L'intelligence artificielle (IA) s'impose comme l'une des révolutions technologiques majeures de notre époque. Présentée comme un outil d'innovation, de productivité et de créativité, elle révèle pourtant une face beaucoup plus sombre. À Maurice, comme ailleurs dans le monde, des outils d'IA générative sont aujourd'hui détournés pour transformer des photos de femmes et de jeunes filles en images à caractère sexuel, sans leur consentement.
Ce phénomène, déjà documenté en Europe, s'installe progressivement dans l'espace numérique mauricien. Alimenté par les réseaux sociaux, des groupes Telegram fermés et une culture d'impunité numérique, il soulève de graves questions éthiques, juridiques et sociales.
Une dérive mondiale qui touche désormais Maurice
Grok AI fait partie de ces outils capables de modifier des images existantes à l'aide de l'IA. En Europe, plusieurs enquêtes ont mis au jour des réseaux de jeunes - mais aussi d'adultes - produisant des deepfake nudes à partir de simples photos publiques, souvent récupérées sur Instagram ou Facebook.
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Ici, le même schéma se reproduit. Des photos sont prises à l'insu des victimes dans des lieux publics : stations de métro, bus, rues, centres commerciaux. D'autres images sont directement aspirées depuis les réseaux sociaux, parfois à partir de simples vidéos TikTok. Ces photos sont ensuite modifiées via l'IA pour produire des images dénudées ou pornographiques, avant d'être diffusées sur Telegram, parfois revendues ou utilisées pour exercer un chantage sexuel.
Une page TikTok intitulée La Mission est citée pour avoir diffusé ou relayé des images de jeunes filles, reprises ensuite sur Facebook. Le jeune Mauricien Ooday Chuttoo a récemment tiré la sonnette d'alarme sur les réseaux sociaux, dénonçant publiquement ces pratiques et leur banalisation inquiétante.
Hissen Caramben : «On devient une décharge numérique»
Constable affecté à la cybercriminalité et Research Officer pour une agence internationale, Hissen Caramben dresse un constat sans appel. «Il n'y a rien de réellement nouveau, mais ce que nous voyons aujourd'hui est profondément choquant. Dès octobre 2025, lors d'une émission sur l'express, j'avais alerté sur l'émergence des images nues générées par l'IA. Ce que nous observons aujourd'hui n'est que la partie visible de l'iceberg.»
Selon lui, la situation à Maurice est désormais alarmante : «Environ 6 700 images de femmes et de jeunes filles ont déjà été manipulées. Des photos prises dans des lieux publics ou récupérées sur les réseaux sociaux ont été transformées en contenus dénudés, puis intégrées à des vidéos pornographiques. Maurice est en train de devenir une véritable décharge numérique.»
Il déplore un manque d'anticipation et de concertation avec les compétences locales : «Nous avions une avance technologique et des experts sur place. Mais prévenir est souvent perçu comme dérangeant. Aujourd'hui, le choix est clair : soit on veut sauver des vies, soit on veut faire de l'argent sur des vies.»
Pour comprendre les conséquences humaines et psychologiques de ces pratiques, nous avons interrogé Virginie Bissessur de l'ONG Pédostop.