Afrique: 2025, une année marquée par des événements et défis historiques en matière de santé mondiale

e Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, en visite dans un centre de santé lors d’une visite officielle en Angola en novembre 2025.
20 Janvier 2026
tribune

Par Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé

Rétrospectivement, l'année 2025 aura été marquée à la fois par des avancées remarquables et des difficultés majeures sur le plan de la santé mondiale. Le multilatéralisme, la science et la solidarité ont été mis à rude épreuve, de façon inédite. Nous devons en tirer un enseignement fondamental : la coopération internationale n'est pas facultative. Elle est essentielle si nous voulons protéger et promouvoir la santé de toutes et tous, partout dans le monde, en 2026 et après.

L'événement le plus marquant fut sans aucun doute l'adoption de l'Accord sur les pandémies par les États Membres de l'OMS, une étape majeure visant à rendre le monde plus sûr face aux futures pandémies. En parallèle, des amendements au Règlement sanitaire international sont entrés en vigueur, notamment un nouveau niveau d'alerte – « urgence due à une pandémie » – destiné à stimuler et à renforcer la coopération internationale. Enfin, dans un élan de soutien historique, les gouvernements ont décidé d'augmenter leurs contributions au budget de base de l'OMS pour en financer durablement les travaux. Ces temps forts montrent ce que le multilatéralisme permet d'accomplir lorsque les pays choisissent de collaborer plutôt que de s'affronter.

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Les pays négocient actuellement le Système d'accès aux agents pathogènes et de partage des avantages découlant de leur utilisation, qui fait partie de l'Accord sur les pandémies. Ce système a pour objectif de garantir une mise en commun rapide des agents pathogènes et des données sur les séquences génétiques, ainsi qu'un accès équitable aux vaccins, aux produits de diagnostic et aux traitements. Nous espérons que ces travaux seront achevés d'ici à mai prochain, ce qui permettra l'entrée en vigueur de l'Accord en vertu du droit international.

Au-delà de la préparation aux pandémies, l'OMS a fait progresser la santé publique sur plusieurs fronts en 2025. Nous avons validé l'innocuité de vaccins qui sauvent des vies ; publié des recommandations sur des innovations telles que le lénacapavir injectable pour la prévention du VIH et les traitements à base de GLP-1 contre l'obésité ; mené des interventions dans des situations de crise humanitaire, de Gaza au Soudan en passant par l'Ukraine ; aidé les pays à parvenir à la couverture sanitaire universelle grâce à des solutions adaptées au contexte local et à un financement durable ; et salué l'adoption, par l'Assemblée générale des Nations Unies, d'une déclaration politique historique visant à lutter contre les maladies non transmissibles et les problèmes de santé mentale, qui constituent les menaces sanitaires les plus meurtrières et les plus répandues du 21e siècle.

La science est importante. Les faits sont importants. La confiance est importante.

C'est pourquoi l'OMS et ses partenaires se sont efforcés, tout au long de l'année 2025, de renforcer la sécurité et l'efficacité des vaccins ainsi que leur utilisation. Nous nous engageons à maintenir cette priorité en 2026. La vaccination reste l'une des interventions de santé publique les plus efficaces de l'histoire, sauvant des millions de vies chaque année. Ses effets ne font aucun doute : le nombre de décès dus à la rougeole dans le monde a diminué de 88 % depuis 2000 ; des vaccins antipaludiques sont désormais déployés dans 24 pays africains ; et 86 millions de filles ont été vaccinées contre le papillomavirus humain afin de prévenir le cancer du col de l'utérus.

À cet égard, l'OMS a réaffirmé l'innocuité des vaccins et souligné l'importance d'assurer une vaccination systématique pour protéger les enfants contre des maladies hautement contagieuses telles que la rougeole, la poliomyélite, l'hépatite B et la diphtérie. Ces 25 dernières années, la mortalité des moins de cinq ans a diminué de plus de moitié à l'échelle mondiale, passant de 11 millions de décès annuels à 4,8 millions, un exploit rendu possible en grande partie par les vaccins. La vaccination n'est pas un luxe ; c'est un service de santé essentiel. Elle est la pierre angulaire de la couverture sanitaire universelle. Elle est primordiale pour que nos enfants deviennent des adultes en bonne santé.

