Il n'a même pas pris la peine d'attendre que la brume de la polémique se dissipe, ni que ses vêtements sèchent pour pondre un communiqué qui sentait, à mille lieues, la déception.
On aurait dit que c'était son propre pays qui venait de perdre la finale.
Déjà, sur le rectangle vert, au moment de remettre breloques et trophées aux acteurs du jour, il peinait à dissimuler ce visage renfrogné, lourd et figé comme un masque de fer. On parle bien de Giovanni Infantino, oui, celui-là même dont Michel Platini - dont il fut le secrétaire général lorsqu'il régnait sur l'Uefa - a récemment résumé le parcours en une phrase aussi polie que cinglante : « C'était un bon numéro deux, mais pas un bon numéro un. Il a très bien travaillé à l'Uefa, mais il a un problème : il aime les riches et les puissants, ceux qui ont de l'argent. C'est dans sa nature ».
On comprend maintenant pourquoi il s'est entiché du belliqueux Donald Trump jusqu'à lui remettre le trophée du Prix Fifa pour la paix.
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L'Italo-Suisse s'est donc senti obligé, comme s'il avait personnellement promis la Coupe au pays hôte, de prendre la parole le soir même de la finale pour condamner le Sénégal et réclamer des sanctions à la Caf contre les nouveaux champions d'Afrique. À l'entendre, le Sénégal aurait commis un crime impardonnable : gagner et gâcher une fête royale soigneusement scénarisée. Un bien mauvais procès.
Car enfin, si Infantino a la mémoire courte, rappelons-lui que le penalty litigieux a bel et bien été botté. Peut-être fallait-il simplement demander à Brahim Diaz de ne pas tenter une panenka au pire moment possible.
À peine l'écho de la voix du président de la Fifa est-il retombé que l'instance faîtière du football africain - qu'Infantino a fini d'infantiliser -, en bon petit soldat discipliné, a dégainé à son tour un communiqué. Objectif : dénoncer les actes supposément répréhensibles du Sénégal, consécutifs au « vol en direct » signé par l'arbitre congolais Ndala - vol que la justice divine, elle, s'est empressée de corriger, au grand dam du conglomérat improvisé pour barrer la route aux Lions.
Mais que la Caf et la Fifa se le tiennent pour dit : aucune sanction ne saurait ternir l'éclatante performance du Sénégal dans cette Can. Pape Thiaw et ses poulains ont dominé la compétition de la tête aux pieds, battant tous leurs adversaires avec les attributs d'une équipe taillée pour les sommets : puissance physique et mentale, palette technique complète et discipline tactique irréprochable. Imposant leur tempo, dictant le jeu et frappant au moment opportun, sans jamais trembler.
Alors, des sanctions ? Cette sélection et le peuple qui la porte n'en ont strictement rien à cirer. Sur le terrain disciplinaire comme juridique - la Fédération royale marocaine de football ayant annoncé son intention de saisir la Caf et la Fifa - la Fédération sénégalaise de football ne se laissera certainement pas faire. Elle dispose d'assez d'éléments factuels pour contre-attaquer.
En attendant, que les rabat-joie nous laissent savourer ce triomphe. Nous avons des héros à célébrer et une coupe à admirer.