Gabon: '...il y a un signal politique et économique fort...' Justine Judith Lekogo

23 Janvier 2026
interview

Justine Judith Lekogo, Députée et économiste, ancienne économiste locale du FMI a répondu aux questions de la rédaction. Elle fait l'analyse du rapatriement des Fonds RES

Madame la Députée, merci d'avoir accepté notre invitation. Le Ministère de l'Économie a récemment publié un communiqué sur le rapatriement des Fonds de Restauration des Sites détenus par la Gabon Oil Company. En tant qu'économiste, comment comprenez-vous cette décision ?

Merci pour votre invitation.

Ce communiqué, daté du 21 janvier 2026, marque une décision claire, ferme et structurante de l'État gabonais. Il s'agit du rapatriement intégral des Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES) détenus par la Gabon Oil Company et ses filiales, pour un montant estimé à 270 millions de dollars américains.

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Cette décision s'inscrit pleinement dans le cadre de la réglementation des changes de la CEMAC et de la BEAC, et poursuit trois objectifs majeurs : le renforcement des réserves de change régionales, le respect strict des règles communautaires, et l'envoi d'un signal fort de discipline macroéconomique et de bonne gouvernance financière.

Justement, quels sont selon vous les principaux points positifs de cette mesure ?

Ils sont nombreux. D'abord, sur le plan institutionnel, cette décision renforce la crédibilité de l'État gabonais. Le fait de s'appuyer explicitement sur le règlement CEMAC montre que le Gabon assume pleinement ses engagements communautaires.

Ensuite, sur le plan macroéconomique, le rapatriement de 270 millions USD constitue un apport significatif aux réserves de change, ce qui est essentiel pour la stabilité monétaire de la sous-région et la solidité du franc CFA.

Enfin, il y a un signal politique et économique fort : même une entreprise publique stratégique comme la GOC est soumise aux règles communes. Cela traduit une égalité de traitement entre acteurs publics et privés, et une rupture avec certaines pratiques de dérogation qui fragilisaient la gouvernance économique.

Certains observateurs évoquent néanmoins des risques ou des limites. Partagez-vous ces inquiétudes ?

Toute réforme structurante comporte des défis, et il faut les regarder avec lucidité. À court terme, le principal risque concerne la flexibilité opérationnelle de la GOC. Un rapatriement intégral et immédiat peut compliquer le financement rapide des opérations de restauration environnementale si les mécanismes de décaissement locaux ne sont pas suffisamment fluides.

Il existe aussi un risque de perception négative chez certains investisseurs étrangers, qui pourraient craindre une restriction de liquidité en devises. C'est pourquoi l'accompagnement et la pédagogie sont essentiels.

Enfin, le communiqué gagnerait à être complété par davantage de précisions sur la gestion future des Fonds RES, notamment les garanties de disponibilité rapide pour honorer les obligations environnementales.

Au-delà de ces risques, que peut concrètement apporter cette décision au Gabon ?

À moyen et long terme, les bénéfices sont considérables. Sur le plan macroéconomique, cette mesure contribue à améliorer les indicateurs de stabilité financière suivis par des institutions comme le FMI, la Banque mondiale ou les agences de notation. Pour avoir travaillé comme économiste locale du FMI, je peux vous dire que ce type de décision est très scruté et généralement bien apprécié.

Sur le plan institutionnel, elle renforce l'image d'un État rigoureux, responsable et aligné sur les standards internationaux.

Et sur le plan environnemental, elle ouvre la voie à une meilleure traçabilité des fonds dédiés à la réhabilitation des sites extractifs, ce qui est fondamental pour un développement durable réel.

Quelles recommandations feriez-vous au Ministre de l'Économie pour accompagner efficacement cette réforme ?

Je formulerais quatre recommandations principales. Premièrement, mettre en place un mécanisme sécurisé et transparent de gestion des Fonds RES, comme un compte séquestre dédié à la BEAC ou dans une banque agréée, avec des procédures de décaissement claires.

Deuxièmement, accompagner les entreprises extractives à travers des guides opérationnels et un dialogue permanent, afin d'éviter toute incompréhension ou crispation inutile.

Troisièmement, renforcer la transparence et le suivi, avec un reporting public annuel et des audits environnementaux et financiers indépendants.

Enfin, il est important de valoriser cette décision à l'international, en la présentant comme une réforme structurante au service de la stabilité et non comme une mesure coercitive.

Un dernier mot pour conclure, Madame la Députée ?

Je tiens à féliciter le Ministre de l'Économie, des Finances, de la Dette et des Participations pour cette décision courageuse et responsable. Elle démontre une volonté claire de renforcer la discipline macroéconomique, la transparence financière et la crédibilité du Gabon au sein de la CEMAC.

C'est une réforme exigeante, mais nécessaire, qui pose les bases d'une gouvernance économique plus saine et plus durable, au bénéfice des générations actuelles et futures.

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