En 2025, l'OMS a aussi validé l'élimination de certaines maladies. Les Maldives sont devenues le premier pays à réussir à éliminer la transmission mère-enfant du VIH, de l'hépatite B et de la syphilis. Le Burundi, l'Égypte et les Fidji ont éliminé le trachome ; la Guinée et le Kenya ont éliminé la trypanosomiase humaine africaine ; le Niger est devenu le premier pays africain à éliminer l'onchocercose ; et le Brésil a éliminé la transmission mère-enfant du VIH. La Géorgie, le Suriname et le Timor-Leste ont été certifiés exempts de paludisme. Nous espérons enregistrer des résultats similaires en 2026.

L'année dernière a également été marquée par une étape majeure dans la lutte contre l'obésité, l'un des problèmes de santé mondiale qui progressent le plus rapidement. Plus d'un milliard de personnes dans le monde souffrent d'obésité, une maladie chronique et récurrente qui favorise d'autres maladies non transmissibles et aggrave l'issue de maladies infectieuses. L'OMS a publié ses premières lignes directrices sur l'utilisation de traitements à base de GLP-1 contre l'obésité, assorties de recommandations conditionnelles. Elle y affirme que l'obésité nécessite des soins complets prodigués tout au long de la vie. Les médicaments ne résoudront pas à eux seuls la crise de l'obésité. Des outils fondés sur des données probantes, utilisés de manière responsable et équitable, peuvent réduire les souffrances et améliorer la qualité de vie des personnes touchées.

Les avancées rapides dans le domaine des technologies numériques – notamment l'intelligence artificielle, la robotique, la génomique et la science des données – transforment également les soins de santé. En 2026, l'OMS continuera d'aider les pays à intégrer ces innovations dans leurs systèmes de santé et à les convertir en solutions évolutives. Des initiatives telles que l'autosurveillance numérique de la pression artérielle chez les femmes enceintes montrent que l'innovation peut renforcer les soins de santé primaires et élargir l'accès, en particulier dans les environnements ruraux et isolés.

La couverture sanitaire universelle reste notre objectif commun. Depuis 2000, environ un tiers supplémentaire de personnes ont accès à des services de santé et bénéficient d'une protection financière, mais les progrès ont marqué le pas. Aujourd'hui, 4,6 milliards de personnes n'ont toujours pas accès aux services de santé essentiels, et plus d'une personne sur quatre rencontre des difficultés financières dues à des dépenses de santé. Cette situation est pourtant évitable ; nous pouvons et devons progresser.

En 2025, l'OMS est intervenue dans 48 situations d'urgence dans 79 pays, atteignant plus de 30 millions de personnes. Ces interventions se sont inscrites dans un contexte de dangers accrus sur le terrain et de coupes drastiques dans l'aide sanitaire étrangère, qui risquent de se poursuivre en 2026. Entre autres interventions, l'OMS a mené des campagnes de vaccination contre le choléra au Soudan et évacué des patientes et patients gravement malades et blessés de Gaza pour qu'ils puissent recevoir des soins à l'étranger. Nous continuerons d'œuvrer pour soulager les souffrances des personnes qui se trouvent en situation de crise, en collaborant avec nos partenaires à cette fin. Malheureusement, les conflits continuent de faire de nombreuses victimes et le nombre d'attaques commises contre les services de santé en violation du droit international est en hausse. Les soins de santé ne doivent jamais être pris pour cible.

L'année écoulée a mis en lumière la résilience des acteurs de la santé mondiale et la puissance de la collaboration. L'adoption de l'Accord sur les pandémies et l'élimination de certaines maladies témoignent de notre capacité à progresser. Toutefois, les inégalités persistantes et les coupes budgétaires restent d'actualité, mettant en danger les populations les plus vulnérables.

En cette année 2026, nous devons faire de la santé collective une priorité afin de parvenir à la couverture sanitaire universelle et de permettre à toutes et à tous de vivre en meilleure santé. Ainsi, nous réaliserons l'ambition que s'est fixée l'Organisation mondiale de la Santé en 1948 : faire en sorte que chaque personne puisse atteindre le meilleur état de santé possible, et que cela ne soit plus un privilège mais un droit.

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