Dans l'histoire de la Police nationale sénégalaise, certains noms résonnent comme des symboles de rupture et d'excellence. Celui de Codou Camara est de ceux-là. Commissaire de Police Divisionnaire de classe exceptionnelle à la retraite, elle appartient à cette génération de pionnières qui ont ouvert la voie du commandement dans une institution autrefois exclusivement masculine.
Première femme africaine francophone à être distinguée comme meilleure policière de maintien de la paix au monde, Codou Camara n'est pas seulement une haute fonctionnaire à la retraite. C'est une figure historique qui a su briser le plafond de verre, des ruelles de Rebeuss aux missions diplomatiques des Nations Unies, pour transformer le visage du leadership au féminin.
Une vocation forgée dans le droit et le devoir. Son parcours est celui d'une femme d'excellence. Après un passage remarqué au Lycée Technique Maurice de La Fosse, elle rejoint la fonction publique. Animée par une soif de savoir, elle s'oriente vers le droit et obtient une maîtrise en sciences juridiques alors qu'elle servait déjà l'État. En 1982, Codou Camara fit son entrée dans la police au sein de la 17e promotion.
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« Ce choix n'était pas dicté par un confort financier, mais par une vocation profonde, servir et protéger », a-t-elle confié. Cette trajectoire portait aussi une charge émotionnelle et familiale forte. Elle se souvient encore des paroles de son grand-père maternel qui, fier de ses résultats scolaires, lui prédisait qu'elle serait dans le commandement. Cette bénédiction l'accompagnera tout au long de son ascension, de sa nomination comme commissaire jusqu'aux sommets de la hiérarchie policière.
« Dès ma sortie de l'École nationale de police, je fus affectée à la sécurité publique, plus précisément au Commissariat de Rebeuss, comme adjointe au Commissaire. Imaginez Rebeuss, dans les années 1984, 85, 86, 87, mais j'avoue que j'ai beaucoup appris avec les cas de drogue, de prostitution et de meurtres grâce à l'encadrement sans faille de mes supérieurs, des officiers et sous-officiers qui n'avaient ménagé aucun effort pour que je puisse réussir dans ce noble métier de la police », a-t-elle indiqué.
Toutefois, elle se rappelle qu'à Rebeuss, elle a également vécu un événement fondateur de sa résilience. Agressée par un suspect lors d'un interrogatoire, elle a fait face avec courage, comprenant que sa réaction engagerait non seulement sa réputation, mais aussi la crédibilité de toutes les femmes dans la police. « Au fil des années, j'ai aimé ce travail qui m'a permis de mieux connaître les problèmes de la société et la souffrance des personnes vulnérables », poursuit-elle.
Un leadership fondé sur l'humilité et la transmission. Son leadership s'est ensuite affirmé à la tête de la Police municipale de Bargny, où elle a exercé pendant dix ans. Elle a pratiqué un commandement basé sur la proximité et la participation, tout en luttant, avec fermeté, contre des fléaux comme l'extraction illicite de sable. Mais la stature de Codou Camara a véritablement pris une dimension mondiale lors de ses missions de maintien de la paix. Son engagement sous la bannière des Nations Unies n'a pas été une simple série de déploiements, mais une véritable mission de transformation des forces de sécurité en zones de conflit.
De Rebeuss à la résilience
Déployée à quatre reprises dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, elle a occupé des fonctions stratégiques a la Monuc (République Démocratique du Congo) puis à la Minurcat (Mission des Nations unies en République, Centrafrique et Tchad) et à la Minustah en Haïti. Qu'il s'agisse de sécuriser des élections présidentielles, de diriger des cellules d'évaluation ou de conseiller les commissaires sur les questions de genre, elle a imposé sa marque. Ce dévouement international a été couronné en 2013 à Durban, où elle est devenue la première femme africaine et francophone à recevoir le prestigieux Prix international de la meilleure policière du maintien de la paix (Iawp).
Spécialiste reconnue de la lutte contre les violences basées sur le genre (Vbg) et de la mise en oeuvre des résolutions de l'Onu sur les femmes et la sécurité. Cette expertise pointue lui a valu d'être cooptée par la Division de la police civile des Nations Unies pour intégrer l'équipe restreinte chargée de l'élaboration des curricula standards mondiaux. Sa contribution a été déterminante dans la création de programmes de formation portant sur la promotion de la femme, la prévention et l'investigation des Violences Basées sur le Genre (vbg), ainsi que sur le commandement au féminin.
Elle n'a pas seulement rédigé ces manuels ; elle les a portés sur le terrain. En tant que directrice de programme, elle a parcouru le continent et le monde, de l'académie de police de Port-au-Prince aux centres de formation de Musanze au Rwanda et d'Entebbe en Ouganda, allant même jusqu'à Minneapolis, aux États-Unis, pour former les futurs cadres de la police internationale. Aujourd'hui, à la retraite, la Commissaire Camara demeure une figure incontournable. Présidente de l'Association des pionnières de la police sénégalaise (Apps), elle continue de transmettre son expertise à travers le monde. Son influence se prolonge à travers le mentorat qu'elle exerce auprès des réseaux de femmes policières. Elle milite pour que le personnel féminin ne soit plus cantonné à des rôles de figuration, mais accède à une « augmentation qualitative ».
Pour elle, le commandement exige courage, humilité et désintéressement. Aujourd'hui, elle porte également un regard bienveillant, mais exigeant sur la jeune génération. Elle appelle à une police intègre, respectueuse des citoyens, et exhorte les femmes policières à être plus ambitieuses pour occuper, enfin, tous les postes opérationnels et stratégiques de l'institution.