Afrique: Du projet pilote au déploiement à grande échelle - Les trois principes de la santé numérique durable

Le 21 janvier 2026 par Peter Sands, directeur exécutif du Fonds mondial

  • Le Centre de veille sanitaire du Rwanda est le fruit d'années d'investissements sensés et ciblés dans les constituants fondamentaux de l'infrastructure numérique.
  • L'exemple du Rwanda confirme avec éloquence ce que le Fonds mondial a constaté d'expérience : pour offrir une valeur ajoutée durable, l'innovation numérique doit être imbriquée dans des systèmes robustes et résilients.
  • L'intelligence artificielle (IA) en santé doit appuyer les priorités nationales, renforcer l'infrastructure publique et générer une valeur ajoutée mesurable.

En avril 2025, le ministère rwandais de la Santé a inauguré son Centre de veille sanitaire. Cette impressionnante réalisation sur les plans technologique et opérationnel permet déjà aux autorités publiques d'identifier les déterminants de la mortalité maternelle, de distribuer les ressources de prévention du VIH avec plus de précision, de dépister à grande échelle les contacts familiaux des personnes atteintes de la tuberculose et d'assurer la surveillance des flambées épidémiques, notamment la mpox.

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Le Centre de veille sanitaire du Rwanda est le fruit d'années d'investissements sensés et ciblés dans les constituants fondamentaux de l'infrastructure numérique : une alimentation en électricité et une connectivité Internet fiables, des structures de santé numérisées, un personnel de santé communautaire compétent, de robustes systèmes électroniques nationaux pour les dossiers médicaux et la surveillance, ainsi que des efforts persistants pour atteindre le dernier kilomètre.

Une fois bien établi, le Centre a commencé à utiliser des données qui stagnaient dans des systèmes sous-utilisés et disparates pour en faire des informations opportunes et exploitables. Transformant ses idées en actions, le Centre facilite une prise de décision rapide et précise jusqu'au dernier kilomètre, un aspect jugé essentiel par toutes les écoles de pensée sur le déploiement de l'IA dans les systèmes de santé.

L'exemple du Rwanda confirme avec éloquence ce que le Fonds mondial a constaté au cours de sa longue expérience d'investissement et de collaboration avec les gouvernements, les sociétés de technologie et les initiatives régionales : pour offrir une valeur ajoutée durable, l'innovation numérique doit être imbriquée dans des systèmes robustes et résilients. Utiliser des outils novateurs sans avoir prévu un environnement d'hébergement adéquat suscite peut-être de l'enthousiasme dans le cadre d'un projet pilote, mais aboutit rarement aux progrès souhaités. Les produits en vase clos, comme des systèmes pour les patients atteints d'une seule maladie, les dossiers médicaux électroniques multiples ou les systèmes de suivi d'un seul produit, ont tendance à coûter plus cher, à fragmenter les capacités nationales, à rétrécir le marché pour des solutions futures et, parfois, à éroder la confiance du public.

En revanche, lorsque les leaders des pays investissent dans les éléments constitutifs, tels que les infrastructures, les normes de données, le personnel qualifié, les marchés pour les produits essentiels et les plateformes interopérables, les avantages de l'innovation sont décuplés - surtout si les partenaires publics et privés se coordonnent et collaborent pour faire avancer ces priorités. Cette construction à partir de la base crée les conditions essentielles à la mise à l'échelle responsable d'une IA qui détectera les menaces sanitaires plus tôt et dirigera les ressources là où elles peuvent sauver le plus de vies. Le Centre de veille sanitaire du Rwanda fait plus que mettre en évidence les capacités de la santé numérique, il nous montre tout ce qu'il est possible d'accomplir avec des fondations solides et des partenariats cohérents

En tant que participants à la Rencontre annuelle du Forum économique mondial à Davos, nous avons l'opportunité - et le devoir - de veiller à ce que l'IA en santé appuie les priorités nationales, consolide les infrastructures publiques et procure aux populations une valeur ajoutée mesurable. Nous ne pouvons nous permettre de considérer les outils d'IA comme des solutions ponctuelles qui fragmentent des systèmes déjà très sollicités. Ces outils doivent être sélectionnés, déployés et financés en adéquation - et en synergie - avec les systèmes de données des pays, les règles de l'achat ciblé et les stratégies en matière de technologies de l'information et de la communication.

Le Fonds mondial investit dans les technologies numériques et les données depuis plus de vingt ans. De cette expérience, il a tiré trois grands principes :

  1. L'intégration de l'IA dans des systèmes numériques nationaux, pilotés par les pays, sera à l'origine des changements les plus importants. L'IA apporte le plus de valeur ajoutée lorsqu'elle favorise la prise de décision au niveau des systèmes en s'appuyant sur des flux de données fiables, des normes partagées et des plateformes coordonnées qui desservent de multiples priorités en matière de santé. Des économies émergentes comme l'Éthiopie, le Zimbabwe et la Zambie prennent les devants, avec des partenaires, pour remplacer les plateformes numériques cloisonnées et spécifiques à une maladie par des plateformes interopérables conçues pour le long terme.
  2. L'infrastructure numérique de base est un bien public qui nécessite une maintenance. L'IA nécessite des institutions solides, une gouvernance transparente et un financement pérenne. Lorsque les pays et les partenaires s'entendent sur des architectures nationales, l'IA devient adaptative, sécurisée et résiliente, soutenant à la fois les services de routine et la préparation aux menaces futures.
  3. La cocréation et l'investissement public-privé sont un stimulant nécessaire à grande échelle. Avec un financement mixte public-privé, une assistance technique et des partenaires de mise en oeuvre, le Fonds mondial aide les pays à mettre à l'échelle les diagnostics basés sur l'IA, à renforcer la surveillance et à moderniser les chaînes d'approvisionnement. Ces investissements débloquent des ressources nationales et la participation du secteur privé, transformant des projets pilotes prometteurs en systèmes fonctionnels appartenant aux pays.

L'IA ne connaîtra pas de succès avec des expériences à court terme. Elle aura du succès lorsque nous investirons dans des systèmes évolutifs, durables et intégrés qui aideront les pays à prendre rapidement des décisions ayant plus d'impact - des décisions qui sauvent des vies.

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