Réunis à Saint-Louis à l'initiative d'OCP Sénégal, producteurs, chercheurs et décideurs publics ont mis en avant l'engrais Triple superphosphate (TSP) comme levier majeur pour restaurer la fertilité des sols, améliorer les rendements agricoles et accélérer l'autosuffisance en riz dans la Vallée du fleuve Sénégal. Si les résultats agronomiques sont jugés probants, la question du prix et de l'accessibilité demeure centrale.
Face à la dégradation progressive des sols agricoles dans la Vallée du fleuve Sénégal, marquée par une carence en éléments nutritifs, une faible teneur en matière organique et des phénomènes d'acidité et de salinisation, les acteurs du monde agricole plaident pour un changement de paradigme en matière de fertilisation. C'est dans ce contexte qu'OCP Sénégal a organisé, au centre AfricaRice de Saint-Louis, un atelier consacré à l'adoption du Triple Superphosphate (TSP) et à ses perspectives dans les systèmes de culture irrigués. Pour les producteurs de riz, l'engrais phosphaté simple apparaît aujourd'hui comme une alternative crédible aux engrais composés traditionnellement utilisés. Ousseynou Ndiaye, président du Comité interprofessionnel de la Filière Riz (CIRIZ), a salué les résultats obtenus après plusieurs campagnes d'expérimentation.
« Le TSP est un engrais de fond que nous utilisons depuis plus de trois ans. Les essais réalisés sur le terrain ont montré une nette amélioration des rendements et une meilleure maîtrise des pratiques agricoles », a-t-il affirmé. Il rappelle que les producteurs avaient bénéficié, il y a quelques années, d'un don important de TSP d'OCP Sénégal, entièrement subventionné par l'État, permettant une adoption massive du produit. « Nous avons eu une entière satisfaction. Le problème, aujourd'hui, reste l'accès au produit et surtout son prix », a-t-il souligné, appelant à des efforts supplémentaires pour réduire les coûts de production.
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Selon le président du CIRIZ, la compétitivité du riz local face aux importations passe nécessairement par une baisse des charges liées aux intrants. « Si nous parvenons à avoir du TSP à un prix accessible, cela va booster la production et nous permettre d'aller beaucoup plus vite vers l'autosuffisance alimentaire », a-t-il insisté, annonçant un plaidoyer prochain auprès des autorités pour une meilleure subvention des engrais phosphatés.
Du côté de la recherche, le Dr Omar Ndao Faye, directeur du Centre de recherche agricole (CRA) de l'ISRA à Saint-Louis, a mis en avant l'importance scientifique du TSP dans une fertilisation raisonnée. « Le riz a besoin d'un paquet de fertilisation équilibré, comprenant l'azote, le phosphore et le potassium. Or, nos analyses de sols montrent des déficits importants, notamment en phosphore », a-t-il expliqué. Selon le chercheur, le TSP, avec sa forte teneur en phosphore, joue un rôle déterminant dans le développement du système racinaire et le chargement du grain. «
C'est un engrais qu'il faut apporter en fond, au bon moment. Lorsqu'il est disponible tardivement, son efficacité diminue fortement », a-t-il précisé, plaidant pour des engrais simples à des prix compétitifs afin d'optimiser les rendements tout en réduisant les coûts. L'atelier a également permis de souligner l'importance d'une meilleure organisation des marchés et des circuits de distribution, ainsi que l'intégration du TSP dans les stratégies nationales de fertilisation et le catalogue de la subvention. Pour OCP Sénégal et ses partenaires, la promotion du TSP dans la Vallée s'inscrit pleinement dans les objectifs de souveraineté alimentaire définis par les autorités sénégalaises.
À l'issue des échanges, producteurs et experts se sont accordés sur une conviction commune : une fertilisation mieux ciblée, appuyée par des politiques publiques adaptées, pourrait transformer durablement les performances agricoles de la Vallée du fleuve Sénégal et renforcer la compétitivité du riz local.