu 89 ans en 2026 s'il n'avait pas été rappelé à Dieu le 17 janvier 2019. Journaliste émérite et éloquent, Ahmed Bachir Kounta était particulièrement connu pour la traduction en langue nationale wolof des discours présidentiels de fin d'année et de la fête de l'Indépendance. Après les allocutions officielles de la Présidence lors des moments forts de la nation sénégalaise, c'est lui qui apparaissait à l'écran, prenant symboliquement la place du chef de l'État. Avec solennité, prestance et sérénité, il relayait fidèlement le message à la nation à la grande majorité des Sénégalais ne maîtrisant pas la langue de Molière.
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Très posé, sa présentation ne laissait personne indifférent. Il choisissait avec soin chaque mot, en communicant averti, transmettant son message sans heurter l'opinion tout en captant l'attention des téléspectateurs et auditeurs. Il parlait aisément l'arabe, le français et le wolof, langue de Kocc Barma. Il fut également un spécialiste du reportage sportif.
Mohiddin Ahmed Bachir Kounta a tiré sa révérence après 82 années de loyaux services à la nation et à Ndiassane, dont un peu plus de 40 ans à la Radiodiffusion-Télévision sénégalaise, de l'ORTS à la RTS.
Un journaliste modèle
Né en 1937 à Saint-Louis, Ahmed Bachir Kounta est l'un des rares, sinon le premier, petit-fils du fondateur de Ndiassane à avoir fréquenté l'école française, en plus de la formation soufie propre aux familles religieuses. Cela lui a permis une excellente maîtrise de la langue française.
Il a grandi entre Saint-Louis et Tivaouane, chez sa tante Marième Kounta, épouse de Seydi Ababacar Sy, premier khalife de Seydi El Hadji Malick Sy.
Selon le professeur Mohamed Kounta, il avait fréquenté le lycée Faidherbe et était un excellent littéraire, un véritable grammairien. « Si j'ai choisi de faire les lettres modernes à l'université, c'est grâce à Bachir Kounta », a-t-il reconnu.
Fils du sixième khalife général de Ndiassane, El Hadji Mame Bouh Mamadou Kounta, le professeur Mohamed Kounta souligne que Ahmed Bachir lui a également inculqué la ponctualité et la rigueur dans le travail.
Il avait intégré la Radiotélévision sénégalaise en 1957, où il a été encadré par El Hadji Ousseynou Seck, l'un des piliers de la RTS.
« El Hadji Bachir Kounta incarnait la rigueur intellectuelle : très correct, très cultivé, méthodique, technicien de la langue, self-made-man, fervent défenseur des confréries, particulièrement de la Khadria », a témoigné Mouhamed Kounta.
Un trait d'union entre les confréries
Porte-parole des khalifes de Ndiassane de 1973 jusqu'à sa disparition en 2019, il était également leur conseiller et a beaucoup oeuvré pour l'unité des confréries. Mouhamed Kounta se souvient de ses propos affirmant que Touba, Tivaouane, Ndiassane et les Layènes avaient le même fondateur spirituel. « C'est une personne à multiples visages qui est apparue dans ces foyers religieux », disait-il, pour signifier que les confréries sont une et indivisible.
Proche de Serigne Fallou Mbacké et de Serigne Babacar Sy, le petit-fils de Mame Bou Kounta, fondateur de Ndiassane, fut un soldat infatigable de l'islam. Il n'était pas seulement le porte-parole de Ndiassane, mais celui de toutes les confréries. Il refusait toute falsification de l'histoire, rappelant souvent : « On peut violer l'histoire, mais on ne peut pas lui faire d'enfant. »
Doté d'une mémoire exceptionnelle, il retenait les dates de grands événements et parfois même les détails les plus précis, jusqu'aux numéros des véhicules, a souligné Mouhamed Kounta.
Un homme d'État
Ahmed Bachir Kounta était aussi un homme d'État, a témoigné son épouse, Sokhna Astou Kounta. Pieux, généreux, humble, respectueux des principes de la Khadria et de l'islam, il était un véritable soufi. Il ne tenait jamais de propos malveillants sur autrui en son absence.
Pour son épouse, Ndiassane a perdu un homme d'une valeur inestimable.
« J'ai assisté à ses derniers instants de vie et il n'a cessé d'invoquer Dieu jusqu'à son dernier souffle », a-t-elle confié avec émotion, sept ans après son rappel à Dieu. « Aujourd'hui, nous continuons de prier pour lui et de solliciter la miséricorde divine », a-t-elle ajouté.
Il accompagna presque tous les chefs d'État du Sénégal, sans jamais divulguer le moindre secret. Père de famille exemplaire, il était très méthodique et organisé.
« Lorsque le gouvernement lui octroyait un appui pour l'organisation du gamou, il conservait l'enveloppe sous son oreiller afin de ne pas mélanger cet argent à ses dépenses personnelles. Il distribuait intégralement l'enveloppe et le riz aux familles chargées de l'accueil des pèlerins », a-t-elle relaté.
Malgré ses lourdes responsabilités, il accordait beaucoup de temps aux enfants et aux personnes démunies, envers lesquelles il témoignait un profond respect. Sokhna Astou Kounta est par ailleurs la fille du défunt khalife de Ndiassane, El Hadji Bou Mamadou Kounta.
Pour Mohamed Kounta, Ahmed Bachir Kounta mérite un hommage national à chaque commémoration. Il rappelle notamment son rôle déterminant après la suppression du Sénat en 2012 : grâce à ses démarches, le président Macky Sall avait engagé des actions pour solder les dettes des anciens sénateurs, surpris par la dissolution de leur institution et menacés par des poursuites bancaires.