S'exprimant lors de l'audience solennelle de Rentrée des Cours et Tribunaux, hier jeudi, le Premier président de la Cour suprême, Mouhamadou Mansour Mbaye, a soutenu, dans un contexte social et médiatique marqué très souvent par des contestations de décisions judiciaires, que la mission fondamentale de l'institution judiciaire est de «garantir la primauté du droit tout en préservant la paix civile».
Il a affirmé aussi qu'« il appartient à la justice de tenir sa juste place et ne saurait se négocier avec l'émotion ou la clameur publique, mais doit se fonder sur la loi, la constance et la mesure». Concernant les lenteurs administratifs, au sein de l'institution, il atteste que la justice avance avec retenue non pas par crainte, mais par respect pour la gravité de sa mission.
Le Premier président de la Cour suprême, est revenu, sur la place du droit humain, l'égalité entre les citoyens et les défis contemporains de la justice. Le le haut magistrat a souligné que le droit ne saurait être dissocié de la dignité humaine, relevant que l'égalité devant la loi demeure le fondement même de toute société démocratique.
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Pour lui, le droit humain ne relève ni d'un contexte passager ni d'une conjoncture politique. Il s'inscrit dans une perspective durable, universelle et intemporelle. «Le droit humain est indissociable de l'égalité de l'humanité », a-t-il insisté, prônant pour une justice qui protège sans distinction, qui rassemble et qui garantit à chaque citoyen le respect de ses droits fondamentaux.
Il a également évoqué la responsabilité particulière du juge dans la préservation de ces principes, dans un monde marqué par des mutations sociales, technologiques et économiques rapides.
Dans un autre registre, Mouhamadou Mansour Mbaye a mis en exergue le rôle central de l'éducation judiciaire et de la sensibilisation des citoyens au droit. Il reste convaincu que la justice ne peut être pleinement efficace sans une meilleure compréhension des règles juridiques par la population, notamment chez les jeunes.
Suffisant pour qu'il en appelle à un renforcement des mécanismes d'accompagnement éducatif, conscient que la prévention, l'information et la pédagogie constituent des leviers essentiels pour réduire les injustices et renforcer la confiance des citoyens envers l'institution judiciaire.
Relativement aux enjeux contemporains, le Premier président de la Cour suprême a plaidé pour une modernisation maîtrisée et responsable. «Si le numérique offre des opportunités en matière d'efficacité et d'accès à la justice, il ne doit jamais affaiblir les principes fondamentaux du droit ni la dimension humaine de l'acte de juger.
Le juge reste avant tout un garant des libertés, appelé à exercer son office avec indépendance, rigueur et conscience», a déclaré le haut magistrat, réaffirmant que la mission essentielle de l'institution judiciaire c'est de «servir l'humanité à travers le droit, garantir l'égalité, protéger les plus vulnérables et consolider l'État de droit».
«L'INDEPENDANCE DE LA JUSTICE N'EST NI UN PRIVILEGE, NI UNE PROTECTION PERSONNELLE POUR LE MAGISTRAT...»
Répondant aux critiques faites contre l'institution judiciaire, il a indiqué l'indépendance des juges, «est une garantie pour le justiciable, pas un privilège ni une protection du magistrat».
«Son indépendance n'est ni un privilège, ni une protection personnelle pour le magistrat. Elle est une exigence constitutionnelle, une garantie offerte à chaque justiciable», a-t-il martelé, défendant une vision d'une justice «consciente de son époque, mais insoumise à ses emballements».
Dans un climat social et médiatique où les décisions de justice sont souvent «exposées, parfois mises en cause», le Premier président de la Haute juridiction a fait savoir que la mission de la justice, garantir la primauté du droit tout en préservant la paix civile, «n'a jamais été aisée» et «ne l'est pas davantage aujourd'hui». «Il appartient à l'institution judiciaire de tenir sa juste place», une place qui ne se négocie ni avec «l'émotion», ni avec «la clameur», mais se gouverne par «la loi, la constance et la mesure».
Réagissant au débat sur la lenteur judiciaire, Mouhamadou Mansour Mbaye a précisé que la retenue judiciaire est une vertu cardinale, une force et non une faiblesse. «Elle (la justice, ndlr) progresse avec retenue, non par crainte, mais par respect pour une charge plus lourde qu'elle-même», a-t-il expliqué.
«Toute précipitation est une trahison du droit, mais également que toute complaisance avec l'air du temps est une abdication de sa mission», a-t-il déclaré, en guise de réponse directe à ceux qui, selon lui, «voudraient que la justice se fasse plus bruyante et plus prompte à épuiser les impatiences du moment».