Deux éminences grises de la finance internationale, l'un Ivoirien, l'autre Béninois, se sont prononcés sur la qualité de la gouvernance des entreprises, le 22 janvier, à la Maison de l'entreprise, au Plateau.
C'était au cours de la 3e édition de la grande conférence sur la gouvernance des entreprises initiée par la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (Cgeci) autour du thème : « Qualité de la gouvernance et performances des entreprises ».
Cette édition ambitionnait d'offrir un cadre de réflexion stratégique et d'échanges aux dirigeants, administrateurs et décideurs économiques venus nombreux, pour mieux comprendre le lien étroit entre gouvernance de qualité et performance durable.
Chacun d'eux, de par une grande connaissance des rouages de la finance internationale, a partagé son expérience et donné quelques recettes pour une gouvernance de qualité aboutissant sur la performance de l'entreprise.
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Jean-Louis Ekra, banquier international, ex-président et Pca d'Afreximbank, aujourd'hui membre influent du conseil d'administration de la banque de Chine à New-York, aux États-Unis, est intervenu avec beaucoup de pédagogie sur le rôle et la responsabilité d'un conseil d'administration.
Dans un speech structuré en 4 points, celui a dirigé d'Afreximbank depuis le Nigeria pendant 5 ans parce que contesté par l'Égypte, pays-siège de cette banque en Afrique, a relevé toutes les responsabilités du membre d'un conseil d'administration. Il a particulièrement insisté sur le fait que ce dernier doit aussi protéger les intérêts des parties prenantes.
« Pour moi, s'il y a un rôle qui est extrêmement important, c'est celui-là. On s'est rendu compte que les administrateurs, d'une manière ou d'une autre, protégeaient les intérêts de leurs mandants. C'est une confusion ! C'est en assemblée générale que l'administrateur défend les intérêts de son organisation.
Mais en conseil d'administration, j'insiste, le rôle de l'administrateur, c'est d'agir dans l'intérêt supérieur de la société dans son ensemble, pas dans l'intérêt de certains actionnaires. Il doit prendre en compte les attentes des actionnaires, des clients, des collaborateurs et de la communauté en général ainsi que garantir la transparence et d'équité dans le processus décisionnel », a clarifié le banquier.
Après avoir partagé son expérience, Jean-Louis Ekra a donné quelques astuces à ceux qui participent à un premier conseil d'administration. « Quand vous arrivez pour la première fois à un conseil d'administration, attendez avant de vous asseoir. Les gens qui étaient là avant vous ont leurs places bien fixes et cette disposition est rarement le fruit du hasard.
Deuxième chose, ne jamais se précipiter pour prendre de parole. Avant de prendre la parole, écoutez beaucoup ceux qui sont là avant vous. Le rôle de l'administrateur requiert un esprit critique, d'humilité, d'intégrité morale et bien souvent du courage », a-t-il recommandé.
Pour finir, il a partagé la pensée d'un homme d'État américain : « Quand vous êtes administrateur, il ne faut pas avoir peur de négocier, mais ne négociez jamais avec la peur. »
Quant à l'ancien Premier ministre béninois, Lionel Zinsou, il a relevé les goulots d'étranglement de la gouvernance en Afrique subsaharienne qui fragilisent les économies.
À l'en croire, si les économies sont en grande partie encore dans l'informel, cela se justifie par une incohérence dans la gouvernance de l'État. Il en veut pour preuve que le secteur informel au Bénin c'est 90 % de l'emploi et, en Côte d'Ivoire, probablement 85 % de l'emploi. Ce secteur représente aussi 50 % de la production nationale et 50% du Pib. « Nous devons formaliser nos économies », a-t-il planté le décor.
Selon lui, malheureusement, les économies subsahariennes battent le record d'informations, au point que le secteur informel échappe à bien des égards au principe de la gouvernance. Fort de cela, Lionel Zinsou s'est appesanti sur les voies et moyens à mettre en place pour une gouvernance respectueuse de l'orthodoxie actuelle.
« Si on revient sur les mérites qu'il y a à être respectueux du principe de gouvernance, je vois des avantages très importants en termes financiers, sociaux et d'impact sur le développement. C'est la performance des entreprises certes, mais c'est aussi la performance des pays eux-mêmes », a-t-il affirmé avec conviction.
Les débats très enrichissants avec les chefs d'entreprises, des présidents d'institutions et de multinationales ont permis aux uns et aux autres de tirer un meilleur profit de cette conférence dont le mot de bienvenue a été prononcé par Éric Thiam Sabates, vice-président de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (Cgeci), au nom de Hamed Cissé, le président du patronat ivoirien.