Sénégal: La titrisation, une alternative au poids de la dette

20 Janvier 2026

Au Sénégal, le financement des politiques publiques est un réel enjeu avec le taux d'endettement qui a atteint 119 % du Pib. Face à cette situation, des spécialistes identifient la titrisation comme l'un des mécanismes les plus innovants pour mobiliser des fonds sans alourdir forcément le service de la dette.

« Titrisation et financement du développement : opportunités, enjeux et perspectives ». Tel est le thème de la première édition du « Dakar Business Connect » organisée, le 17 janvier 2026, par le magazine économique et financier Le Marché.

Pour le directeur général de Kf titrisation, Mouhamadou Moustapha Faye, « le forum est organisé dans un contexte où nos États font face à une équation complexe entre la mobilisation de ressources financières à long terme et la gestion maîtrisée du poids de la dette ».

Devant cette situation, il estime que la titrisation prend tout son sens. D'après son analyse, il s'agit « d'un instrument encore sous-exploité en Afrique de l'Ouest, mais qui peut apporter une solution concrète aux enjeux de financement actuels ». Pour lui, ce mécanisme doit devenir une véritable infrastructure de marché pour l'État et le secteur privé.

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« Les budgets de l'État, avec des ratios d'endettement avoisinant parfois les 119 %, compliquent les choses. Les bilans bancaires font face aux contraintes prudentielles avec les règlements de Bâle II et Bâle III », analyse Mouhamadou Moustapha Faye.

Une situation qui, selon lui, exige une meilleure utilisation de la titrisation par les États et les entreprises, car, à ses yeux, « ce mécanisme permet de mobiliser des ressources sur la base d'un patrimoine ou d'un actif bien identifié de l'État (ou d'une entreprise privée) ».

« Si elle est bien structurée, elle permet de financer le développement sans augmenter le poids de la dette globale. Ainsi, au lieu de regarder uniquement la solvabilité globale de l'emprunteur (le passif), l'investisseur se concentre sur la capacité de l'actif à générer des flux financiers futurs », explique le directeur général de Kf titrisation.

À l'en croire, « la titrisation n'est pas un produit de substitution à l'endettement classique, mais un outil complémentaire ». Il ajoute que « c'est un arbitrage nécessaire. En effet, lorsqu'une entité atteint une situation de saturation de sa dette, elle peut utiliser la titrisation pour obtenir des ressources additionnelles et continuer son développement », ajoute M. Faye.

Prenant part au panel, la directrice générale de Boad titrisation, Adji Sokhna Mbaye, a abondé dans le même sens. À l'en croire, ce mécanisme trouve toute sa pertinence dans le contexte économique et financier actuel. À son avis, elle est une alternative crédible pour les États et les entreprises.

« Il s'agit d'un important mécanisme qui, s'il est entièrement exploité, peut contribuer à faciliter la mobilisation par les États afin de mettre en oeuvre les politiques publiques », a explicité Mme Mbaye.

Elle a également mis l'accent sur les opérations innovantes de sa structure portant notamment sur une enveloppe de 150 milliards de FCfa en avril 2023, sans oublier l'autre opération de titrisation d'un montant de 160 milliards de FCfa réalisée en août 2024.

Animant l'atelier pratique sur les récentes opérations de titrisation, Ameth Fall, directeur des Opérations d'Impaxis Securities, a souligné que cet outil « permet, aujourd'hui, aux entreprises de mobiliser des fonds tout en assainissant leur cadre financier ».

Il a cité le cas de la Senelec qui a récemment lancé une opération de titrisation d'un montant de 120 milliards de FCfa avec comme arrangeurs Impaxis Securities et Cgf Bourse. L'opération vise à renforcer l'accès universel à l'électricité et à favoriser la réduction progressive de l'intensité carbone du réseau sénégalais.

Au terme des travaux, l'initiateur du « Dakar Business Connect », Abdou Diaw, a souligné le sens du concept. Selon lui, « l'enjeu majeur est de promouvoir l'éducation financière et de susciter le débat autour des enjeux économiques et financiers ».

Poursuivant, il a indiqué qu' « il s'agit d'une plateforme qui fédère l'ensemble des acteurs de l'écosystème financier. Nous avons pensé utile, aujourd'hui, de réfléchir sur des thématiques importantes. Nous nous sommes dit, par exemple, que la titrisation qui est devenue un sujet extrêmement important, mais méconnu du grand public, était le sujet idéal ».

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