Cameroun: Passeports diplomatiques - La récompense qui fissure le pouvoir à yaoundé

22 Janvier 2026

Les premières faveurs distribuées après la réélection frauduleuse du président Paul Biya font déjà grincer des dents au sein de son propre camp.

La présidentielle du 12 octobre 2025 est passée, place maintenant au partage des récompenses. À Yaoundé, l'attribution de passeports diplomatiques à deux journalistes pro-régime, Bruno Bidjang et Raul Christophe Bia, provoque un tollé et expose des fractures au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Cette distinction, habituellement réservée aux hauts dignitaires de l'État, est perçue comme un paiement pour leur soutien médiatique lors du scrutin.

Une Récompense qui Divise les Fidèles

L'information, confirmée par plusieurs sources, a déclenché une polémique interne vive. Pour de nombreux cadres et militants du parti, ce geste est une gifle. Ils estiment que leur engagement de terrain n'a pas été valorisé au même titre que le soutien médiatique de ces communicateurs. "Ces trois ont mouillé le maillot pour la victoire de Paul Biya plus que qui ?", s'interrogent amèrement certains cadres.

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La Montée en Puissance des "Guerriers du Numérique"

Ce scandale illustre une transformation majeure dans les cercles du pouvoir. L'influence sur les réseaux sociaux et la maîtrise de la narration en ligne deviennent des monnaies d'échange aussi précieuses, sinon plus, que l'ancienneté militante. Bidjang et Bia sont crédités d'avoir efficacement contenu les critiques contre le système par des contre-offensives digitales avant et après l'élection. Leur récompense symbolise l'ascension d'une nouvelle élite : celle des "guerriers du numérique".

Gestion Périlleuse et Avenir Incertain

La colère est telle que des soupçons se portent sur de hauts responsables, comme le directeur du cabinet civil de la présidence ou le ministre des Finances, accusés d'orchestrer une "mauvaise répartition des récompenses". Cette crise révèle la difficulté de gérer les faveurs post-électorales sans briser la cohésion du groupe au pouvoir.

Certaines sources évoquent que ces passeports ne seraient qu'un premier pas, et que les deux journalistes pourraient être promus à des postes gouvernementaux stratégiques lors du prochain remaniement. Une perspective qui ne manquerait pas d'attiser davantage les frustrations.

Alors que le président Biya a promis un renouvellement des élites, aura-t-il apaiser cette colère née d'une récompense, ou celle-ci marque-t-elle le début d'une fracture plus profonde dans son camp ?

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