Cote d'Ivoire: Insalubrité urbaine - Ces bacs à ordures qui ne servent pas à grand-chose

19 Janvier 2026

Les dispositifs de collecte des déchets ménagers installés par les opérateurs du secteur à Abidjan sont bien souvent mis à mal par des riverains. Est-ce un acte d'incivisme ou un manque de culture de la propreté ?

Un bac à ordures pas encore plein, au pied duquel jonchent des tas de déchets et d'immondices, recouverts de nuées de mouches et dégageant une odeur pestilentielle. C'est le triste et dégradant tableau qui s'offre, le 14 janvier, aux passants sur le terre-plein du boulevard principal de Kouté, dans la commune de Yopougon, à quelques encablures des feux tricolores au carrefour de la paroisse Saint-Laurent. De l'autre côté de la voie, une adolescente, une bassine d'ordures sur la tête, semble s'impatienter. Au passage du feu au vert pour piétons, elle traverse d'un pas alerte et fonce sur le bac à ordures.

D'un geste désinvolte, la jeune fille balance sa charge, essentiellement des peaux de banane, sur le bas-côté de la grosse caisse. Puis revient presque aussitôt sur ses pas, jetant des coups d'oeil furtifs autour d'elle, comme si elle craignait d'être interpellée. La scène interroge. À quoi servent finalement les bacs à ordures installés dans nos quartiers par les entreprises en charge de la salubrité urbaine ? Ces immenses caisses plastiques ou métalliques, on en trouve à moult endroits dans le District d'Abidjan. Le décor est presque toujours le même.

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Des tas de déchets et de détritus autour des bacs qui pourtant, ne sont pas toujours remplis. « Les filles de maison, qui viennent généralement jeter les ordures ici, ne font même pas l'effort de les mettre dans les bacs. Elles balancent ça de loin. Tout se retrouve à terre et ça sent. Ça nous fatigue », dénonce dame Fatou, vendeuse de beignets au carrefour de Saint-Laurent.

Pour Parfait N'Guessan, habitant de Kouté, la mauvaise habitude qu'ont les ménages de se débarrasser de leurs ordures dans la nature, hors des dispositifs dédiés, est à l'image d'une population abidjanaise qui, dans son entièreté, n'a pas encore assimilé les bonnes pratiques d'entretien et de préservation du cadre de vie, et d'une métropole abidjanaise qui n'arrive toujours pas à dompter ses ordures. « Les gens, dans ce pays, n'ont pas une véritable culture de la propreté », se désole-t-il.

Toujours à Yopougon, juste après pont de Yaossehi, à une centaine de mètres du commissariat de police du 16e arrondissement, un bac déborde d'ordures. Tout autour, y compris dans le caniveau adjacent, des déchets s'amoncellent. En ce lieu, les riverains, apparemment, ne prêtent même pas attention au dispositif installé pour recevoir les déchets ménagers. « Ici, les gens ne s'approchent même pas. C'est de loin qu'ils lancent leurs sachets d'ordures. Que ça atterrisse dans le bac ou pas, ce n'est pas leur problème. Pourvu qu'ils s'en débarrassent », témoigne un vendeur de bois dans les environs.

« Quand la poubelle n'est pas là, ils jettent leurs ordures dans le caniveau. A mon avis, les sociétés qui installent les poubelles dans les rues perdent leur temps. Partout où il y a ces poubelles, c'est plutôt autour que les gens jettent les ordures. Cela rend encore plus sales ces endroits, et cela répand les mauvaises odeurs dans les quartiers », renchérit Adamo, son voisin.

Rendre obligatoire l'usage du sac poubelle

Autre lieu, même réalité. À quelques pas du rond-point du palais de justice de Yopougon, trois bacs à ordures, paradoxalement vides, trônent au milieu d'une montagne d'ordures. Notre arrivée sur place coïncide presque avec celle d'une équipe d'Eco Eburnie, l'opérateur en charge de la gestion des déchets à Yopougon.

« Êtes-vous de l'Anaged », interroge le responsable, nous voyant faire des prises de vue. Nous lui apprenons que nous sommes plutôt de la presse. « Ah ok ! Nous sommes venus traiter le site. C'est devenu une routine ici. Les gens ne jettent jamais leurs ordures dans les bacs. On n'a pas de solution, si ce n'est de venir ramasser nous-mêmes ces tonnes d'immondices par terre », évoque avec dépit le chef d'équipe Eco Eburnie, qui n'a pas voulu décliner son identité.

De l'avis de Nina M'Brah, responsable dans une entreprise de collecte et de traitement de déchets, la fâcheuse habitude des abidjanais de jeter leurs ordures à l'emporte-pièce découle de leur manque d'éducation en matière gestion des ordures et d'entretien du cadre de vie.

« On demande aux ménages de conditionner les ordures dans des sacs poubelle et de les déposer dans les bacs. Mais, la plupart ne font rien de tout ça. Certains viennent avec leurs ordures dans un sac poubelle, déversent le contenu par terre et retournent avec leur sac. On n'a pas de solution. C'est l'éducation et la sensibilisation au changement de comportement seuls qui peuvent régler le problème », préconise-t-elle.

La professionnelle du secteur des déchets incrimine surtout les pré-collecteurs qui, selon elle, déversent généralement les contenus de leur brouette ou de leur charrette près des bacs à ordures. « Ils ne prennent pas le temps de mettre les déchets à l'intérieur des bacs (...). Il y a aussi les jeunes filles de ménage ou les enfants à qui on demande de vider les poubelles. Ils n'ont pas toujours la force de soulever les sacs poubelle à hauteur des caisses. Ils font le choix de la facilité », explique-t-elle.

Pour Nina M'Brah, la situation serait moins catastrophique si les ménages ivoiriens adoptaient une véritable culture de conditionnement des déchets dans des sacs plastiques. « Le gouvernement doit faire de l'usage du sac poubelle une obligation. Le gros problème, ce sont les ordures qui trainent au sol. Si tout le monde conditionne ses ordures dans des sacs poubelles, on pourra même se passer des bacs », propose-t-elle.

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