Madagascar: Coopération - Valse militaire au pays

À l'image de sa diplomatie, Madagascar diversifie également le volet opérationnel de sa coopération militaire avec ses partenaires bilatéraux. Depuis quelques jours, des délégations militaires se succèdent dans le pays.

Dispenser des sessions de formation. C'est la raison officielle de la succession de délégations militaires étrangères dans le pays depuis quelques jours. Sur les canaux de communication officiels de la Présidence de la refondation de la République et des entités liées à l'armée, des photos des militaires malgaches opérant sur terrain avec leurs homologues étrangers sont mis en avant à cet effet.

Celle qui a le plus attiré l'attention de l'opinion est l'information rapportant que des instructeurs russes se trouvent dans le pays pour former des éléments issus de différents bataillons, à commencer par les éléments du bataillon de la sécurité présidentielle.

C'est la Présidence de la refondation de la République elle-même qui a communiqué sur le sujet via sa page Facebook, le 14 janvier, avec comme illustration des photos de militaires devant une table où sont posées des fusils d'assaut, des fusils de précision et d'autres équipements.

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Le communiqué de l'institution présidentielle indique que ces formations font suite à la livraison d'armes par les Russes. Le 21 décembre, Siteny Randrianasoloniaiko, président de l'Assemblée nationale, a publié sur sa page Facebook qu'une délégation russe de « quarante personnes conduite par le général Andrey Vladimirovich Andreyev » a livré des armes et des équipements militaires à Madagascar, et qu'elle a été reçue par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l'État.

La Présidence de la Refondation défend que la majorité de l'arsenal des Forces armées malgaches vient de Russie. Toutefois, elle note elle-même que ces armements « ont été livrés à l'époque de l'Union soviétique.» La reprise des livraisons d'armements pourrait être un signe de la reprise d'une coopération militaire opérationnelle entre Madagascar et la Russie. Par ailleurs, selon des indiscrétions, les instructeurs russes « comptent au moins quarante éléments ».

Équilibre

Le 20 janvier, c'est au camp du 1er bataillon parachutiste, à Ivato, que les instructeurs russes ont donné une session de formation. En parallèle, du 19 au 22 janvier, des militaires français des Forces armées de la zone sud de l'océan Indien (FAZSOI) ont également dispensé des renforcements de capacités à leurs homologues malgaches, notamment dans le pilotage de drones. Le général Jean de Monicault, commandant supérieur des FAZSOI, a même fait le déplacement pour l'occasion. Il est arrivé à Madagascar le 21 janvier.

La France aurait un regard attentif sur l'offensive de la diplomatie militaire russe dans la Grande Île. D'autant plus que des indiscrétions chuchotent que « les instructeurs russes pourraient rester durant quelque temps.» Les autorités françaises craignent que, dans un futur plus ou moins proche, « la Russie puisse installer à Madagascar une force qui pourrait les concurrencer dans la zone sud de l'océan Indien ».

Carrefour d'importantes voies du commerce maritime, les mers autour de la Grande Île sont hautement stratégiques. Toutefois, suivant sa ligne diplomatique tous azimuts, Madagascar semble aussi vouloir diversifier sa coopération militaire, particulièrement la coopération opérationnelle. Une manière d'éviter de subir les jeux d'influence des grandes puissances.

À son retour d'Abu Dhabi, le 15 janvier, le colonel Randrianirina a, par exemple, annoncé la signature d'une collaboration entre l'armée et une société chinoise. Elle pourrait conduire à la mise en place d'une usine de fabrication d'armes à Madagascar.

Durant sa visite éclair et « discrète » à Dubaï, le 9 décembre, le Chef de l'État a rencontré l'Américain Erik Prince, fondateur de Blackwater, qui aurait été la première armée privée du monde.

L'officier supérieur a indiqué qu'ils ont discuté d'un logiciel permettant de surveiller les douanes dans les ports et les aéroports, avec un suivi en temps réel. « Dans cette valse diplomatico-militaire, tout l'enjeu pour Madagascar est de savoir garder un certain équilibre pour ne pas devenir un terrain d'affrontement indirect des grandes puissances », indique un diplomate.

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