Afrique: Voeux au «génie»

Les souverains merina n'avaient jamais entrepris de construire des routes, de peur que celles-ci ne facilitent l'arrivée des étrangers que dissuadaient de venir les «généraux» Forêt et Palu. En 1895, ouvrant la voie au corps expéditionnaire français, s'échina le génie militaire, commandé par un colonel.

Ses terrassements avaient permis le passage des voitures Lefebvre (200 kgs de charge à l'essieu chacune), depuis Majunga jusqu'à Antananarivo, et son principal ouvrage d'art fut le pont de la Betsiboka, livré le 10 juillet 1895.

Ce commentaire peu amène éclaire sur la place des soldats dans ces «travaux publics» : «l'expédition de Madagascar se réduit à une marche pénible en file indienne sur un sentier de 500 kilomètres, où les troupes doivent surtout manier la pelle ou la pioche, rarement le fusil» (L'expédition de Madagascar en 1895, journaux de route de d'Anthouard et Ranchot, Paris, 1930, p.130).

En 2026, au nom de l'HIMO, l'improbable intensité d'une main d'oeuvre en angady laisse dubitatif : pas étonnant que l'installation des (fragiles) plots d'Ilempona occupent un mois sur un petit kilomètre. Le même concept, derrière l'hôpital de Soavinandriana à Antananarivo, ne présage rien de bon : là, ils s'affaissent dans le caniveau ; là-bas, ils dégringoleront dans les rizières.

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J'ai effectué mon vingtième voyage sur Antananarivo-Antsirabe, en un an. Et toujours la même incompréhension: pourquoi avoir décapé là où l'asphalte permettait de rouler (avant et après Iharanandriana) et ne pas s'être concentré sur des portions «cassantes» (sortie d'Ambatolampy, Ihazolava-Ambohimandroso, avant et après Sambaina) ?

Antsirabe à 64 km, Antsirabe à 57 km : 7 km parcourus en 25 minutes, soit 21 km/h de moyenne. Incompréhension là, incrédulité ici devant les interminables travaux d'Antsoatany ou d'Andranomanelatra. Ou quand Sisyphe est condamné aux BTP à Madagascar.

La route Soanierana-Ankadilanana (et non Ankadilalana) a été bâtie par le génie militaire colonial pour desservir les deux camps de Fiadanana et de Soanierana. Soixante-six ans après le retour de l'indépendance, la grande majorité de cette route de beaux et larges pavés tient toujours.

La portion entre la Poste et le «Capsat» avait été endommagée par des travaux «modernes» : sa (mauvaise) réfection a toujours été confiée à ces prétendues sociétés de BTP, la dernière en date devant être traînée sur les lieux, confesser au mieux incompétence, au pire malversations, pour expliquer que des «travaux» en mai s'affaissent en décembre.

Le génie militaire, supposément de professionnels, pour suppléer à un génie civil de petits entrepreneurs tout-venant? À méditer ce passage, dans un mémoire de DESS d'IAE (institut d'administration des entreprises), constatant l'échecs de la «productivité» espérée : «échecs des grandes opérations telles que celle de l'Office Militaire de Production Agricole (OMIPRA), ou celle du Régiment de Train, chargé de suppléer à l'insuffisance des flux de circulation de marchandises dans le pays, ou encore celle des Régiments du Génie militaire, chargés de contribuer au désenclavement de certaines régions productrices de produits dits riches» (note 6, page 8, L'administration militaire malgache, 1997).

C'est que la loi française du 16 mars 1882, en son article 2, définissait ainsi l'administration de l'armée : l'artillerie, le génie, l'intendance, les poudres et salpêtres, le service de santé. Le génie militaire, au gré des circonstances, ingénieur, bâtisseur ou démolisseur. Pourquoi pas, quand dans notre pays sous-développé, les ponts militaires de fortune deviennent des ponts Bailey civils provisoirement définitifs.

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