La Confédération des Travailleurs des Secteurs Publique et Privé (CTSP) a tenu, vendredi, un point de presse consacré à la situation de six employés de Ruth SEN School, une école spécialisée accueillant des enfants en situation de handicap. Le syndicat affirme que ces six enseignants ont été licenciés de manière illégale. Une version fermement contestée par la direction de l'établissement, qui parle, elle, de suspensions disciplinaires pour faute grave.
Selon le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, le conflit remonte à novembre 2024. Le syndicat reproche à l'école d'avoir imposé des contrats renouvelés périodiquement à des employés occupant des postes de nature permanente, en violation de la Workers' Rights Act.
Vacances scolaires et désaccord
Le principal point de discorde porte sur l'interprétation d'une décision prise en 2022 par le ministère de l'Éducation et le conseil d'administration de la Special Education Needs Authority (SENA), accordant le droit aux vacances scolaires aux enseignants des écoles spécialisées, au même titre que ceux du secteur public.
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Le syndicat affirme que cette décision ne serait plus reconnue par la direction actuelle de la SENA, entraînant, une privation des vacances scolaires et le remplacement du paiement des heures supplémentaires par des time-off uniquement possibles durant les périodes de classe. Malgré plusieurs interventions ministérielles depuis fin 2024, la situation n'aurait, jamais été régularisée.
La CTSP dénonce aussi la suspension de six enseignants qui ne se seraient pas présentés au travail le 5 janvier, alors qu'un communiqué officiel du ministère de l'Éducation faisait état d'une reprise le 9 janvier. Une décision jugée «injustifiée», qui, aurait aggravé une situation déjà problématique en matière de sécurité et d'encadrement des élèves.
Au-delà du cas de Ruth SEN School, la CTSP a élargi le débat à l'ensemble du secteur de l'éducation spécialisée, qu'elle estime en difficulté. Le syndicat pointe la contribution financière demandée aux parents - pouvant atteindre Rs 10 000 par mois dans certaines écoles privées - malgré les subventions publiques accordées. «L'éducation devrait être gratuite pour tous les enfants, y compris ceux en situation de handicap», a insisté Reeaz Chuttoo, qualifiant ces pratiques d'«anti-constitutionnelles».
Une rencontre avec le ministre de l'Éducation est annoncée dans les prochains jours. En attendant, la CTSP appelle à la reprise du travail des enseignants suspendus, «dans l'intérêt supérieur des enfants».
La direction de RUTH Sen School réfute
La direction de Ruth SEN School rejette catégoriquement les accusations formulées par la Confédération des Travailleurs des Secteurs Public et Privé (CTSP). Elle insiste sur un point qu'elle juge fondamental : les six enseignants concernés ne font pas l'objet d'un licenciement, mais d'une suspension pour faute grave, assortie d'une procédure disciplinaire formelle.
Selon la direction, ces mesures font suite à des manquements professionnels répétés, notamment le défaut de complétion des lesson plans, la non-participation aux formations, l'absence d'inventaires de matériel pédagogique, la non-rédaction des end of year reports ou encore le défaut de mise à jour des Individual Education Programs (IEP). Ces manquements auraient, selon elle, nécessité «une réorganisation majeure du travail afin de ne pas pénaliser les élèves».
La direction conteste également les affirmations relatives à la situation contractuelle des employés. Elle assure que l'ensemble du personnel est engagé sous contrat à durée indéterminée. Concernant les heures supplémentaires, elle précise que le Time Off in Lieu of Overtime (TOIL) a été instauré à la demande de la majorité des enseignants et concentré sur le calendrier de décembre 2026, afin de permettre de longues périodes de congé en dehors des périodes de classe.
Elle rappelle que les enseignants bénéficient de 22 jours de congés réglementaires, auxquels s'ajoute le TOIL. La correspondance de 2022 évoquée par la CTSP concernerait, selon la direction, une phase spécifique de mise en conformité de l'établissement et non un régime permanent applicable aux congés.
