Cameroun: Une génération sacrifiée dans la crise anglophone

18 Janvier 2026
opinion

Depuis 2016, la guerre dans les régions anglophones du Cameroun n'est pas seulement un conflit politique. Elle façonne une génération qui n'a connu que la violence. L'analyse de Dieudonné Essomba pointe une tragédie profonde : des jeunes qui, après huit ans de guerre, grandissent dans la haine de l'État, n'ayant pour horizon que les affrontements et les « villes mortes ».

Le conflit, qui a fait plus de 6 000 morts, puise ses racines dans une histoire coloniale divisée entre mandats français et britannique. La suppression de l'État fédéral en 1972 a cristallisé un sentiment durable de marginalisation et d'« absorption » chez les anglophones, représentant environ 20% de la population. Des décennies de griefs portant sur la sous-représentation, la négligence des infrastructures et la domination du français dans l'administration ont préparé le terrain à l'explosion de 2016.

La réponse de l'État, souvent perçue comme répressive et unilatérale, a transformé des revendications corporatistes en une rébellion séparatiste armée. En 2019, le « Grand Dialogue National » et l'octroi d'un « statut spécial » aux deux régions n'ont pas ramené la paix. Cette autonomie théorique est restée lettre morte, les assemblées régionales étant privées de réel pouvoir et contrôlées par des gouverneurs nommés à Yaoundé. Ce statut, imposé sans consultation, a été rejeté par une large partie de la communauté et ignoré par les séparatistes.

Sur le terrain, la vie est paralysée. Les séparatistes imposent des « lockdowns » stricts, transformant des journées entières en « villes mortes » où les marchés et les écoles ferment. Près de 700 000 jeunes sont exclus du système scolaire, et plus de 1,8 million de personnes ont besoin d'aide humanitaire. La peur règne : lors de meetings politiques, les militants se cachent le visage, redoutant les représailles.

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Alors que le procès des leaders séparatistes, comme Sisiku Ayuk Tabe, traîne en longueur jusqu'en 2026, le dialogue politique semble dans l'impasse. Le gouvernement refuse de négocier avec les « terroristes », tandis que la sécession s'entête. Dans ce vide, une génération perdue mûrit, sans éducation ni perspective, façonnée par les traumatismes de la guerre. Des initiatives de paix portées par des jeunes tentent de briser ce cycle, mais elles manquent cruellement de reconnaissance et de soutien.

Le Cameroun peut-il encore se réconcilier avec sa jeunesse anglophone, ou a-t-il déjà sacrifié une génération entière sur l'autel de l'unité nationale ?

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