Madagascar: Mouvement Rohy - « Une concertation entre l'État et le secteur privé seulement va privilégier l'argent »

Alors que les projecteurs se braquent sur les grandes messes économiques entre les décideurs et le patronat, ainsi que les différents partenaires, une voix s'élève pour dénoncer un dialogue à sens unique. Entre promesses et appétits financiers, la société civile, menée par le mouvement ROHY, refuse de jouer les figurants et met en garde contre la « braderie » du patrimoine national.

Dans les salons feutrés des sommets économiques, le décor est souvent le même : des poignées de mains chaleureuses entre l'État, garant de la gouvernance, et un secteur privé en quête de rentabilité.

Mais une chaise reste désespérément vide, celle de la société civile. Pour les leaders d'opinion et les organisations citoyennes comme ROHY, qui fédère pourtant plus d'un millier d'entités dans les 24 régions de l'île, cette rencontre entre le politique et l'argent est un signal alarmant. « Une concertation/assise entre l'État et le secteur privé seulement va privilégier l'argent », a d'ailleurs souligné le mouvement.

Monopoles déguisés

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« On pense peut-être que les questions économiques ne nous intéressent pas », s'insurgent les représentants citoyens. Pourtant, l'enjeu est de taille : nos ressources, nos terres et notre avenir.

En écartant le troisième pilier du développement, la société civile, le risque est de voir émerger une politique de « copinage » visant à protéger des intérêts particuliers. Monopoles déguisés, exonérations fiscales douteuses ou réduction des salaires... la liste des craintes est longue.

Le mouvement est formel : sans une « balise » citoyenne, l'économie risque de se transformer en une machine à exclure. Les exemples ne manquent pas pour illustrer cette dérive.

À Sakatia, l'investissement touristique semble privilégier les grands promoteurs étrangers, au mépris des communautés locales. À Laniera, ce sont les riziculteurs qui paient le prix fort de décisions prises sans eux.

Ligne rouge. Le message s'adresse surtout à la nouvelle génération. Trop souvent utilisée comme « bétail électoral » ou instrumentalisée lors des crises, la jeunesse malgache est appelée à un sursaut. « Les dinosaures politiques et les prédateurs économiques ne changeront pas d'eux-mêmes », martèle-t-on au sein de la société civile. Le beau futur promis sur les affiches de campagne ne deviendra réalité que si les jeunes osent défier le statu quo dès maintenant. Face à ce que certains qualifient déjà de « braderie du territoire », la vigilance est de mise. L'accaparement des terres agricoles reste une ligne rouge franchie à maintes reprises. Pour la société civile, il est « inacceptable » que la terre des ancêtres devienne une monnaie d'échange pour quelques privilégiés. En refusant d'être les spectateurs de leur propre destin, ces acteurs rappellent une vérité simple : un développement qui ignore l'humain et la justice sociale n'est qu'une illusion de croissance.

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