Sur la question des effectifs, la direction souligne que le ratio fixé par la SENA, soit un enseignant pour dix élèves, constitue une moyenne et non un plafond, variable selon l'âge des enfants ainsi que la nature ou la gravité de leurs troubles. Elle affirme que Ruth SEN School se situe au-delà de cette moyenne, avec un effectif actuel de 14 enseignants et deux stagiaires, soit davantage que les exigences minimales. Elle assure agir dans le respect de la loi, des normes de la SENA et de l'intérêt supérieur de l'enfant. La direction précise également que le permis d'opération de l'établissement a été validé par la SENA et que l'école est conforme aux normes de sécurité et d'encadrement en vigueur.
Ruth SEN School met en avant ses résultats académiques, affirmant enregistrer plusieurs années consécutives de taux de réussite de 100 %, à l'exception d'un seul élève ayant échoué en mathématiques l'an dernier, tout en réussissant les autres matières.
La direction rappelle enfin que la Special Educational Needs Society (SENS), l'organisme gestionnaire de l'école, est une association enregistrée à but non lucratif bénéficiant du statut d'institution caritative. Elle précise que la subvention de la SENA ne couvre pas l'intégralité du budget de l'établissement. Les contributions des parents et des sponsors servent notamment à financer le personnel de soutien (nettoyage, sécurité, maintenance), des activités complémentaires, une large part des services thérapeutiques ainsi que l'ensemble des formations professionnelles.
La direction affirme que les accusations portées par la CTSP constituent des allégations infondées, susceptibles de donner lieu à des actions légales. Elle estime que les manquements reprochés aux six enseignants ont, au contraire, alourdi la charge de travail de leurs collègues, contraints d'assurer la continuité du service auprès des élèves. Elle affirme également que ces enseignants se seraient absentés à plusieurs reprises au cours de l'année scolaire 2025, abandonnant leur classe sans autorisation, au soin de leurs collègues.
Ruth SEN School indique par ailleurs être actuellement en phase de recrutement, à la recherche d'enseignants «fidèles à la cause et dévoués», afin de continuer à offrir un service de qualité et un enseignement qu'elle qualifie d'exceptionnel aux enfants à besoins spécifiques. Tout en réaffirmant son engagement en faveur d'une éducation spécialisée et inclusive de qualité, la direction maintient l'ensemble de sa position.
Enseignants SEN : La SENA clarifie le cadre NRB et annonce un nouveau framework
Alors que des revendications émergent autour des conditions de travail des enseignants dans certaines écoles privées accueillant des enfants à besoins éducatifs particuliers, la Special Education Needs Authority (SENA) apporte des clarifications. Sa directrice, Caroline Arekion, explique que ces enseignants relèvent du National Remuneration Board (NRB) et non du Pay Research Bureau (PRB).
«Les écoles SEN sont placées sous l'égide de la SENA, mais aussi du NRB. Les enfants qui y sont accueillis ont des besoins plus spécifiques. C'est une profession très exigeante, et ces enseignants ne peuvent pas être assimilés à ceux relevant du PRB», souligne-t-elle. Elle précise que, si la Confédération des travailleurs du secteur privé et public (CTSP) milite pour que ces enseignants bénéficient des mêmes droits et horaires que ceux des écoles dites mainstream, aucun cadre officiel n'a encore été établi à ce stade.
Caroline Arekion rappelle que la SENA est une instance relativement récente et que, jusqu'ici, les ONG ont été autorisées à opérer selon les besoins spécifiques des enfants, en concertation avec les parents. Toutefois, face aux revendications actuelles, l'autorité entend aller plus loin. «Nous allons entamer des consultations avec les ONG afin d'établir des règles claires et des lignes directrices pour l'avenir, y compris en ce qui concerne le calendrier scolaire», indique-t-elle.
Concernant le litige actuel, la directrice précise que celui-ci ne relève pas directement de la SENA. «La loi du NRB encadre ces enseignants, et la SENA demande aux écoles de respecter certains paramètres», explique-t-elle. Elle affirme par ailleurs que des décisions prises par un ancien directeur auraient été adoptées sans validation officielle.
«Ces changements n'ont pas été approuvés par le board ni alignés sur la loi. Modifier les critères aurait nécessité un passage par le Conseil des ministres et un cadre réglementaire clair. Des engagements pris unilatéralement ont créé des distorsions et perturbé des enseignants qui travaillaient sans difficulté depuis des années.» À l'issue des consultations prévues, la SENA compte mettre en place un framework structuré, afin d'offrir des repères clairs et durables pour les années à venir.