Cameroun: Anatomie d'une démocratie confisquée sous Paul Biya

19 Janvier 2026

L'exercice démocratique au Cameroun sous Paul Biya s'apparente davantage à une mise en scène qu'à une compétition loyale. Le système en place a transformé l'espace politique en un couloir à sens unique où les apparences sont sauves, mais où la finalité est verrouillée. On invite le peuple à voter, on tolère la présence des urnes et l'affichage des bulletins, mais le verdict populaire est frappé d'interdit dès lors qu'il contredit la volonté du régime.

Ce simulacre démocratique transforme l'acte électoral en un test de soumission plutôt qu'en l'exercice d'un droit garanti. L'équation est brutale pour quiconque ose défier le pouvoir par les urnes et obtenir le choix du peuple contre le système établi. L'accès au palais présidentiel leur est barré, remplacé par des perspectives sombres : la prison, le chemin de l'exil ou, tragiquement, la tombe. Gagner sans l'aval de l'appareil d'État devient une faute politique majeure. Convaincre l'électorat sans l'autorisation expresse du régime est traité comme un crime.

Dans ce contexte, incarner l'espérance populaire se mue en une menace directe qu'il faut neutraliser. Le vocabulaire officiel masque cette réalité. Ce que le pouvoir qualifie de stabilité n'est autre qu'une peur institutionnalisée qui fige la société. La répression politique est l'outil qui maintient cet ordre.

La sémantique est également captive. On parle de paix, alors qu'il s'agit d'un silence imposé à la dissidence. Des élections sont régulièrement organisées, mais le résultat est systématiquement confisqué. Le mécanisme est parfaitement huilé : le peuple vote, mais le régime décide du vainqueur en dernier ressort. Le citoyen espère un changement, le système répond par la répression de cet espoir.

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Une République où le suffrage universel peut conduire au cercueil ou à la fuite hors des frontières constitue une trahison fondamentale du peuple souverain. L'alternance impossible par la voie des urnes démontre qu'une démocratie où la victoire mène à une cellule n'en est pas une. Tant que le fait de gagner contre le pouvoir en place restera plus dangereux que de se taire, le Cameroun ne votera pas librement. Il se contentera d'une survie sous une stabilité de façade. Jusqu'à quand la survie sous contrôle prévaudra-t-elle sur la volonté réelle de changement ?

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