La Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) durcit le ton dans le dossier opposant le personnel des écoles spécialisées à la Special Education Needs Authority (SENA). À l'issue d'une rencontre tenue lundi dans les bureaux du ministère de l'Éducation, en présence du ministre Mahend Gungapersad, du président du Board de la SENA, de la directrice de l'institution et des représentants syndicaux, la CTSP a officiellement demandé la révocation de la directrice de la SENA.
Au cœur de la controverse : la gestion des congés scolaires du personnel des écoles spécialisées et l'existence d'un document officiel datant de 2022, émis par la SENA elle-même, qui encadre le travail durant les vacances scolaires.
Selon Reeaz Chuttoo, président de la CTSP, ce document n'aurait pas été porté à la connaissance du Board, un point confirmé, selon lui, par le président du conseil d'administration lors de la réunion.
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Pour comprendre l'ampleur du malaise, le syndicaliste est revenu sur l'historique des écoles spécialisées à Maurice. «Ces écoles existent depuis 1962. Trois d'entre elles ont été créées sous un Act of Parliament : l'école pour les sourds, celle pour les aveugles et celle dédiée à la santé mentale. Depuis toujours, les enseignants bénéficient des vacances scolaires, comme dans le reste du système éducatif», explique-t-il.
La situation aurait commencé à évoluer avec la création de la SENA en 2021, puis avec la publication, en 2022, d'une circulaire précisant les modalités de travail pendant les vacances scolaires.
Ce document stipule notamment que les enseignants ne sont pas tenus de se présenter à l'école durant cette période, sauf dans le cadre d'ateliers, de formations ou d'activités dûment approuvées par l'autorité compétente.
Il précise également que les travaux durant les vacances concernent essentiellement les chefs d'établissement et le personnel administratif, dans un objectif de préparation de la rentrée scolaire.
Or, selon la CTSP, ce cadre réglementaire aurait été ignoré ou remis en question par la direction actuelle de la SENA. «Aujourd'hui, le débat se focalise sur le fait que le personnel demande à bénéficier de ses congés, sans qu'on nous dise en quoi cela porte préjudice aux enfants en situation de handicap», déplore Reeaz Chuttoo, rappelant que certaines classes comptent plusieurs élèves et que les enseignants assurent déjà une charge de travail conséquente durant l'année scolaire.
La CTSP affirme que la directrice de la SENA n'aurait jamais transmis cette circulaire de 2022 au Board. «La sécurité et l'intérêt des enfants sont primordiaux. Il était de son devoir d'informer le conseil d'administration de l'existence de ce document», soutient le syndicaliste.
Il ajoute avoir présenté au ministre un courriel adressé au patronat dans lequel la directrice indiquerait ne pas reconnaître la validité de la lettre de 2022. «Le ministère l'a d'ailleurs rappelée à l'ordre, car lorsqu'un document porte la signature du Board, cela engage à la fois la SENA et le ministère», affirme Reeaz Chuttoo.
Concernant les vacances scolaires, la CTSP précise que les écoles spécialisées organisent déjà des activités de «Summer School». Toutefois, la participation des enseignants se fait sur une base volontaire. «Ceux qui y participent perçoivent une allocation, car ce sont les parents qui paient pour ces activités. Il n'y a aucune obligation», insiste le président de la CTSP.
Face à la montée des tensions, le ministre de l'Éducation a tenu à rappeler les principes qui doivent guider l'action de toutes les institutions éducatives. «Quelle que soit l'école, elle doit respecter les lois du travail. Les Workers' Rights doivent être appliqués et chaque travailleur doit être traité avec dignité», a déclaré Mahend Gungapersad à l'issue de la réunion. Il a indiqué que les discussions se sont tenues autour d'une table et qu'une solution est activement recherchée afin d'apaiser la situation.
Le dossier reste toutefois sensible. La question de la suspension du personnel d'une école spécialisée, liée à ce différend, n'a pas encore été tranchée. Une décision devrait être prise à l'issue d'une nouvelle rencontre prévue ce vendredi.
En attendant, la CTSP maintient sa position et estime que la transparence et le respect des cadres réglementaires existants sont essentiels pour préserver à la fois les droits des travailleurs et l'intérêt des enfants en situation de handicap.
Le ministère, pour sa part, devra désormais arbitrer un dossier qui met en lumière les tensions persistantes entre gouvernance administrative, cadre légal et réalités du terrain dans le secteur de l'éducation spécialisée.