Au Sénégal, après les tensions liées à la finale de la Coupe d'Afrique des nations 2025, remportée par les Lions de la Teranga dimanche 18 janvier, le Premier ministre Ousmane Sonko a appelé à l'apaisement. Remerciements au Maroc, échange avec Aziz Akhannouch ou encore annonce d'une rencontre officielle entre les deux chefs de gouvernement lundi 26 janvier : autant de signaux envoyés par Dakar pour éviter que les tensions provoquées par cette finale chaotique ne dégénèrent en crise diplomatique. En parallèle, 18 supporters sénégalais poursuivis à Rabat pour violences et vandalisme encourent jusqu'à cinq ans de prison.
Que ce soit le chercheur sénégalais et membre de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, Cheikh Ibrahim Diop, ou l'ancien joueur et double Ballon d'or sénégalais El Hadj Diouf, les déclarations pour rappeler les liens très forts qui unissent le Maroc et le Sénégal se sont multipliées dans la presse ces dernières heures - comme pour mieux éteindre l'incendie lancé sur les réseaux sociaux, précise notre correspondante à Dakar.
« Bien avant que le football existe, nos peuples échangeaient déjà (...) priaient ensemble », affirme ainsi El Hadj Diouf dans sa tribune évoquant les routes caravanières et la confrérie tijane avec Fès comme capitale qui lient les deux pays spirituellement depuis des siècles. « Une même culture » (...) « plus forte que n'importe quel score » affirme l'ancien joueur avant d'ajouter que « le football doit rester un langage de fraternité ».
Relations économiques et universitaires
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D'autres encore évoquent les importantes relations économiques entre les deux pays, avec, entre autres, les nombreux investissements. Le Maroc est ainsi présent dans les assurances, les banques, les télécoms et les infrastructures.
Enfin, il y a cet accord de coopération académique signé en 1965 et qui facilite l'accès des Marocains aux facultés sénégalaises de médecine, avec la réciproque pour les Sénégalais, pour qui le royaume chérifien est le deuxième pays de destination après la France. Au Maroc, les Sénégalais constituent de loin la première communauté étrangère du pays, avec plus de 200 000 ressortissants résidants.
« Dans l'imaginaire collectif sénégalais, cette relation avec le Maroc a quelque chose de sacré », affirme Bakary Samb, « une relation qui a survécu à tous les régimes politiques », d'où l'ampleur du choc de la voir émaillée par le football.
Plus d'une quinzaine de supporters sénégalais poursuivis au Maroc
Parallèlement, au Maroc, à l'issue d'une garde à vue prolongée, 18 supporters sénégalais ont été déférés devant le parquet de Rabat pour acte de vandalisme et violences, rapporte notre correspondant à Casablanca François Hume-Ferkatadji.
Ils sont poursuivis pour hooliganisme, vandalisme ou violences contre des agents publics : des infractions passibles de sanctions pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison. Selon le journal en ligne Le360, ces supporters sénégalais devraient être jugés très prochainement par le tribunal de première instance de Rabat. Une demande de mise en liberté a été introduite par leurs avocats.
Pour tenter d'apaiser la situation, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a indiqué suivre la situation des supporters sénégalais interpellés au Maroc et oeuvre, dit-il, à « dépassionner cet épisode ». Mardi, le réseau marocain des journalistes des migrations a demandé aux médias marocains et sénégalais de respecter leur devoir éthique et de démanteler les discours racistes, face à ce qu'ils considèrent comme une « campagne de haine et de xénophobie » qui a surgi sur les réseaux sociaux - parfois alimentée par certains médias.
Pour rappel, le jour de la finale, des supporters sénégalais avaient été filmés, dans ce qui semble une tentative d'envahissement du terrain. Certains se sont battus avec des chaises contre les stadiers. D'autres supporters sénégalais, dans cette fin de match sous haute tension, s'étaient plaint d'avoir reçu des projectiles venus des tribunes situées au-dessus d'eux.