Longtemps perçue comme un continent à potentiel à révéler, l'Afrique est en train d'opérer un basculement stratégique.
Selon le dernier Rapport sur l'investissement dans le monde de la CNUCED, les flux d'Investissements directs étrangers (IDE) vers l'Afrique ont atteint un niveau record de 97 milliards de dollars en 2024, soit une hausse spectaculaire de 75 % par rapport à 2023. Le continent capte désormais 6 % des IDE mondiaux, contre 4 % un an plus tôt, confirmant un changement d'échelle dans l'économie mondiale.
Une dynamique portée par l'Afrique du Nord
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Cette progression est particulièrement marquée en Afrique du Nord qui s'impose comme le moteur de la reprise. L'Égypte reste en tête, tandis que la Tunisie a enregistré une hausse de 21 % de ses IDE, atteignant 936 millions de dollars. Le Maroc, de son côté, affiche une performance notable avec une augmentation de 55 %, portant ses investissements étrangers à 1,6 milliard de dollars. Pour Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l'Économie et des Finances, cette dynamique traduit une transformation profonde du narratif africain : « L'Afrique est en train de passer du potentiel à la puissance. Plus personne ne vient ici pour découvrir ou évaluer l'Afrique. Le monde, c'est l'Afrique aussi. Nous ne sommes plus dans la théorie, nous sommes dans la transaction ». Cette évolution repose, selon elle, sur des projets mieux préparés, des institutions plus solides et une vision stratégique assumée, capables de rassurer les investisseurs internationaux.
Des défis structurels toujours contraignants
Malgré ces résultats encourageants, le continent demeure confronté à des défis structurels majeurs. L'insuffisance criante des infrastructures - notamment dans les transports, l'énergie et les télécommunications - continue de peser sur l'attractivité économique. Ces carences augmentent les coûts logistiques, réduisent la compétitivité des entreprises locales et freinent l'industrialisation ainsi que l'intégration des marchés régionaux. Autrement dit, la hausse des IDE ne masque pas la nécessité d'investissements massifs dans les infrastructures de base, condition indispensable pour transformer les flux financiers en croissance inclusive et durable.
Le rôle clé des plateformes africaines
Dans ce contexte, des initiatives comme l'Africa Investment Forum (AIF) jouent un rôle structurant. Son président, Sidi Ould Tah, souligne la montée en puissance de l'écosystème africain de l'investissement : « Trente-deux organisations mondiales du secteur privé ont soutenu l'édition 2025 de l'Africa Investment Forum, soit deux fois plus que l'année précédente. Nous avons également enregistré trente-neuf projets bancables ». Ces chiffres traduisent une meilleure maturation des projets africains, capables de répondre aux exigences internationales en matière de rentabilité et de gouvernance.
Partenariats public-privé et pragmatisme économique
L'expérience de la Zambie illustre cette approche pragmatique. Son ministre des Finances, Situmbeko Musokotwane, rappelle que le recours aux partenariats public-privé (PPP) a permis de relancer des projets d'infrastructures dans un contexte initial difficile : « Les projets de PPP que nous avons signés représentent près de 2 millions de dollars, notamment dans les infrastructures routières, avec des résultats très satisfaisants »;
Vers une Afrique incontournable
Aujourd'hui, l'Afrique s'affirme comme une destination d'investissement de premier plan portée par des avantages fiscaux, des coûts de main-d'oeuvre compétitifs et une amélioration progressive des infrastructures. Mais le succès reste conditionné à une évaluation rigoureuse des risques et à des stratégies d'implantation solides. Plus qu'un simple rebond conjoncturel, les 97 milliards de dollars d'IDE marquent une étape : l'Afrique n'est plus un pari lointain, mais un acteur désormais central dans la circulation mondiale des capitaux.
