Ile Maurice: Le pays face à un tournant stratégique dans la gouvernance des océans

L'entrée en vigueur samedi de l'Accord sur la conservation et l'utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale - plus connu sous l'acronyme BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) - marque un tournant historique dans la gouvernance des océans. Pour le pays, état insulaire à forte vocation maritime, cet accord international dépasse largement la symbolique environnementale : il s'inscrit au coeur de sa souveraineté économique, de sa sécurité écologique et de sa stratégie de développement à long terme.

Dans une déclaration officielle pour marquer cet événement, le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramful, souligne que l'application du BBNJ a mis fin à l'ère des «hautes mers non réglementées».

Désormais, les espaces maritimes situés au-delà des juridictions nationales feront l'objet de règles claires pour la protection de la biodiversité, la création d'aires marines protégées (AMP), les évaluations d'impact environnemental et de partage équitable des bénéfices issus des ressources génétiques marines. Propriétaire d'une zone économique exclusive (ZEE) s'étendant sur environ 2,3 millions de kilomètres carrés, l'enjeu de cet accord est jugé considérable.

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Se définissant comme un «Big Ocean State», cette ZEE, la plus vaste de l'océan Indien, représente à la fois un atout stratégique majeur et une responsabilité accrue. La logique portée par le BBNJ repose sur l'interdépendance entre les écosystèmes de la haute mer et ceux relevant des juridictions nationales.

Autrement dit, la protection de la biodiversité au-delà des frontières maritimes agit comme un réservoir naturel susceptible de régénérer les stocks halieutiques et de renforcer la résilience des écosystèmes marins mauriciens. Cette approche contribue à sécuriser à long terme les ressources marines du pays, dans un contexte de pressions croissantes liées à la surpêche, au changement climatique et aux perspectives d'exploitation des grands fonds marins.

Retombées attendues pour l'économie bleue

L'économie bleue figure parmi les secteurs appelés à bénéficier directement de l'accord BBNJ. La pêche, l'aquaculture, la biotechnologie marine et la recherche scientifique pourraient tirer profit d'un cadre juridique international plus stable et plus prévisible. Le ministre Ramful insiste notamment sur le potentiel du BBNJ pour ouvrir de nouvelles perspectives, en particulier dans la recherche sur les ressources génétiques marines, jusqu'ici largement inaccessibles aux pays en développement.

Dans cette optique, Maurice cherche à se positionner non seulement comme bénéficiaire, mais aussi comme acteur de la gouvernance océanique, en mettant l'accent sur la science, la coopération régionale et le renforcement des capacités. La tenue aujourd'hui d'un atelier national, avec l'appui du Commonwealth Secretariat, visant à «domestiquer» l'accord, s'inscrit précisément dans cette démarche.

Au-delà de l'économie bleue, le tourisme constitue l'autre grand secteur concerné. L'image internationale de Maurice repose en grande partie sur la qualité de son environnement marin : lagons, récifs coralliens et biodiversité exceptionnelle. La dégradation des écosystèmes marins aurait un impact direct sur l'attractivité touristique du pays.

En contribuant à la protection de la haute mer, le BBNJ agit indirectement comme un mécanisme de préservation du capital naturel sur lequel repose le tourisme mauricien. À moyen et long termes, il renforce la crédibilité de Maurice comme destination engagée dans le tourisme durable et la protection des océans.

La déclaration ministérielle met également en lumière les négociations en cours avec le Royaume-Uni pour l'établissement du Chagos Archipelago Marine Protected Area (CAMPA), suivant la restauration de la souveraineté mauricienne sur l'archipel des Chagos. Ce projet, appelé à devenir l'une des plus grandes aires marines protégées au monde, revêt une importance stratégique majeure, tant sur le plan environnemental que géopolitique.

Le CAMPA s'inscrit pleinement dans l'esprit du BBNJ : une gouvernance fondée sur le droit international, la science et l'inclusion. Il s'agit, selon le ministre, de démontrer la capacité de Maurice à traduire des principes multilatéraux en actions concrètes.

L'entrée en vigueur du BBNJ n'est toutefois qu'un point de départ. Les prochains mois seront décisifs, notamment avec la tenue de la troisième Commission préparatoire (PrepCom) en mars à New York, chargée de finaliser l'architecture institutionnelle du traité avant la première Conférence des parties.

Le défi reste double pour le pays : s'approprier pleinement les mécanismes du BBNJ au niveau national et veiller à ce que les promesses de financement, de transfert de technologies et de renforcement des capacités se matérialisent effectivement.

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