Le stade Lansana Conté a refusé du monde le 17 janvier lors de l'investiture du président Mamadi Doumbouya à la magistrature suprême de la Guinée. Elu à plus de 86 % des suffrages exprimés au scrutin du 28 décembre, celui qui a déposé le président Alpha Condé, le dépossédant d'un 3e mandat indu, un certain 5 septembre 2021, est ainsi devenu le 1er président de la IVe République guinéenne.
En effet, son investiture met fin à une transition de plus de 4 ans. Elle ouvre une ère nouvelle, celle d'un retour à une démocratie pluraliste que les Guinéens espèrent plus pertinente dans la gestion de la chose publique. Le pays vient de loin, car comme bien d'autres jeunes nations en Afrique, le soleil des indépendances a été celui de bien d'avatars avec moult sinuosités dramatiques qui font douter de la capacité des peuples africains à se construire des institutions étatiques efficaces pour leur développement.
Dans le cas de la Guinée, le "NON" retentissant à la "Communauté française" du général De Gaulle, le 28 septembre 1958, et l'enthousiasme pour "l'indépendance immédiate" avaient rapidement tourné à la désillusion d'un régime dictatorial sous la férule de Sékou Touré. La disparition de ce dernier, après plus d'un quart de siècle de règne, en avril 1984, n'a pas contribué à une meilleure gestion de la Guinée.
De Lansana Conté à Alpha Kondé, en passant par Dadis Camara, le pays s'est à peine débarrassé du despotisme non éclairé. Même le président nouvellement investi n'est pas exempt de tout reproche en matière de respect des droits de l'homme. Pour asseoir son pouvoir durant les 4 années de transition, il a usé de la méthode forte, obligeant des opposants emblématiques comme Cellou Dalein Diallo, Sydia Touré ou Rafiou Sow à l'exil. Leurs partis demeurent suspendus et les manifestations contre le régime de transition interdites.
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C'est pour la bonne cause, s'est toujours justifié le général Doumbouya : l'assainissement de l'échiquier politique car la vieille garde avait caporalisé l'animation de la vie politique en un capharnaüm fait de népotisme, de dilettantisme ou d'irrédentisme, au préjudice d'institutions républicaines fortes, vertueuses. L'ancien légionnaire français, Mamady Doumbouya qui avait promis de balayer la maison guinéenne sans ambition de s'accrocher au pouvoir s'est comme parjurer.
On ne sait pas trop si la Guinée d'aujourd'hui est mieux gouvernée que celle d'hier en matière de vision stratégique, de promotion des droits économiques et sociaux, de lutte contre le régionalisme, la corruption ? Certes nous sommes loin de l'époque Sékou touréenne avec les multiples victimes du Camp Boiro, ou celle du capitaine fouettard Dadis Camara et la répression sanguinaire du 28 septembre dans le stade éponyme en 2009 contre des manifestants, mais chat échaudé craint l'eau froide. Après s'être dédit de ne briguer aucun mandat, le général Mamady Doumbouya va-t-il desserrer l'étau des restrictions des libertés de presse, d'association et d'opinion en Guinée.
On croise les doigts pour cela, et que la solution Doumbouya, la Ve République, ne devienne un nouveau problème de bonne gouvernance pour la Guinée réputée scandale géologique et château d'eau de l'Afrique.