Malgré la volonté clairement affichée par les nouvelles autorités de faire toute la lumière sur l'état réel des finances publiques héritées du régime précédent, le Fonds monétaire international (FMI) adopte une posture attentiste. La visite annoncée cette semaine de la nouvelle cheffe de mission, Mercedes Vera Martin, s'apparente davantage à une prise de contact qu'à une étape décisive en vue du déblocage du programme d'aide de 1,8 milliard de dollars, suspendu depuis plusieurs mois.
Le Sénégal semble assumer les conséquences de son choix de transparence. En optant pour une communication exhaustive sur l'ampleur de l'endettement public, le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye a rompu avec des pratiques antérieures qualifiées d'opaques. Cette démarche largement perçue comme courageuse qui, paradoxalement, n'a pas cependant pas encore entraîné l'accompagnement attendu de la part des partenaires financiers internationaux.
Arrivée à Dakar en compagnie de son prédécesseur, Edward Gemayel, Mercedes Vera Martin entame une mission qualifiée d'exploratoire. Une visite sans annonce majeure, qui illustre la prudence du Fonds Monétaire International (FMI) face à une situation pourtant caractérisée par une urgence économique et budgétaire évidente.
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L'audit approfondi des finances publiques conduit par les nouvelles autorités a mis en lumière l'existence d'emprunts non déclarés contractés sous l'administration précédente. Cet exercice de transparence a révélé un niveau d'endettement atteignant 132 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l'année 2024, bien au-delà des chiffres officiellement communiqués jusque-là.
Une démarche généralement saluée par les institutions de Bretton Woods, mais qui a, dans le cas du Sénégal, conduit à la suspension du programme de financement du FMI. Privé de cet appui crucial, l'État est contraint de se tourner vers les marchés régionaux pour couvrir ses besoins de financement, souvent à des conditions moins favorables.
Un dialogue sans échéance claire
Depuis plusieurs mois, les discussions entre Dakar et le FMI se poursuivent sans qu'un calendrier précis ne soit arrêté en vue de la conclusion d'un nouvel accord. Les autorités sénégalaises multiplient les signaux de responsabilité. Le 9 janvier dernier, le Premier ministre a écarté toute hypothèse de restructuration de la dette, réaffirmant la capacité du pays à honorer l'ensemble de ses engagements financiers.
Cette position, destinée à préserver la crédibilité du Sénégal auprès des investisseurs et des bailleurs de fonds, ne semble toutefois pas suffire à dissiper les réticences du FMI. Selon une source citée par Reuters, la mission en cours vise essentiellement à « maintenir le dialogue » et à « faire le point », des formules diplomatiques révélatrices de l'absence d'avancées concrètes.
Une attente de plus en plus pesante
Pour un pays ayant fait le choix de la transparence budgétaire, l'attitude du FMI suscite interrogations et incompréhensions. Le Sénégal donne le sentiment d'être pénalisé pour avoir appliqué les principes de clarté et de bonne gouvernance que les institutions financières internationales promeuvent de manière constante.
L'exécutif doit désormais composer avec une équation délicate qui est celui de préserver l'équilibre des finances publiques sans le soutien financier attendu, tout en maintenant les investissements indispensables au développement économique et social. Cette incertitude prolongée fragilise les efforts de redressement engagés par le nouveau régime.
La visite de cette semaine s'inscrit ainsi dans un processus qui peine à se concrétiser. Alors que le Sénégal affiche une rupture avec les pratiques du passé, le FMI semble privilégier l'attentisme à l'accompagnement. Une posture qui interroge sur la réelle capacité de l'institution à soutenir les États qui font le choix exigeant de la transparence budgétaire.