Ile Maurice: Pour une nouvelle politique industrielle

L'économie mauricienne souffre d'un mal chronique : elle ne produit pas suffisamment de biens pour les besoins du marché intérieur et pour l'exportation. Parallèlement, le pays importe en gros volume des biens de consommation courante, des carburants, des véhicules, des appareils électroniques, des médicaments, entre autres produits. En tant qu'importateur net, on n'a jamais toutes les cartes en main car on est particulièrement vulnérable aux tensions sur les chaînes d'approvisionnement ou à la fluctuation des taux de change.

Ce débalancement structurel a failli être fatal au pays pendant la pandémie et lors de l'éclatement de la guerre d'agression en Ukraine. Pendant plus de trois ans, Maurice s'est retrouvé pris au piège dans une spirale inflationniste, étant contraint de s'approvisionner à des prix sans cesse plus élevés alors que dans le même temps, la roupie se dépréciait irrémédiablement face aux principales devises, autant en raison de la stratégie politique monétaire qu'à cause des forces du marché et du creusement du déficit commercial.

Cette période sombre que le pays a traversée devrait servir de piqûre de rappel aux décideurs économiques et politiques. Alors que la situation économique se normalise, il est grand temps d'initier les grands chantiers pour changer de modèle économique. Un changement qui passera par une refonte de la politique industrielle. C'est ce même message que la Chambre de Commerce et d'Industrie (MCCI) véhicule dans son dernier Export Insights. D'abord, la MCCI met en exergue une statistique qui laisse à penser que le secteur industriel, jadis l'un des moteurs du boom économique dans les années 80, a été trop longtemps négligé.

Ainsi, les importations de biens s'élevaient à Rs 318 milliards en 2024 contre des exportations de Rs 81 milliards, desquelles Rs 20 milliards sont à mettre à l'item de la réexportation à travers la plateforme logistique du port franc. Du coup, notre déficit commercial atteint le chiffre abyssal de Rs 237 milliards.

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Compte tenu de ce déséquilibre dans les échanges commerciaux, il ne faut pas s'étonner que la Banque de Maurice ait calculé le déficit du compte courant à 6,5 % du PIB en 2025 et qu'il y ait constamment une pénurie de devises sur le marché. Pour faire simple, les devises qui entrent dans le pays à travers l'exportation et le tourisme - environ Rs 107 milliards en 2025 - repartent systématiquement dans le paiement de nos factures d'importations. Idéalement, il aurait fallu que les devises circulent dans l'économie et génère de nouvelles richesses. C'est ce qu'on appelle l'effet multiplicateur. Déjà, dans leur étude intitulée Lokal is Beautiful réalisée peu avant la pandémie, la MCB et Utopies tiraient la sonnette d'alarme en indiquant que l'effet multiplicateur avait reculé de 3,88 à 2,86 de 1995 à 2015. Ce qui représente un énorme manque à gagner sur les richesses créées rien que par la circulation des devises dans l'économie. Quand on sait que le déficit commercial est passé de Rs 79 milliards à Rs 237 milliards de 2015 à 2024, il est permis de penser que l'effet multiplicateur ait sans doute chuté en dessous de 2. Il serait pertinent que les techniciens de Statistics Mauritius et du Trésor public se penchent sur la question.

Bien sûr, il n'est jamais trop tard pour redresser la barre. Mais on ne peut plus se permettre de perdre encore du temps. Corriger le déséquilibre structurel inhérent à l'économie mauricienne passera par une phase de réindustrialisation. Et surtout, on ne doit pas faire dans la demi-mesure. On a besoin d'une bonne injection de stéroïdes.

Dans son rapport, la MCCI prône une stratégie en trois axes pour insuffler une nouvelle dynamique au secteur industriel. Primo, il s'agit de repenser les filières prioritaires et de cibler les marchés émergents comme les dispositifs médicaux, l'alimentation animale, les boissons alcoolisées ou les emballages plastiques. Secundo, il faut encourager les industriels à se tourner plus vers l'Afrique pour l'exportation des biens et des services, tout en exploitant l'accès préférentiel dont Maurice dispose sur ce marché de plus de 1,5 milliard d'habitants, grâce à la SADC, au COMESA et, désormais, à la Zone de libre-échange continentale africaine. La régionalisation est, nous semble-t-il, la voie à suivre, surtout en cette ère de démondialisation et d'effritement du système généralisé de préférences.

Mais encore faut-il qu'on améliore notre connectivité maritime et aérienne avec l'Afrique. Tertio, prôner la transformation de l'environnement d'exportation par l'intelligence artificielle, la digitalisation et l'automatisation. Somme toute, l'objectif est de rendre les petites et moyennes entreprises plus compétitives sur les marchés internationaux en leur facilitant l'accès aux outils technologiques et à des informations et analyses de première main. Ce sont des propositions hautement valables qui, on l'espère, trouveront un écho favorable auprès des pouvoirs publics.

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