Ile Maurice: La CTSP menace de saisir la Cour suprême

La Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) hausse le ton face à l'arrivée annoncée de travailleurs étrangers dans le secteur cannier. La centrale syndicale envisage de saisir la Cour suprême, dénonçant ce qu'elle considère comme un risque sérieux d'exploitation, notamment à travers le concept de «polyvalence» qui serait imposé à ces ouvriers. Cette réaction fait suite aux déclarations du ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, lors d'une rencontre avec les planteurs, vendredi dernier.

Lors de son intervention, le ministre Boolell a annoncé l'arrivée prochaine d'un premier contingent de 1 000 travailleurs étrangers, pour un objectif global fixé à 2 500 ouvriers. Ces derniers seront logés dans des dortoirs situés à Richelieu, mis à leur disposition par Metro Express Limited et répondant, selon lui, aux normes de l'Organisation internationale du travail. Arvin Boolell a également indiqué que le cadre légal serait actualisé, avec l'introduction d'un Remuneration Order polyvalent, permettant à ces travailleurs d'intervenir à la fois dans les secteurs sucrier et non sucrier.

Une annonce qui n'a pas tardé à susciter une vive réaction du côté de la CTSP. «Nous envisageons de porter ce cas devant la Cour suprême», a déclaré Reeaz Chuttoo, président de la confédération. Selon lui, aucune consultation n'a été menée avec les partenaires sociaux concernant la création d'un nouveau Remuneration Order destiné à des travailleurs appelés à être multitâches. «On leur demandera de travailler en inter-secteur. Ils ne seront pas uniquement dans le secteur sucrier mais aussi dans le non-sucrier. On peut passer d'un travail de laboureur à celui de maçon, voire d'opérateur d'usine. C'est une grande première, et nous craignons une surexploitation», soutient-il.

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Au-delà des conditions de travail, Reeaz Chuttoo estime que cette mesure pose également un problème constitutionnel. Il invoque la section 16 de la Constitution, qui interdit toute discrimination fondée sur l'origine. «On ne peut pas créer un système de surexploitation réservé aux travailleurs étrangers», affirme-t-il. Le président de la CTSP s'interroge aussi sur le fait que l'annonce émane du ministre de l'Agro-industrie alors que la question des travailleurs étrangers n'a jamais été évoquée lors des Assises du travail, organisées par le ministère de tutelle. Il rappelle par ailleurs que le recours à des sous-traitants de main-d'œuvre étrangère n'est pas nouveau. «Cette idée remonte à l'ancien régime. Nous avions organisé une manifestation en avril 2024 et alerté l'opinion internationale», indique-til. Selon Reeaz Chuttoo, il avait même rencontré le Premier ministre de l'époque pour dénoncer ce qu'il qualifie de «proxénétisme» dans la mesure où «on loue les services des gens. Il avait alors donné l'ordre de suspendre cette décision», affirme-t-il.

La CTSP demande aujourd'hui au gouvernement actuel de retirer toute clause légale permettant ce type de pratique. «Nous avions discuté avec le ministre Uteem, qui nous avait assuré que cela n'irait pas de l'avant. Nous avons donc été choqués d'entendre la déclaration du ministre Boolell», confie Reeaz Chuttoo. Faute de réponse satisfaisante, la confédération compte aller de l'avant avec une demande d'injonction, tout en sollicitant une rencontre avec le ministre de l'Agro-industrie.

Selon la CTSP, ce système ne serait pas seulement préjudiciable aux travailleurs étrangers mais également aux travailleurs mauriciens. «Les étrangers risquent d'être surexploités tandis que les Mauriciens deviendront moins compétitifs sur le marché du travail», avertit Reeaz Chuttoo.

Le syndicaliste pointe également du doigt le cadre entourant l'Occupational Permit, délivré par l'Economic Development Board (EDB), avec un seuil salarial abaissé à Rs 22 500. «Les contrats passant par l'EDB ne sont pas vérifiés par le ministère du Travail. De plus, ces travailleurs ne sont pas couverts par les Lodging and Accommodation Regulations. Ils peuvent être logés n'importe où, même chez l'employeur», déplore-til, affirmant avoir déjà soumis plusieurs cas aux autorités sans suite favorable. La question de la rémunération de ces travailleurs polyvalents reste également floue. «S'ils travaillent dans une entreprise couverte par un accord collectif, ils ne bénéficieront pas nécessairement des conditions prévues», soutient-il. Face à ce qu'elle considère comme de «graves dérives», la CTSP n'exclut pas d'alerter les instances internationales, estimant que le dossier dépasse désormais le cadre strictement national.

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