Sénégal: La gare, la passerelle et le coeur d'aiguille

22 Janvier 2026

Vous êtes arrivés : c'est le terminus. La sphère ministérielle est à gauche, le Diamniadio des origines est à droite. Descendez : c'est le mot d'ordre, ici. Mais, qui sait, bientôt, ce mot d'ordre pourrait changer. On dira, le moment venu : next stop, Aibd.

L'humain ou la machine : d'une part, le guichet avec la dame qui sourit en tendant le ticket ; d'autre part, l'écran qui se contente de « dire » que l'achat est validé. L'obtention du titre de voyage, à Diamniadio, comme ailleurs sur le trajet du Ter, est bimodale.

L'humain, encore et toujours : un bonjour chaleureux, un « yaay bóoy » respectueux... C'est Bachir Faye qui accueille, oriente et souhaite un bon voyage.

La gare de Diamniadio vibre d'échos. L'orchestre des oiseaux est constant. Celui des talons et des sandales sur le carrelage est intermittent.

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Dix heures : sandales, talons, tenues de bureau et tenues de chantier se déversent dans le hall. L'orchestre des oiseaux accompagne le défilé ; la lumière qui pénètre les lieux via de grandes ouvertures guide la valse. Ça transite...

Quelques minutes plus tôt, il n'y avait que quelques blouses bleues sur cet espace où se mêlent lumière, sons et voyageurs. Et si le hall affiche une constante propreté, c'est grâce à ces mêmes blouses qui passent et repassent la serpillière.

La passerelle et le bureau en devenir

Diamniadio, une gare ? Diamniadio n'est pas une gare : c'est la passerelle entre l'ancien et le nouveau Diamniadio. De cette part de la passerelle... Diamniadio. De l'autre part : le pôle (pas encore totalement) urbain, la sphère ministérielle.

Même si... « Au tout début de l'exploitation, on avait une ligne qui desservait Diamniadio d'origine et qui allait même jusqu'à Sébikhotane ». Mais la ligne n'est plus. État des routes ? Problème de rentabilité ? Tout cela à la fois ?

Dans tous les cas, souligne M. Faye, « il y a un travail à faire avec les autorités pour améliorer les routes, mais également pour améliorer l'accessibilité avec des moyens de transport qui puissent amener les gens de la gare à Diamniadio ».

Tel est donc le contenu du « même si » qui fait que la gare-passerelle ne joue pas pleinement son rôle de jointure. Mais il y a espoir.

Car « au niveau de la Seter, l'équipe qui gère l'intermodalité travaille avec les autorités, avec Dakar Dem Dikk (Ddd), avec le Cetud également ». Et « récemment, il y a même eu une mission de la Banque mondiale qui est passée à la gare pour voir un peu tous ces sujets d'intermodalité que nous avons au niveau de Diamniadio et travailler sur des solutions ».

En vue : l'amélioration de l'expérience voyageur.

Diamniadio, une gare ? Ici, tout le monde ne descend pas du train pour rejoindre nécessairement le Diamniadio des origines ou la sphère du futur. Escale ! Café ! Autres senteurs locales ! La tasse, le fauteuil, le bon coin taillé dans le matériau de la gare. C'est aussi ça : chill...

Peut-être même que, dans un futur proche, on ne fera pas que transiter par la gare pour rejoindre un bureau un peu plus loin. La gare pourrait aussi être un bureau !

Comme l'a annoncé le chef de secteur, les équipes commerciales sont à l'œuvre pour la doter d'espaces de travail, de coworking, lesquels seront mis à la disposition des Sénégalais, « notamment les jeunes entrepreneurs qui veulent travailler et ne disposent pas de bureau ».

Le cœur d'aiguille

Diamniadio, une gare ? Non : un lieu qui démontre que la fluidité dépend du caractère multimodal des moyens de transport.

Pour aller vers le pôle, à la descente du train, le bus attend ; le vélo... on y travaille !

Il y a toutefois un bureau bien curieux dans la gare, avec des couleurs qui sont celles d'une entité autre que celle en charge de l'Express. Il n'y est pas par pur hasard. Il y est parce que « quand on parle du train au Sénégal, ce n'est pas que le Ter. Nous avons également les Grands Trains du Sénégal qui exploitent l'ancien train qui était là ».

Et en ce sens, Diamniadio, plus qu'une gare, est un cœur d'aiguille. Ainsi, lors des grands événements, les deux entités collaborent. « La dernière expérience était le Gamou de Tivaouane, durant lequel l'autorité avait même demandé que les voyageurs du Grand Train du Sénégal puissent voyager gratuitement ».

« Et c'est une belle transition »

Diamniadio, une gare ? C'est une passerelle. C'est un bureau en devenir. C'est un cœur d'aiguille. C'est tout cela - et c'est en plus une gare moderne, tout simplement. Évidence ? Oui. Mais il est utile de le rappeler.

Monsieur Bachir Faye : « C'est une gare qui n'existait pas. Et c'est une passerelle entre l'ancien modèle de transport ferroviaire qu'on avait et le nouveau modèle de transport ferroviaire. Et c'est une belle transition ».

Une belle transition aussi parce que « elle est entre les gares comme Rufisque, Dakar et Aibd, qui va arriver. Donc Diamniadio, vraiment, c'est l'ouverture vers la modernité, l'ouverture également vers les extensions futures du Ter ».

Bachir Faye ne manque surtout pas de souligner le rôle essentiel que joue cette gare lors des événements organisés à Dakar Arena, au Cicad ou encore au stade Abdoulaye-Wade.

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj) arrivent et l'occasion sera encore une fois offerte au Ter et à la gare de Diamniadio de démontrer toute leur utilité. Comme ce fut le cas, il y a peu.

On estime en moyenne 80 000 voyageurs par jour, plus de 90 000 les jours de match. Ces chiffres ne rivalisent certes pas avec ceux de Dakar ou de Rufisque.

Mais il n'en demeure pas moins que les étudiants allant à l'Université Amadou-Makhtar-Mbow, les travailleurs des industries alentour, ainsi que ceux qui se rendent à la sphère ministérielle, trouvent leur compte en prenant le Ter. Et en restant à bord jusqu'au last-stop.

« Si on pouvait augmenter les rames... »

Elle habite Sénégindia et part travailler à Dakar tous les jours. Traversée difficile... avant. Maintenant, c'est à bord du Ter que Sokhna Fall part au boulot. Gain de temps, économie d'énergie : tout roule.

Ça roule encore mieux côté finances. Plus d'économies avec l'abonnement : sans, elle en était à 90 000 FCFA par mois. Avec l'abonnement, elle n'en est qu'à 45 000 FCFA sur la même période.

Mme Fall évoque la climatisation, qu'elle semble apprécier. Même si, à certains moments, son effet s'estompe, fit-elle remarquer - quand les voyageurs rejoignent l'appareil en vagues. « Si on pouvait augmenter les rames, ce serait mieux, franchement », plaide la dame, confortablement assise près de la fenêtre, attendant que le train la transporte vers Dakar.

Alpha Mamadou Ndiaye, un autre usager rencontré à Diamniadio, parle le même langage que Mme Sokhna Fall. Lui aussi apprécie et se réjouit de l'existence du Ter. Il plaide également pour une augmentation des rames. Mais il regarde plus loin : les régions, oui, les régions. Il souhaite que le Ter s'invite dans les autres régions...

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